Clap de fin pour le Rock Dans Tous Ses Etats

Publié le 16 décembre 2016 à 13:03
Mathieu David Par Mathieu David
Rédacteur

Le festival a annoncé avec amertume sa mort après 33 ans d’existence. Une supression sur fond de politique et d’accusations « infondées »

Jeudi 15 décembre, les organisateurs du festival le Rock Dans Tous Ses États ont publié un communiqué édifiant sur leurs pages offcielles : « Le festival Le Rock Dans Tous Ses États n’est plus. Rumeurs, fausses informations, déclarations ambigües et incomplètes… Des voix s’expriment, très prochainement nous ferons entendre la notre. Pour qu’à la fin de l’histoire, l’Histoire soit vraiment dite. » 

C’est donc ainsi que disparaît un événement qui était devenu un rendez-vous incontournable de la région. Tous les mois de juin, la Normandie vibrait au rythme du Rock Dans Tous Ses États, festival situé à Évreux, brillant par le prestige de certaines têtes d’affiche, comme Muse, Franz Ferdinand, Airbourne, Kaiser Chiefs, -M-, ou, plus récemment, Hyphen Hyphen, Louise Attaque et Aaron.

Il y a quelques mois, OÜI FM vous parlait déjà des difficultés que rencontre le festival : de douloureuses remises en causes sur fond de politique et de coupes budgétaires.

Histoire d’un divorce annoncé

L'équipe d'Au Secours, C'est Du Live ! (19h-21h) était au festival normand... on vous raconte !Le Rock Dans Tous Ses Etats, né en 1984, est depuis 1989 porté par la salle et l’équipe de l’association l’Abordage. Depuis quelques années toutefois, ce lieu propice à la culture ne répond plus aux normes de sécurité actuelles. Ce fut un argument pour construire une SMAC (Salle de Musiques Actuelles) dont la gestion devait logiquement revenir à l’Abordage à l’époque. Cette construction remplit les objectifs fixés par le Ministère de la Culture depuis plusieurs années : disposer d’une SMAC par département et maintenir ainsi une attractivité culturelle. En 2005, Jean-Louis Debré – maire d’Evreux de 2001 à 2007 – renonce au projet. Il provoque alors de nombreux départs dans l’association. Michel Champredon lui succède et tente de reprendre le flambeau. Sans succès. En 2014, Guy Lefrand est élu maire de la ville normande. Il est sceptique. Son objectif de campagne : faire des économies. Pour cela, “hors de question d’augmenter les impôts” déclare-t-il. « Avec la baisse des dotations, la ville d’Évreux va devoir se passer de 1,2 million d’euros« . C’est donc dans le budget de la culture qu’il a fallu piocher. « Il fallait procéder ainsi pour mettre un coup de pied dans la fourmilière » se justifie le maire « La culture est, et de loin, le premier budget d’investissement de la commune ». 

Résultat : des suppressions de postes dans les entreprises culturelles de la ville, une baisse de la subvention municipale à la Scène Nationale Évreux-Louviers, à l’Abordage et la délégation de la gestion de la future SMAC.

2015, « on fait comme on peut »

Les décisions politiques tardives ont impacté considérablement l’édition 2015 du festival. Jusqu’alors, la mairie d’Évreux versait 75 000 euros à l’association l’Abordage. Par nécessité économique selon le maire, 10 000 euros seulement leur ont été alloués en 2015, et le festival en lui-même a perdu 10 000 euros de subventions. La fréquentation est en baisse, mais le festival a lieu et n’est pas déficitaire. Le chantier de la SMAC s’achève.

La mairie se défendait déjà en 2015 : selon Jean-Pierre Payon, adjoint au service de la culture de la mairie d’Évreux, les organisateurs ont été informés de la baisse de subventions dès novembre dernier. « il faut savoir que les dotations budgétaires de l’Etat ont été diminuées cette année. Résultat, nous avons baissé les subventions de 3% pour toutes les associations à Évreux » a-t-il déclaré. « Le Rock Dans Tous Ses États continue d’avoir toutes les subventions de ses partenaires, et ils savent où ils vont depuis décembre ». 

Le jeudi 5 décembre 2016 (après une édition réussie), c’est l’hécatombe. Le Rock Dans Tous Ses Etats annonce sa mort. En cause, la création d’un EPCC (Etablissement Public de Coopération Culturelle). Il regroupe la SMAC, le Palais des Congrès et la Scène Nationale. L’association l’Abordage est écartée de la gestion de la nouvelle SMAC.
« Insensible à la découverte, à l’innovation et au développement de la scène locale, 
[Guy Lefrand] préfère voir alignés sur l’affiche des artistes vus à la télé » dénonce l’équipe du RDTSE dans un communiqué. Ajoutant : « Il tourne le dos aux choix artistiques qui ont pourtant fait la réputation d’Evreux et le succès de son festival. »

L’actuel maire d’Evreux se défend, avec d’autres élus locaux, vouloir tuer le festival. Dans un communiqué, il a déclaré vouloir « investir pour faire venir des artistes, investir pour assurer une programmation à la hauteur de cet événement national, attendu par de nombreux passionnés de musique et de culture. » martelant : « Le Festival vivra ! ». Non, « un » festival vivra, mais pas le Rock Dans Tous Ses Etats tel que nous le connaissons depuis tant d’années. Avec sa programmation osée et riche. Avec le choix artistique des équipes de l’Abordage.

Des accusations budgétaires « infondées »

Guy Lefrand accuse l’association de déficit mensonger. Selon la mairie, le sauvetage de l’Abordage nécessite 300 000 euros un jour, 500 000 euros le lendemain, jusqu’à un million la semaine suivante. Des sommes « sans vérification et de pure fantaisie » se défend le festival. D’ailleurs, l’équipe ne cache rien : le déficit cumulé du RDTSE (de 2008 à 2016) est compris entre 240 000 et 260 000 euros. Ce qui correspond à leur dette fournisseur.

Pour l’attachée de presse du festival, Nadine Simoni, « nos élus assassinent le RDTSE. » Elle dénonce : « Ils refusent de donner une subvention qui permettrait la sauvegarde de notre festival, mais annoncent dans la foulée la création d’un nouveau à la même date, au même endroit. » Pour elle, ce festival coûtera plus cher que la subvention que la mairie leur a refusé. Elle ajoute : « Se planquer derrière les raisons économiques est déloyal et indigne de leurs fonctions politiques car derrière cette accusation de gestion calamiteuse, il y a des personnes. Des vies. Les raisons sont ailleurs. Ce qui déplait, c’est juste ce que l’on est, et ce que l’on impulsait au RDTSE » clame-t-elle, en colère. La mairie d’Evreux tire un trait sur trente trois années d’investissement de la part d’une équipe compétente, curieuse et enthousiaste.

Une pétition est en ligne pour sauver le festival.

Cela faisait 17 ans que OÜI FM soutenait sans relâche cet événement, en présentant le festival en direct, à travers des interviews, des extraits de concerts diffusés et le rendu d’une ambiance toujours aussi chaleureuse et électrique à la fois. OÜI FM a la larme à l’oeil. Le Rock Dans Tous Ses Etats… au plaisir de te revoir. On espère qu’à la fin de l’histoire, l’histoire sera vraiment dite. 

Angèle Chatelier