Nuits Secrètes : « Il y a toujours cet élan et cette légèreté qui sont propres aux grandes fêtes du Nord »

Publié le 12 juillet 2016 à 16:21
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Festival énigmatique et singulier aux ambitions de partage, les Nuits Secrètes reviennent en 2016 pour leur quinzième édition, du 29 au 31 juillet à Aulnoye-Aymeries (Nord). Un anniversaire en grande pompe avec entre autres, le rock de The Shoes, la poésie de Feu! Chatterton ou bien la douceur de François & The Atlas Mountains. Rencontre avec Olivier Connan, directeur artistique. 

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Aux Nuits Secrètes, « il y a toujours cet élan et cette légèreté qui sont propres aux grandes fêtes du Nord. » Celles où l’on partage, où l’on s’anime et où la fête prime. Olivier Connan, directeur artistique du festival, a connu les débuts de la grande fête des Nuits Secrètes. Il est un enfant d’Aulnoye-Aymeries, ville de 9 000 habitants à 80 kilomètres de Lille. « Il y a quinze ans, nous organisions une fête locale autour du week-end du 15 août, ‘Les Estivales en Avesnois’.«  L’occasion de voir des galas de catch ou des concerts. Cette fête se concrétisa par le festival des Nuits Secrètes. L’idée ? Proposer un évènement autour de la musique, en plein été… dans le Nord. « Ce n’était pas évident sur le papier » plaisante Olivier Connan. « Il y a quinze ans, les festivals étaient surtout dans le Sud ou en Bretagne. » Pour sa première édition, l’organisation s’est appuyée sur des groupes qui n’étaient pas connus du grand public : Tiken Jah Fakoly, Hubert-Félix Thiéfaine et Marcel et son orchestre. « On avait vraiment une idée de partage, d’accessibilité » souligne le programmateur. « J’avais déjà derrière moi l’expérience des concerts de rock que j’organisais avec mon association. »

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« À l’époque, on soupçonnait qu’il y avait une réelle passion du public pour les artistes indépendants et émergents »

 

Quinze ans après, l’ADN du festival ne s’est pas égaré : les parcours secrets et les stations secrètes ont toujours un succès grandissant. « Les stations secrètes, vous connaissez le programme et l’endroit, a contrario des parcours secrets. » Ceux où l’on monte dans un bus, sans être averti de la destination et de la finalité musicale. Les parcours secrets, ce sont ceux qui font la singularité du festival. C’est « ce plaisir d’aller à la rencontre d’artistes dans des lieux totalement inconnus. Des endroits particulièrement intéressants au niveau de l’architecture. C’est la rencontre entre l’artiste et le lieu« . En 2015, l’équipe de OÜI FM et les participants avaient eu la chance d’assister à un concert presque privé de Girls In Hawaii dans une église. C’est dire.

Le partage, fervent leitmotiv du festival Nuits Secrètes

Jusqu’à cette quinzième édition, la grande scène était gratuite et accessible à tous. « Historiquement, ce territoire était extrêmement fier de son histoire industrielle. Il faut dire qu’il y avait ici la classe ouvrière la plus qualifiée de France. Ça s’est arrêté d’un coup. Depuis, beaucoup pensaient que plus rien n’était possible ici«  nous avouaient Bernard Baudoux, le maire communiste d’Aulnoye-Aymeries, en 2015. « La création des Nuits Secrètes, c’était une façon de ramener la jeunesse chez nous et de montrer que sur ce territoire, on pouvait avoir des rêves les plus fous.«  

ouifm-nuitssecrètes2Malheureusement cette année, le festival est obligé de faire payer l’accès à la grande scène. « Depuis le début, le projet a rencontré beaucoup de succès. Mais les dépenses se sont alourdies. On gère désormais un camping, la restauration… Ce sont des dépenses indispensables pour le bon accueil des festivaliers » informe Olivier Connan, contrarié. « L’an dernier, nous avons réalisé un record de fréquentation et malgré ça, nous n’avons pas réussi à équilibrer nos dépenses. » Les organisateurs ont donc dû travailler sur un nouveau modèle économique.

Qu’on se rassure, de nombreux concerts resteront gratuits dans toute la ville. Les sites principaux seront payants, mais avec des tarifs très accessibles. Depuis quelques années, le festival met aussi en place « les nuits suspendus » sous l’égide des cafés suspendus. Des personnes plus aisées peuvent donner à hauteur de leur moyen un peu plus d’argent pour payer des billets à des familles dans le besoin.

Une programmation aux petits oignons

En quinze ans, Olivier Connan a programmé plus de 500 artistes, de tous les continents : « Cette année il y a aura des australiens. On a eu de l’Amérique du sud, au Canada en passant par les contrées les plus lointaines. C’est intéressant d’avoir des regards sur d’autres cultures, d’autres particularités et d’autres origines. » Et le programmateur a toujours eu un appétit particulier pour les nouveautés. Cette année, il se réjouit d’accueillir Petit Biscuit, Thylacine, et d’applaudir le retour de 2manydjs.

C’est aussi la première année où il y a autant de têtes d’affiches : Selah Sue, Lilly Wood And The Prick, Mickey 3D, Deluxe, Bachar Mar-Khalifé… pour Olivier Connan, ce qui est le plus plaisant, c’est de réunir dizaines de milliers de personnes au même endroit, dehors, « dans un élan de communion globale. »

©Maxime Dart

©Maxime Dart

Les Nuits Secrètes sont vraiment « un moment à partager, non pas à consommer. » Et le goût y est savoureux.

Propos recueillis par Angèle Chatelier