Download Festival : le report complet de la première édition française

Publié le 14 juin 2016 à 20:18
Matthias Haghcheno Par Matthias Haghcheno
Rédacteur

Pendant trois jours, OÜI FM vous a fait vivre en direct la première incursion hexagonale du festival hard rock, qui s’est déroulé les 10, 11 et 12 juin 2016 à l’Hippodrome de Longchamp. On débriefe.

L’arrivée de l’été est synonyme d’arrivée de festivals. Si la saison a commencé depuis un bon mois, il est toujours bon pour nos têtes chevelues (ou dégarnies) de se retrouver devant les énormes scènes de l’Hippodrome de Longchamp. Mais cette fois, ce n’était pas pour Solidays, mais pour la première édition du Download Festival à Paris. Plusieurs milliers de fans de metal et de curieux se sont retrouvés pour apprécier les concerts d’Iron Maiden, Korn, Rammstein et des 39 autres groupes qui se sont enchaînés sur les trois scènes installées à cette occasion.

Si certaines difficultés ont pu se faire sentir, première édition oblige, les réjouissances étaient au rendez-vous, grâce à un public des plus motivés et des prestations exceptionnelles. L’équipe de OÜI FM était présente, avec toute la team Bring The Noise emmenée par Aurélie, Joe de Cocktail et Jérôme du Morning du Matin, pour vous faire vivre l’événement en direct du site et vous retransmettre l’ambiance de ce festival metal qui a su frapper fort pour sa première édition française.

Jour 1 : Iron Maiden et le Temple Maudit

Après une journée ouverte par We Came As Romans, c’est à Beartooth de monter sur scène pour présenter Aggressive, leur deuxième album sorti une semaine plus tôt. Un set agressif, en adéquation avec le style hardcore des Américains, qui ont su faire remuer les metalleux matinaux.

On enchaîne de suite avec nos prodiges de Bayonne, Gojira, venus jouer pour la première fois en France depuis un an jour pour jour. Visiblement heureux de revenir sur leur terre natale, ils ont pu présenter un set de death metal énergique et puissant, devant un public qui n’en finissait pas de les acclamer. L’émotion a même gagné le frontman Joe Duplantier lorsqu’il a annoncé que c’était à ce concert que le groupe fêtait ses 20 ans d’existence. Un anniversaire qui sera duement fêté à la sortie de Magma, leur sixième album, le 17 juin prochain.

Une heure plus tard arrivent Deftones, icônes de la scène neo metal américaine. Bien en voix, Chino Moreno a su dès le deuxième titre (My Own Summer) convaincre le public du Download Festival. Entre l’attitude convaincue du chanteur et les riffs entêtants de Stephen Carpenter, les metalleux présents ont été transportés dans un univers mystérieux, à la fois dur et aérien. Un concert réussi.

On enchaîne avec le glam rock de Blackrain. Si la taille de la scène couverte est moins imposante que les deux autres en plein air, le groupe parisien reste motivé et prêt à faire péter le rock n’roll. Les fans n’hésitent pas à manifester leur joie en les acclamant à tout rompre. En plus de ses morceaux à succès comme Overloaded, Swan et sa bande se sont aussi fendus d’une reprise de qualité de True Survivor de David Hasselhoff. Qui a dit que les rockers n’avaient pas d’humour ?

C’est avec un peu de retard qu’arrive le clou du spectacle : Iron Maiden. Dans un décor rappelant un temple maya, c’est une véritable expédition que nous réservent les Anglais. Après plus de 40 ans passés sur les routes du monde entier, les six metalleux tiennent toujours la forme, avec un Bruce Dickinson qui courrait partout sur scène tout en chantant comme si sa vie en dépendait aussi sur les nouveaux morceaux comme If Eternity Should Fail que sur les classiques comme Hallowed Be Thy Name.

Mais Iron Maiden, c’est aussi un grand spectacle, avec des images d’arrière-plan qui changent en fonction des titres joués, rappelant la pochette de l’album Number of the Beast quand est joué le morceau éponyme, un temple maya pendant l’épique Book of Souls ou encore un soldat britannique pendant The Trooper, pendant que le chanteur arbore la même tenue. On ne peut pas non plus oublier la mascotte du groupe, Eddie, zombie qui vient tenter de se battre contre Bruce Dickinson avant de se faire arracher le coeur par ce dernier. Entre grand-guignol et spectacle millimétré, Iron Maiden a su rester égal à lui-même et contenter ses fans.

