Il était une fois « Romeo And Juliet » par Dire Straits

Publié : 11h41 par Dom Kiris

Crédit image: CC by Helge Øverås

En 1980, Dire Straits dévoile Romeo And Juliet, une ballade mélancolique extraite de l'album Making Movies. Derrière cette relecture du mythe de Shakespeare se cache une histoire très personnelle : la rupture douloureuse de Mark Knopfler avec la chanteuse Holly Vincent, transformée en une chanson devenue culte.

Comme on peut s’en douter, « Romeo And Juliet » est une chanson d’amour qui revisite le mythe des amants maudits. Son titre shakespearien donne d’emblée le ton de cette histoire d’amour contrariée. Mais contrairement au mythe originel, où deux jeunes gens s’aiment malgré la haine que se vouent leurs familles, le malheureux Roméo de Dire Straits se heurte à une réalité bien plus prosaïque : sa Juliette le plaque.

Si la réécriture du mythe par Mark Knopfler sonne si juste, c’est qu’il s’est directement inspiré de sa propre histoire d’amour malheureuse avec la chanteuse Holly Vincent. Profondément blessé par cette rupture brutale, Mark accuse à demi-mot son ancienne compagne d’avoir profité de sa notoriété pour accéder à la célébrité. Ironie du sort, Holly And The Italians, dans un esprit punk new wave, connaît son quart d’heure de gloire en 1980 avec le titre « Tell That Girl Shut Up ». Mais après un seul album, le groupe se sépare à l’issue d’une tournée américaine aux côtés de The Clash et des Ramones.

Pendant ce temps, pour Dire Straits, l’ascension vers la reconnaissance mondiale ne fait que commencer. Avec ses dialogues entre les deux personnages, « Romeo And Juliet » révèle un autre visage de Mark Knopfler : celui d’un auteur-compositeur à la plume sensible. On le savait excellent guitariste et compositeur, mais son talent d’écriture prend ici toute son ampleur sur le troisième album du groupe, Making Movies. « Si c’était un film, il raflerait tous les Oscars », s’enthousiasme un journaliste de Rolling Stone.

L’ambition de Dire Straits semble alors sans limites. Avec Making Movies, le groupe explore de nouveaux horizons sonores, sans renier ses racines blues. Dès l’introduction, les magnifiques arpèges de la guitare National installent une atmosphère mélancolique. Cette même guitare trônera plus tard sur la pochette de Brothers in Arms. Tel un Roméo moderne, Mark Knopfler donne la sérénade à sa Juliette, transformant les décombres d’un amour perdu en une œuvre intemporelle.