Antoine Zebra : « Il y a plein d’alternatives pour faire un album »

Publié le 21 octobre 2016 à 11:41
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

DJ Zebra n’est plus et s’appelle désormais Antoine Zebra. Il revient en novembre avec un nouvel album studio, vendu de manière inédite : sur une plate-forme de financement participatif. Pour plus de sincérité, d’écologie et d’indépendance. Rencontre. 

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Ne l’appelez plus DJ Zebra : c’est désormais Antoine Zebra. L’artiste, connu pour son album Les Raggamins (entre autres), est aussi l’ancien animateur de l’émission Zebramix sur OÜI FM. Aujourd’hui, Antoine Zebra s’attaque à l’écriture, à la littérature, et parle même d’écologie. Il sort le 11 novembre 2016 l’album Plaisirs et Dissidence… à la conditions d’atteindre 300 préventes sur la plate-forme de financement participatif Ulule.

L’artiste a tout fait à l’envers : il a composé un album, l’a produit (avec son label Zebramix) et désormais, le vend. Un album « rock et littéraire« , selon ses dires. Et pour cause : Antoine a écrit un CD, accompagné d’une nouvelle de vingt pages pour l’illustrer. Une méthode inédite de vente : « C’est plus intéressant d’aller directement du producteur au consommateur » confie-t-il. Pas de mise en place en magasin, ni de sites de streaming. Sur cette plate-forme, les participants parient sur la qualité de l’album, et le recevront chez eux à la date indiquée. Ils permettent aussi à un artiste de vendre sans passer par le chemin habituel : la distribution.

Des milliers d’albums qui traînent encore

Antoine Zebra a créé son label indépendant en 2012. Indépendant car n’appartenant pas aux trois majors qui se partagent le marché : Sony, Universal et Warner. Les labels indépendants sont de deux sortes : les petits et les gros. Ceux qui produisent des dizaines d’artistes (Comme [PIAS] ou Because), et ceux qui n’en ont que deux ou trois (Hold On Music ou Yotanka Records). L’indépendance elle-même se distingue de l’auto-production, qui consiste à se financer et se gérer seul. À ne rien y comprendre.

ouifm-djzebra« J’ai créé mon label, mais j’étais en distribution chez Musicast, en numérique chez Idol et je travaillais avec Coop Breizh » explique-t-il. Cela mérite explication : la distribution, dans l’industrie musicale, consiste à mettre en vente un album physique. Elle se distingue du numérique, qui englobe plutôt iTunes, Spotify et Deezer. Musicast s’occupait donc – en gros – de faire en sorte que les disques de Zebra (à l’époque) soient présents dans les bacs à la Fnac, et Idol devait les faire apparaître sur iTunes ; Coop Breizh gérait la partie Bretagne. Depuis, les albums physiques  se vendent moins. Spotify, Deezer et le streaming ont pris le pas, et les producteurs, labels et artistes ont dû se mettre à la page. Pour Zebra, patatra. Un jour, Musicast lui a dit : « Ton nouvel album sera présent partout sur Internet. On va juste t’en fabriquer 2 000, en espérant que tu en vendes 300 – au mieux. Par contre, tu prendras les frais de rapatriement du trop-plein en charge. » Ah ? Bon. Aujourd’hui traînent encore chez lui quelques milliers d’exemplaires de Mambopunk, son album sorti en 2015. Mais ce trop-plein, il l’explique : « Aujourd’hui, ça coûte le même prix de presser 1 000 disques que 500. » Tout bénef’ pour les distributeurs. Et pas très écologique.

C’est donc aussi dans cette démarche de non-gaspillage qu’Antoine Zebra a profité de Ulule pour vendre son album. Si quelqu’un le veut, il le paye, évitant la fabrication inutile. Et Spotify et Deezer ? Non merci.

« Personne ne vient en studio pour faire du numérique »

Les plates-formes de streaming se partagent des millions d’abonnés. La principale, Spotify, en a déjà 40 millions. Un vrai business. Pourtant, un artiste touche seulement quelques centimes par écoute, amenant certains artistes à décider de ne plus y apparaître.

Graphique réalisé en mars 2015 par Digital News Media

Graphique réalisé en mars 2015 par Digital News Media

Qui plus est, Antoine ne voulait pas leur confier toute sa musique. « Quand on fait du cinéma, on propose une bande-annonce, non ? » plaisante-t-il. Sur Spotify et Deezer, un artiste doit mettre son album en entier à disposition. Or, personne ne vient en studio pour faire du numérique, selon le chanteur. Ce qui rapporte, c’est la vente. Son projet est donc également une alternative financière. Plus rentable car sans intermédiaires. Et aussi plus honnête, musicalement.

« C’est ma voix qui a provoqué ce changement de ligne musicale » avoue-t-il. « J’ai enfin trouvé la bonne façon de chanter. » Prochaine étape : présenter le projet sur scène. « C’est la première fois depuis quinze ans que je n’ai pas de machine sur scène. » Antoine Zebra n’avait plus ressenti ce plaisir depuis dix ans, et parle même de « renaissance« C’est du « rock n’ roll » ajoute-t-il. Avec son guitariste Prem, ils testent leur formation scénique à La Dame de Canton le samedi 22 octobre 2016. En espérant qu’il y’en aient d’autres… produites indépendamment de tout marché.

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Propos recueillis par Angèle Chatelier