La journée se clôt avec Ghost, groupe qui a notamment remporté le titre de Révélation internationale aux OÜI FM Rock Awards. Si on peut regretter le rhume de Papa Emeritus, qui l’empêche de chanter à pleine voix, les Nameless Ghouls derrière assurent en beaux diables en enchaînant riffs heavy (Absolution), mélodies enivrantes (Ritual) et passages d’outre-tombe (Year Zero). Avec un décor digne d’une cathédrale, Ghost a su conclure cette première journée du Download Festival avec brio.

Et vous, vous en avez pensé quoi de ce premier jour du Download 2016 ? Johanna est partie enquêter :

Jour 2 : prendre le taureau par les Korn

Devant une météo (loin d’être catastrophique) aussi mitigée, difficile de ne pas souligner l’entrain et le courage des festivaliers, définitivement venus en masse pour cette première édition du Download Festival. Avec un temps aussi farceur, qui alterne petites averses inquiétantes et températures plus que correctes, ils étaient non seulement nombreux, mais aussi et surtout ne dérogeaient pas aux règles vestimentaires chères à l’univers metal : t-shirts de groupes, cheveux longs et lâchés et quelques fantaisies nous ont rappelé que le metal (et aussi le rock’n’roll, quand même) est suffisamment libre pour exister de lui-même.

Un constat que viendra confirmer cette deuxième journée, que l’on entame avec Apocalyptica, qui a eu le bon goût de ne pas faire rimer son nom avec les conditions météorologiques de son set : les finlandais, toujours armés de leurs violoncelles aussi saturés que des guitares, ont habilement jonglé entre compositions et hommages appuyés à Metallica, pour un concert-mise en bouche dans le ton. Excentrique et bruyant, qu’attendre de plus d’un festival comme le Download ?

Du français, peut-être ? Ça tombe bien : Mass Hysteria échauffe la foule de l’autre côté du festival. Dès le début, le ton est donné : « Y a déjà des mosh pits, des wall of death, vous faites plaisir Paris ! » Les vétérans de la scène metal française, hérigés ici en fierté nationale, ont prouvé à ceux qui en doutaient encore qu’en France aussi, on savait faire du bruit. Nous, on le sait déjà, mais on n’est pas contre une piqure de rappel comme un set enflammé de Mass Hysteria.

Mass Hysteria en live au Download Festival 2016

La veille, l’instant glam rock était assuré par le quatuor bien de chez nous Blackrain. Pour le samedi, place aux héritiers de Queen et The Rolling Stones (rien que ça) : The Struts. Gardien d’une certaine idée du rock’n’roll britannique période 70’s, tandis que les drogues adoucissaient les riffs outre-Atlantique, le groupe mené par le charismatique (et fort sympathique) Luke Spiller venait défendre la réédition de son premier album, Everybody Wants, spécialement retaillé pour le marché américain. Un quatuor qui a les crocs, et qui a montré ses dents parfaitement blanches lors d’un des sets les plus tubesques du festival.

On reste sur la même scène pour apercevoir la nouvelle sensation alternative venue de Glasgow : Twin Atlantic. Étonnamment explosif, leur live a rappelé la puissance sonique de Royal Blood avec la fraîcheur juvénile de Blink-182. De plutôt belles références pour ce jeune quatuor, qui sortait son troisième album en 2014 et qui devrait revenir très bientôt avec du neuf.

Le concert suivant constitue un des plats de résistance de cette première édition du Download en France : de retour début juillet avec un nouvel album, Ellipsis, le trio Biffy Clyro s’avance silencieusement sur la plus grande scène du festival pour entamer un set que l’on sait déjà explosif ; rappelez-vous, ils étaient sur la scène du festival Soirs d’été OÜI FM en 2013, place de la République à Paris. En ouvrant avec Wolves of Winter, un de leurs tout nouveaux titres, Simon Neil et les jumeaux Johnston (accompagnés d’un guitariste supplémentaire et d’un clavier) démontrent toute la puissance de leur rock alternatif à contre courant (et bien à contretemps, une passion dans la musique de Biffy Clyro) et unique en son genre. Figure de proue de la diversité de la programmation de l’événement, Biffy Clyro met une nouvelle claque en live, et la conclue de la plus violente des manières avec un Stingin’ Belle retentissant !

Nouvelle fierté sur la scène d’à côté : le duo The Inspector Cluzo monte sur scène et s’apprête à balancer son blues rock pied au plancher devant un public déjà acquis à leur cause. À se demander s’ils avaient ramené des pots de leur foie gras fait maison dans leur ferme gasconne… une information malheureusement infirmée par les principaux intéressés, venus humblement en terres metalleuses pour faire l’éloge de leur mode de vie resté aussi simple qu’avant leur vie de rockstars. Une belle preuve que le rock se vit partout, et surtout par tous les moyens et en communion.

