Playlist d’une vie d’une ex-Femen, Éloïse Bouton

Publié le 27 février 2017 à 18:10
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Éloïse Bouton, journaliste et auteure de Confessions d’une ex-Femen, est la première française a être condamnée pour exhibition sexuelle depuis 1965. Le 14 décembre 2013, elle milite en faveur de l’avortement, seins nus, dans l’église de la Madeleine à Paris. Aujourd’hui, elle écrit et a créé Madame Rap qui cherche à mettre en avant les rappeuses du monde entier. OÜI FM a tenté de mieux la connaître en faisant son parcours de vie musical. Rencontre.

Eloise Bouton par ©P-Mod

En studio, Éloïse Bouton garde quand même le sourire. Le 15 février dernier, elle a pourtant été condamnée en appel pour exhibition sexuelle. La première Française depuis 1965. Lorsqu’elle fait partie du groupe féministe radical Femen, en 2013, elle proteste seins nus dans l’église parisienne de la Madeleine, pour militer en faveur de l’avortement. Depuis, la jeune femme de 33 ans a quitté le groupe, et a publié Confessions d’une ex-Femen aux Editions du Moment. « Je pense que j’ai longtemps cherché le groupe parfait pour militer, avant de me rendre compte que la perfection n’existait pas » souligne-t-elle. « Je suis partie car la forme de militantisme collectif ne me correspondait plus. » Une chanson pour caractériser son état à ce moment-là ? « Elvis, du groupe Alpha. C’est surtout un titre que j’écoutais beaucoup à l’époque. » Une chanson soul et mélancolique à un moment où la journaliste indépendante éprouvait une forme de fierté, de liberté, et de soulagement.

Éloïse Bouton milite depuis l’âge de quinze ans. En 1998, elle manifeste pour la première fois contre le Front National. Au magazine Soixante Quinze, elle confie : « [Plus jeune], j’avais l’impression de ne pas avoir le droit de crier ou d’être en colère. Alors qu’en manifs, je n’étais pas là pour être gentille et sourire. Ça a été libérateur. » C’est en 2012 qu’elle participe à la création de la branche parisienne du mouvement Femen. Selon elle, nous sommes dans une « société capitaliste qui récupère tout, » y compris le féminisme. « Il y a du féminisme chez Dior, sur des tee-shirts H&M, on est où là ? » s’exclame-t-elle en studio. Elle est claire : le féminisme est devenu un produit, alors que c’est un combat – d’autant plus important quand « les associations conservatrices se font de plus en plus entendre. »

Quand on lui demande ce qu’est le féminisme en 2017, elle insiste : il y a plusieurs féminismes. Aujourd’hui, il s’agit « de se rendre compte que notre société opprime les femmes, et qu’il faut croire en l’égalité hommes/femmes. » Éloïse Bouton continue à le faire à sa manière. En 2015, elle crée Madame Rap, un blog qui recense les rappeuses du monde entier. Car « si le rap est parfois sexiste, il n’est pas que ça. » Et surtout, pas exclusivement masculin. Avec ce blog, Éloïse tente de donner une visibilité aux femmes qui font partie de ce mouvement.

Les grands classiques musicaux ne sont pas en reste chez elle. Plus jeune, elle adule Prince. Le clip du titre Money Don’t Matter 2 Night lui fait éprouver une sincère fascination pour le chanteur. Elle confie d’ailleurs que c’est toujours l’artiste qui l’a fait le plus vibrer aujourd’hui : « Quand il est décédé [le 21 avril 2016], un morceau de mon enfance est parti avec lui. » C’est aussi à Madonna qu’elle pense lorsqu’elle se remémore son action militante de décembre 2013. « C’est le titre qui caractériserait mon état à ce moment là : Like a Prayer de Madonna. Quand j’ai découvert cette chanson à l’époque je me suis dit ‘c’est gonflé quand même, c’est provoc. » Un an, plus tard, elle est condamnée une première fois pour « exhibition sexuelle ». « Je ne peux pas m’empêcher de penser à Rage Against The Machine quand je pense à cette période ». Le titre Killing In The Name hurle la phrase « certains de ceux qui composent les forces sont les mêmes qui brûlent les croix« . Un clin d’œil évident à son action militante.

Aujourd’hui, A Change Is Gonna Come, comme le disait Sam Cooke. Si le 15 février dernier, sa condamnation a été confirmée, Éloïse Bouton est optimiste : « Je sais que le combat est dur, mais il est juste. Je vais essayer d’aller jusqu’au bout. » Sam Cooke est une parfaite bande-son pour ça.

Angèle Chatelier