« Tous les groupes des seventies avaient un point commun : aimer les Ramones »

Publié le 7 juin 2017 à 11:52
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Ils sont quatre. Un junkie, un schizo plein de tocs, une petite frappe autoritaire et un paranoïaque. Les Ramones, groupe aussi époustouflant qu’explosif des années 70. Le dessinateur Eric Cartier, Xavier Bétaucourt et Bruno Cadène ont tenté de raconter leur histoire en bande-dessinée dans One, Two, Three, Four Ramones !. Rencontre.

L’entretien débute sur un débat à propos du perfecto. Eric Cartier, dessinateur et Xavier Bétaucourt, scénariste de BD plaisantent : « Maintenant, on peut faire du rock sans perfecto, mais aussi être journaliste politique à BFM, en porter un et n’en avoir jamais écouté ! », ironise Xavier Bétaucourt. Eric Cartier surenchérit : « Si on est journaliste politique, ce n’est pas pour rêver de porter un perfecto. Dans les années 70, on en achetait car personne n’en voulait. C’était ton papier-peint, tu le portais toute l’année ». Pour eux, le perfecto est l’un des emblèmes du rock n’ roll. Et le rock, il faut dire qu’ils ont travaillé dessus. Avec le journaliste Bruno Cadène, Eric Cartier et Xavier Bétaucourt ont façonné pendant deux ans, en dessins, l’histoire de l’un des meilleurs groupe de rock des seventies, les Ramones.

J’pourrais pas dire quand ça a merdé. On se rêvait en rock star, on était affamés. Londres, Tokyo, Buenos Aires, j’y ai cru… J’ai tout pris et la célébrité qui va avec. Mais rien ne peut durer, il ne reste que le manque

La première planche de la BD One, Two, Three, Four Ramones ! débute avec la même violence qui anima la vie de Dee Dee, bassiste et compositeur charismatique des Ramones. Chaque case est féroce. Frénétique. Fulgurante. « Nous avons tenté de créer l’ambiance de toute une époque », se justifie Xavier Bétaucourt. Celle dont fait partie Dee Dee Ramone, fils de soldat américain en Allemagne, bourré de talent, mais « aussi adorable que détestable »One, Two, Three, Four Ramones ! s’attache en effet à retranscrire l’histoire de ce  « sale type », ce personnage riche et « romanesque »… sans entrer dans la caricature du personnage : drogué et auto-destructeur. Eric Cartier s’exclame : « On a surtout tenté de montrer la douleur d’un toxicomane accro au rock. Montrer que ce qu’il recherche c’est le manque, pas la dope. » C’était donc évident, pour les deux artistes, de se concentrer autour de son histoire.

Eric Cartier

Il y a deux ans, en pleine soirée arrosée, Bruno Cadène et Xavier Bétaucourt partent d’un postulat : « Tous les groupes que l’on aime comme les Clash ou les Pistols avaient tous un point commun. Aimer les Ramones. » Ils ont « une puissance dramatique incroyable ». Après avoir passé un coup de fil à Éric Cartier, tout a commencé. De son côté, le dessinateur plaisante : « Quand on t’appelle pour faire un bouquin sur les Ramones, si tu dis non, c’est que tu ne soignes pas ton karma ! ». L’auteur de Route 78 ou La mer à boire n’est pourtant, « à la base », pas portraitiste. Ce qu’il aime : les attitudes, les expressions, les ambiances de bar… Mais il accepte de croquer les Ramones. Et chaque fois qu’il avait du mal « à choper une expression », il se disait : « Ça va Éric, flippe pas ! », et s’en aller se documenter sur d’anciens dessins existants du groupe. Une aubaine, pour lui : « Vu que l’époque était punk et bien… les dessins étaient punks ! Je préfère largement me laisser influencer par des dessins punks. » Le plus dur a été de ne pas appuyer le coté trop « belle gueule » de Dee Dee. « Je devais faire passer ça, et son côté très auto-destructeur. C’était difficile », admet Eric Cartier.

Ne pas tomber dans la stigmatisation

Mais gare à ne pas tomber dans le piège de la caricature. De leurs côtés, les trois auteurs s’en sont bien sortis et Eric Cartier l’admet, Dee Dee Ramone « a lui-même un côté caricatural. » L’homme se drogue, hurle, provoque. Mais il n’y a pas de secret : « Il a fallu apprendre à le connaitre » au travers de la documentation, soulignent-ils. Autre recette, selon Eric Cartier : « Pour éviter la caricature, il faut montrer qu’un junkie est la caricature de lui-même. » Mais force est de constater que Dee Dee Ramone est « attachant ». C’est un « p’tit mec », l’image même du rock, pour Eric Cartier. Il l’avoue : « Quand on est ado, c’est ça que l’on rêve d’être ».

Dans One, Two, Three, Four Ramones !, plus d’une quinzaine de pages sont consacrées à l’enfance et à la pré-adolescence de Dee Dee. Cette « violence latente », « la colère envers un père », tout cela permet de piger complètement le personnage, reconnait-il.

« Dans les bonnes histoires, il faut tout ce que l’on a dans les Ramones, souligne de son côté le scénariste Xavier Bétaucourt : un méchant, un romanesque, un leader… Dee Dee est le « sale type ». Joey, « pathologiquement malade », pourrait avoir un bouquin « rien que sur lui ». Tommy est « complètement normal donc il se barre »… Il a fallu montrer la violence, tout comme l’attachement. D’ailleurs, Xavier Bétaucourt l’avoue : s’il a choisi les dessins d’Eric Cartier, « graphiquement évident », c’est pour son côté « cartoon » qui désacralise l’agressivité de l’époque et des personnages.

Une colère et une violence qui a aussi épuisé nos deux auteurs : « Travailler sur quatre mecs qui passent leur temps à se défoncer et à s’engueuler, c’est épuisant ! », clame Eric Cartier, semble-t-il encore exténué. « C’était passionnant mais il s’agissait de dealer avec une énergie qui était motivante et très malsaine à la fois ». Mais il faut le dire : c’est aussi ça, le rock des seventies.

La bande-dessinée One, Two, Three, Four Ramones ! est disponible aux éditions Futuropolis le 8 juin 2017.