Ghinzu en session acoustique et interview sur Oüi FM (replay)

Publié : 5 juin 2026 à 19h10 par Pierre

Crédit image: © Hugo Carrière pour Oüi FM

Après 17 ans sans nouvel album, Ghinzu revient avec "W.O.W.A. (When Other Worlds Await)". Treize titres, une énergie intacte et une envie de regarder vers l’avenir : le groupe belge renoue avec son rock incandescent sans rien perdre de son identité.

Le nom du couteau. Ghinzu. Une marque japonaise de couteaux de cuisine que quelqu'un a trouvée dans un catalogue un jour de 1999 à Bruxelles, et qui est devenue l'identité d'un des groupes de rock les plus électrisants de ces vingt-cinq dernières années. C'est à peu près aussi logique que le reste de leur histoire. Et on aime ça.

Ghinzu se forme donc à Bruxelles en 1999 autour de John Stargasm — de son vrai nom John Descamps, même si tout le monde l'appelle John — accompagné de Greg Remy à la guitare, Jean Waterlot à la guitare et aux claviers, Mika Hasson à la basse, et Antoine Michel à la batterie. Leur premier album, Electronic Jacuzzi, sort en 2000 et capte immédiatement l'attention : un rock alternatif électrique, nerveux, nourri de groove et de noise, quelque part entre Radiohead, Muse et les Cooper Temple Clause. La scène belge les accueille, mais les frontières ne résistent pas longtemps.

En 2004, Blow change tout. Do You Read Me ? et The Dragster Wave s'imposent sur les radios françaises, le groupe enchaîne les tournées, les festivals, les grandes salles. Une génération entière grandit avec ces titres dans les oreilles — ces morceaux ne seront plus jamais seulement des chansons, ils seront ce qu'on a vécu. En 2009, Mirror Mirror poursuit l'exploration : sonorités plus électroniques, ambitions plus larges, une tournée internationale. Et puis, progressivement, le silence.

17 ans. 17 ans pendant lesquels Ghinzu n'a pas sorti un seul album. Ni capitulation, ni dissolution officielle — juste le temps. Des studios à Bruxelles, à New York, dans les Ardennes belges, des disques durs remplis de matière, des idées qui voyagent, se remodèlent, attendent leur heure. Le groupe lui-même n'a jamais vraiment coupé le courant. Mais l'impulsion décisive, c'est une fête de famille fin 2023 — un concert improvisé devant des proches, dont des enfants nés après Blow. Là, quelque chose se passe. Une décontraction qui rend les morceaux plus tendus, plus électriques, plus puissants. Les gens sont déchaînés. Le signal est clair : il est temps.

Ils passent un an à tout caler, à faire le tri dans 90 idées, à réunir les parties instinctivement. Le disque est ensuite confié à Dave Sardy — mixeur et producteur légendaire, collaborateur des Rolling Stones, d'Oasis, de LCD Soundsystem — qui travaille à Los Angeles avec un brief précis : surtout ne pas comprimer, laisser vivre, cultiver les imperfections, trouver l'équilibre rare entre l'analogique et l'électronique. C'est Soulwax qui le leur a recommandé. Et Soulwax avait raison.

W.O.W.A. — When Other Worlds Await — est sorti le 29 mai 2026 via PIAS. Treize titres. Un disque plus direct, plus compact que leurs précédents — des formats de 3 ou 4 minutes là où Ghinzu se permettait autrefois 8 minutes de crescendo — mais pas moins intense. When Other Worlds Await, la chanson titre, est un manifeste contre le déclin anxiogène du monde : un morceau pour ceux qui ont envie d'émerger, de sortir d'une vie embrigadée, de rappeler qu'il reste des mondes à vivre. Death Race est, selon John lui-même, le morceau le plus violent qu'ils aient jamais enregistré. Morning Lights est né en 12 heures de jam collective. Et Forever est le résultat de dix ans de discussions. La cohérence visuelle de la pochette, elle, est signée John — et cette fois, les cinq membres étaient unanimes. Ce qui, précise Jean en riant, ne leur était pas arrivé souvent.

Dans ce podcast, on est dans le rare. L'humour est là dès les premières secondes, le second degré n'est jamais loin, et quelques confessions vraies viennent se glisser entre les rires. John parle de la création comme d'une respiration — inspirer, expirer — sans jamais vraiment savoir où ça mène, ni pourquoi on recommence. Il décrit un groupe qui n'a pas de mode d'emploi, qui compose par impulsions, qui avance à tâtons et avec jubilation.

Ce qu'on retient surtout, c'est la légèreté avec laquelle il porte 17 ans de silence — pas de justification, pas d'excuses, juste la certitude tranquille que ça devait arriver comme ça.

Petit bémol en forme d'épilogue : quelques jours après la sortie de l'album, John a annoncé depuis un lit d'hôpital — "avec tout le charisme d'une momie sous analgésiques", dixit lui-même — une chute à vélo, 15 points de suture, deux fractures et une commotion cérébrale. Plusieurs dates ont dû être reportées ou annulées. Mais Ghinzu reste Ghinzu : même blessé, le message est livré avec humour.

Les dates confirmées ou reportées à ce jour :
1er Juillet — Élysée Montmartre, Paris 
19 juillet — Festival de Dour, Belgique 
19 octobre — Le Transbordeur, Lyon
14 octobre — L'Olympia, Paris
29 octobre — Forest National, Bruxelles