La nuit prend le temps de tranquillement tomber sur le festival, que la tête d’affiche s’élance avec la même énergie qu’à ses débuts : les américains de Korn font vibrer les belles heures perdues du nu metal, et il est difficile de ne pas succomber aux coups de basse de Fieldy, ou aux guitares hyper violentes de Munky et Head. Clairement venu en découdre, le chanteur Jonathan Davis arborait une forme olympique et semblait prendre un plaisir au moins aussi conséquent que les très nombreux fans amassés devant la Main Stage – un exploit en soit, lorsqu’on connaît les tronches que peuvent tirer les membres de Korn. Après Y’all Want A Single ou le plus récent Coming Undone, le concert se termine par l’inévitable Freak On A Leash, et concluera une deuxième journée bien remplie.

Et vous, vous en avez pensé quoi de ce deuxième jour du Download 2016 ? Johanna est partie enquêter :

Jour 3 : Rammstein incendie le festival

Le ciel se fait menaçant quand Lofofora entre en scène. Si les français ne sont pas habitués à ce type de scène, comme ils ont dit dans leur interview pour Bring The Noise, cela ne les empêche pas d’occuper l’espace et de capter l’attention des spectateurs. Cela est en grande partie dû au charisme à toute épreuve de Reuno, chanteur qui n’a pas perdu sa gouaille et son sens de l’interprétation, aidés par des textes intelligents et sincères.

Sur les coups de 19h arrivent les américains de Rival Sons, prêts à faire péter le rock n’roll. En dignes héritiers de grands noms tels que Led Zeppelin, les cinq musiciens servent un hard rock à la fois énergique et chiadé, avec un talent d’interprétation qui force le respect. Mention spéciale à Jay Buchanan, chanteur du groupe, très expressif et mobile sur scène, qui ne manque pas d’impressionner les spectateurs.

On enchaîne avec d’autres grands fans de rock n’roll : Volbeat. C’est sous une pluie battante que les danois entrent en scène, commençant avec The Devil’s Bleeding Crown, tiré de leur dernier album en date, Seal the Deal & Let’s Boogie. Le groupe enchaînera en variant tubes (Sad Man’s Tongue, Lola Montez) et nouveautés (Goodbye Forever, Seal the Deal), avec quelques morceaux de reprises : I Only Wanna Be With You de Dusty Springfield et Ring of Fire de Johnny Cash. Ce savant mélange de metal et de rock n’roll a bien séduit le public, peu avare en slams et en acclamations, malgré la pluie battante.

Il est temps maintenant pour les icônes du thrash metal de Megadeth d’investir la scène 2. Il s’agit de la première date en France où Dave Mustaine peut présenter ses deux nouveaux acolytes : Kiko Loureiro à la guitare et Dirk Verbeuren à la batterie. Force est de constater que le nouveau line-up assure comme il faut et que le groupe a mis les petits plats dans les grands après avoir passé trois ans sans venir en France. Les morceaux indispensables tels que Peace Sells ou Hangar 18 sont là, mais le groupe a bien montré qu’il était fier de son nouvel album, Dystopia, en lui allouant un tiers de la setlist, avec notamment Fatal Illusion ou encore The Threat Is Real. Bien en voix, Dave Mustaine a pu déclamer ses paroles acides en enchaînant les solos épileptiques, alternés avec des riffs frénétiques dont il a le secret.

Mais l’appel de Rammstein se fait vite sentir, avec des jets de fumée rose visibles à des centaines de mètres à la ronde qui annoncent le premier morceau, Ramm 4, nouveau morceau du groupe. Feu d’artifice et claquettes de Till Lindemann, c’est une intro qui annonce un concert haut en couleurs. Il y a de quoi en avoir plein les mirettes, avec des lance-flammes placés sur la bouche du chanteur et du guitariste Richard Z. Kruspe pendant la bien nommée Feuer Frei!, des gerbes de feu qui partent de la scène pour y revenir pendant Du Hast, des ailes d’ange qui jettent des flammes longues de deux mètres pendant Engel et aussi des feux d’artifice à gogo pendant Ich tu dir Weh.

Un grand spectacle des plus réussis, qui a permis à Rammstein de marteler sa puissance scénique aux yeux des spectateurs parisiens qui en ont pris plein les mirettes, des fans qui les suivent depuis leur premier Zénith à Paris en 2001 aux nouveaux qui ont pu faire leur baptême du feu. Une conclusion grandiose pour une première édition du Download Festival à Paris réussie.

Et vous, vous en avez pensé quoi de ce troisième et dernier jour du Download 2016 ? Johanna est partie enquêter :