JJerome87 (Alt-J) en session acoustique et interview sur Oüi FM (Replay)

Publié : 19h10 par Pierre

Connu comme la voix singulière d’alt-J, Joe Newman alias JJerome87 s’offre une parenthèse en solo avec "The Canyon". Sur Oüi FM, il revient sur ce disque lumineux, son processus de création, sa vision de l’industrie musicale et son besoin de retrouver une liberté artistique.

On commence par le nom. JJerome87. Oui, on comprend l'hésitation. Ça ressemble à un compte créé en 2003 sur un forum de jeux vidéo. Et pourtant, derrière ce pseudo se cache quelque chose d'assez précieux. Le "J", c'est Joe. "Jerome", son deuxième prénom. "87", son année de naissance. Joe Jerome Newman, 1987. Et Joe Newman, c'est le chanteur et guitariste d'alt-J.

Leeds, 2007. Quatre étudiants en beaux-arts se rencontrent à l'université et forment un groupe. Ils s'appellent alt-J — le raccourci clavier qui produit le symbole Δ sur Mac, Delta, qu'ils choisissent comme emblème. Leur premier album, An Awesome Wave, sort en 2012 et fracasse tout : Mercury Prize, Ivor Novello Award, une reconnaissance internationale immédiate. Ce rock alternatif minimaliste, précis, à la fois cérébral et physique, avec cette voix de Joe Newman — nasale, étrange, inimitable — devient la bande-son d'une génération. Something GoodBreezeblocksFitzpleasureThis Is All Yours en 2014, Relaxer en 2017, The Dream en 2022. Plus de cinq millions d'albums vendus dans le monde.

Mais après The Dream, Joe a le sentiment que tout n'a pas été dit. Que quelque chose en lui cherche un espace différent — plus personnel, plus immédiat, moins architectural. Il part seul à Los Angeles, s'installe aux légendaires Sunset Sound Studios, et enregistre avec le producteur Carlos De La Garza, une poignée de musiciens de session haut vol et un trio de choristes féminines. Ce qu'il en tire, c'est The Canyon — onze titres sortis le 26 juin 2026 via Mushroom Music / Virgin Music Group, après avoir d'abord été proposés discrètement à la vente sur son propre site en décembre 2025.

The Canyon, c'est un disque de grand air. Folk americana, soul Motown, blues, gospel, un soupçon de jazz-western — des atmosphères de Los Angeles des années 30, de canyons dorés au coucher du soleil, de grandes plaines traversées à la radio allumée. Loin du minimalisme calibré d'alt-J, mais avec la même exigence mélodique. Mr. Alligator ouvre le bal dans une brume jazz-western envoûtante. Green Velvet révèle une douceur qu'on ne lui connaissait pas. Track and Field, romance brumeuse à la narration flottante, est l'un des plus beaux morceaux qu'il ait jamais écrits. Et Pennine, dernière piste, étire ses harmonies vocales jusqu'à quelque chose de presque spectral.

La presse est unanime : moins cérébral qu'alt-J, mais plus chaleureux, plus groovy, plus incarné. Un disque qui se dévoile différemment selon le système d'écoute. Un génie tranquille qui semble naturel — et c'est peut-être ça le plus redoutable.

Sur Oüi FM, on est avec Joe. Et Joe, c'est exactement ce qu'on attendait sans le savoir : une transparence totale, une honnêteté qui désarme, une sensibilité qu'il ne cache pas, et une classe dans laquelle il entre sans effort apparent. On parle de comment lui viennent ses idées, de la façon dont il perçoit et capte l'émotion — dans l'écriture, dans l'interprétation, dans ce moment où une chanson bascule et devient quelque chose de plus grand qu'elle-même. On parle aussi du business de la musique, de son regard lucide sur l'industrie, et de cette décision assumée d'expérimenter la commercialisation de The Canyon autrement — en le proposant d'abord lui-même, à sa façon, avant toute sortie officielle. Une manière de reprendre la main. Et quelque part dans la conversation, on oublie complètement le nom bizarre du pseudo.

Ce qui reste, c'est l'or.