Amy, le documentaire d’archives sur Amy Winehouse

Publié le 21 juillet 2015 à 15:33
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Amy Winehouse en compagnie de son époux, Blake Fielder-Civil

Avec Amy, le réalisateur signe un film d’exception qui a le mérite de bouleverser avec humilité.

C’est avec beaucoup de délicatesse qu’Asif Kapadia a rendu hommage à l’une des plus grandes chanteuses de cette dernière décennie. Une Amy Winehouse que ses proches ne connaissaient pas, celle dont l’art est tel qu’il la transporte et la transperce, parfois dans ses méandres les plus enfouis.

Comment peut-on être si entourée mais en même temps si seule ? Quels rôles ont joué sa famille, ses amis et ses partenaires dans sa décadence, mais aussi la folie musicale qui l’animait ? Amy Winehouse fait partie de ces artistes qui puisent tout, et de partout. Du jazz, de la soul, du rock, elle est partout, mais aussi nulle part. Une entité à part entière qui fait d’elle une des plus grandes artistes de tous les temps.

Amy d’Asif Kapadia, c’est plus de 20 mois de montage, deux heures d’images d’archives, d’interviews, de lives et de témoignages. Le documentaire n’est en rien une fiction : certains proches auraient même découvert une Amy qu’ils ne connaissaient pas. Les premières images montrent Amy Winehouse adolescente, sucette à la bouche, qui détient malgré son jeune âge une maîtrise incroyable de sa voix. La jeune fille est déjà rebelle et infranchissable, et le restera jusqu’à la fin de sa vie.

Amy, sa vie dans ses chansons

« On ne dit au revoir qu’avec des mots
Je suis morte cent fois
Tu es revenu vers elle
Et je retourne au noir. » Back To Black, Amy Winehouse

Il a fallu près de deux ans de travail à Asif Kapadia pour recouper tous les témoignages et monter toutes les vidéos d’archives. « Je rencontrais son entourage dans la pénombre, avec beaucoup d’intimité. L’entretien qui devait durer une heure s’étendait parfois sur quatre ou cinq heures, comme une sorte de thérapie. […] Je me suis aperçu, au fil des conversations, à quel point mes interlocuteurs étaient encore imprégnés par l’émotion de sa mort prématurée et, pour certains, par la culpabilité. » disait-il au micro d’Olivier De Bruyn, journaliste à Rue89.

Mais inutile de chercher à démêler le vrai du faux. Tout est dans les chansons d’Amy, de sa relation tumultueuse avec son père à ses amours déchus.

Chronologie d’une artiste et de son parcours 

On y voit le parcours semé d’embûches et passionné d’une chanteuse amoureuse du jazz qui joue de sa voix avec une facilité déconcertante. Bien que moins accessible que le deuxième, son premier album Frank sorti chez Island Records en 2003 s’est vendu à plus de 2 millions d’exemplaires. Produit par Salaam Remi, omniprésent dans le film, il comporte déjà le journal intime quotidien de la chanteuse. Son premier manager et ami, Nick Shymansky, sera son pilier et un acteur clé de sa vie. C’est d’ailleurs lui que l’on semble entrevoir dans la dernière scène du film, les mains au visage, pleurant son amie d’enfance (pour en savoir plus sur lui, c’est par ici).

C’est avec Back To Black (2006) qu’Amy explose dans le monde entier. Elle devient une star planétaire que tout le monde s’arrache… à seulement 23 ans ! Back To Black restera la meilleure vente d’albums dans le monde au cours du premier semestre 2008, avec 3,67 millions d’exemplaires vendus pour un total des ventes de près de 11 millions d’euros.

S’en suivent plusieurs tournée que l’on remarque difficiles à gérer pour la jeune femme, partagée entre la volonté de son père s’improvisant businessman et celle de tout foutre en l’air. Les polémiques fusent, les tabloïds se font un malin plaisir à écraser la jeune femme, et les médias narrent ses histoires d’addictions. En octobre 2007, elle décide d’annuler le reste de sa tournée. À l’écran, on voit une Amy mariée à Blake Fielder-Civil, en proie à un amour destructeur et passionné qui l’entraînera à consommer de la drogue dure quotidiennement, dans une vie qui semble être perpétuellement sous l’influence d’une personne honorée. Kapadia creuse sous les apparences et laisse entrevoir Amy Winehouse sous emprise.

Ce que l’on connaît moins d’Amy aussi, c’est son sens de l’humour british narquois et exquis. Dans un plan particulièrement amusant, l’artiste semble énervée par la question de la journaliste en face d’elle. « Vous êtes un peu comme Dido qui retransmet sa vie dans ses chansons » déclare son interlocutrice. « Oh, vraiment ? Oui, oui. Oui oui. » se mordant les lèvres et arborant un regard moqueur délicieusement drôle.

« C’est tellement plus chiant sans la dope… » 

En 2008, Amy Winehouse rafle six Grammy Awards. On la voit reposée, sortant de cure de désintoxication et accompagnée de ses proches. Ses grands yeux semblent étonnés et ses mains parlent pour elle. Une de ses amies d’enfance en voix-off narre ce passage de sa vie où elle a eu l’impression de retrouver son Amy, sans drogues ni états cosmiques. Ce passage du film sera le plus marquant : Amy lui déclarera un peu plus tard que « c’est tellement plus chiant sans la dope… »

En résumé, le film s’attache surtout à rendre hommage à son art et sa voix hors du commun, qui laisse un grand vide dans le paysage musical. On la voit afficher un bonheur enfantin à la fin du film, face au grand artiste de jazz Tony Bennett. Amy doute, n’arrive pas à chanter, elle est impressionnée. Il dira d’elle un peu plus tard qu’elle était la nouvelle Ella Fitzgerald…

Amy Winehouse s’est éteinte à l’âge de 27 ans le 23 juillet 2011, suite à une consommation trop vive d’alcool, sur son lit d’appartement à Camden. Si l’on connaissait la tragique fin de l’histoire, ce sentiment d’injustice nous aura laissé un goût amer en sortant de la salle. Nous étions simplement touchés par ce que nous avions vu.