L’Oiseleur enchanteur de Feu! Chatterton subjugue le Bataclan

Publié le 10 avril 2018 à 16:42
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

« C’est étrange, la nuit tombe comme la pluie », chantent Feu! Chatterton sur leur titre Je ne te vois plus. Le 9 avril 2018, la nuit était belle avec eux. Les Parisiens présentaient leur second opus, L’Oiseleur au Bataclan, à Paris.

Feu! Chatterton au Bataclan : on vous en parle

On se sent poète à la sortie d’un concert de Feu! Chatterton. La façade du Bataclan, embrumée à 23h, ressemblait plus aux images panoramiques et majestueuses offertes par le langage macaroné et exalté d’Arthur Teboul, le chanteur, qu’à un bâtiment qui avait vécu en ses murs jadis les pires atrocités. Les Parisiens de Feu! Chatterton introduisent en leur coeur un lyrisme « brelien », gospel, habité par une transe romanesque. Après plusieurs dates dans l’Hexagone, ils enveloppaient le Bataclan d’un dandysme nonchalant et romantique du 9 au 11 avril 2018.

Leur retour avait marqué. Trois ans après le splendide opus, Ici le Jour (a tout enseveli), le quintet divulguait L’Ivresse : un tout nouveau titre puissamment différent de ses prédécesseurs : Arthur Teboul y mêle hip-hop, naïveté, vibrato et langage des plus « gainsbourgeois ». L’élégance que nous leur connaissions est bien là, elle. Le chanteur, d’ailleurs, vient des scènes slam et hip-hop. Mélangées à son dialecte khâgneux, le résultat est édifiant.

L’Ivresse qui, dès les premières notes, fait lever les foules. Mais passer un moment avec Feu! Chatterton, c’est accepter d’avoir affaire à un show sépulcral, abbatial. Ce soir du 9 avril, le Bataclan était devenu une véritable église. Les premières chansons sont amoureuses, délicates, voluptueuses. Je ne te vois plus, Souvenir, L’Oiseau. Autant de titres vertueux et consciencieux sortis tout droit de L’Oiseleur, leur nouvel album studio. « Ce que l’on essaye de dire dans cet album, c’est plutôt l’acceptation du fait que les choses finissent », confiaient-ils à Culturebox. La beauté de l’absence face à celle de la mélancolie – un sentiment bien plus présent dans leur premier opus.
La beauté de l’absence…

Les titres de L’Oiseleur ont une toute autre saveur sur le plancher de la scène. Déjà parce que les paroles sont regrettablement difficiles à entendre : la fougue non-contrôlée du public mélangée à l’impossibilité en tant que telle d’avoir le même rendu que sur l’album font que les paroles – parfois difficiles à comprendre pour les frileux des proverbes imagés – sont parfois mâchées.

Feu! Chatterton en live au festival Solidays

Feu! Chatterton à Solidays en 2016

Arthur Teboul, véritablement magnétique sur l’estrade du Bataclan, est pourtant bien présent, lui. Les quatre autres musiciens enveloppent la scène, placés comme un choeur. Certains en bas, d’autres en hauts. Mais quoi qu’ils souhaiteraient faire, c’est bien Arthur Teboul qui dompte son public. C’est indéniable. À faire tomber la veste de costume raffinée sur Boeing, le single phare de leur premier opus, à danser impétueusement, comme possédé, parfois. Des miroirs géants, agrémentés de guirlandes lumineuses se meuvent derrière les musiciens, laissant tournoyer leurs silhouettes. Il y a définitivement là quelque chose d’abyssal.
« Notre bonheur est contenu car nous sommes pudiques. Mais nous sommes très heureux d’être ici », dévoile Arthur Teboul, en sortie d’une allégresse – pourtant bien naturelle lorsqu’il chante. Comme si nous en doutions.

Feu! Chatterton fait une première sortie de scène avant de revenir pour trente minutes dans une ambiance plus spirituelle encore. Électronique, fantasmagorique. Ils terminent ce second set dans une ambiance de club où l’ivresse – bah oui, tiens – ne poétise plus le monde. Où elle masque les pires tristesses. La douceur a laissé place à la turbulence.
L’Oiseleur de Feu! Chatterton est un livre ouvert prosodique à soigner. À ouvrir, puis refermer. À écouter et à regarder. Comme ce soir printanier au Bataclan.

Feu!