Apple Music : où en est la rémunération des artistes ?

Publié le 15 juin 2015 à 17:55
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Apple Music : où en est-on de la rémunération des artistes ?On vous le disait récemment sur OÜI FM, le 8 juin dernier, Apple a annoncé son propre service de streaming musical. Secteur en mutation constante, ce service appelé sobrement Apple Music pourrait bien être un véritable séisme dans le domaine musical. Mais pas que pour de bonnes raisons.

Musique à la demande, playlists individuelles et mode hors-connexion, le streaming musical aujourd’hui est un moyen novateur de consommer de la musique. Spotify, leader sur le marché, possède près de 60 millions d’utilisateurs, comptabilisant près de 40 millions d’abonnés payants. Le 8 juin dernier, Tim Cook, patron d’Apple s’y est mis : monopolisant l’achat payant avec iTunes, il essaye tant bien que mal de reprendre le train du numérique dont il aurait pu être dès le départ un acteur majeur.

Comme vous le rappelait OÜI FM, Apple Music sera directement incorporée à l’application Musique d’iOS (le système d’exploitation des iPhone) : pour 9,99$ par mois (ou un pack familial à 14,99$), l’ensemble de la bibliothèque Apple Music sera disponible en streaming sur tous vos appareils Apple compatibles. Comme sur Spotify et Deezer, une fonction hors ligne sera disponible. Cependant, à l’inverse de ses deux concurrents, les artistes pourront publier des posts, des images (et pourquoi pas des titres exclusifs). Cela nous rappellerait presque les douces heures de MySpace.

La rémunération des artistes, fléau du marché du streaming

Face à toutes ces informations se pose cependant un hic ultime : la rémunération des artistes. Si ces plates-formes leur permettent une véritable visibilité, ils sont pourtant lésés dans leurs bénéfices. Avec Spotify, un artiste ne sera rémunéré que 0,05cts par écoute (il faudrait donc qu’un titre soit écouté 5 millions de fois pour qu’il gagne 854 euros !).

Si l’on pouvait croire que l’arrivée d’Apple Music pourrait changer ce fléau, il semble toujours aussi nécessaire de légiférer sur cette question. Car si l’on en croit l’Adami, société qui gère les intérêts des artistes français, ceux-ci seraient rémunérés de 11 à 17 centimes par mois et par adhérent.

Aujourd’hui, la vente physique de CD ne représente que 3% de part de marché du business musical. Ce n’est pas pour déplaire à l’industrie du streaming qui, si l’on en croit ce graphique réalisé par l’Ifpi Digital Music Report 2015, connaît une croissance considérable.

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Comme le rappelait Le Monde, la rémunération des artistes présents sur Spotify est calculée avec plusieurs variables : le pourcentage de royalties qui aura été négocié par les labels, le nombre d’auditeurs, mais aussi s’ils disposent ou non d’un abonnement payant. Pour autant, chaque fois que vous écoutez un artiste sur les plates-formes de streaming musical, celui-ci ne touchera qu’entre 0,003$ minimum avec Yandex et 0,037$ avec YouTube, comme le montre ce graphique réalisé en mars 2015 par Digital News Media :

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Avec l’Apple Music, la catastrophe vient surtout du pack familial : ce serait 11 à 17 centimes de rémunération à se partager entre tous les artistes écoutés par la famille.

Lorsque l’on sait que les plateformes de streaming musicales sont des acteurs majeurs du business de la musique, « il est urgent que la France rejoigne les États-Unis ou l’Espagne en mettant en œuvre une gestion collective obligatoire du digital pour redonner aux artistes leur véritable place, dans une industrie dont les lendemains pourraient chanter à nouveau. » comme nous l’explique l’Adami. Malgré la bonne volonté de la plate-forme Tidal de mieux rémunérer ses artistes (malgré le fait que ces derniers soient très connus), le streaming semble prendre un train dangereux pour nos artistes, et il est grand temps d’en parler.

Angèle Chatelier