The Ting Tings : L’Album de la semaine sur Canal +

Publié le 1 mars 2012 à 16:53
Cécile Descamps Par Cécile Descamps
Rédactrice

The Ting Tings : L'Album de la semaine sur Canal +Samedi 3 mars 2012 à 11h30 en clair sur Canal +, retrouvez The Ting Tings avec leur nouvel album, Sounds From Nowheresville !

Mi-2010, les Ting Tings raccrochent les pédales à effets après les deux ans de tournée ininterrompue qui s’imposait après l’entrée en matière fracassante de leur album We Started Nothing. Les tubes surgis de leur premier opus avec un naturel déconcertant les avaient propulsés au rang de stars malgré elles. Great DJ et That’s Not My Name étaient calibrés pour inonder la FM. Shut Up And Let Me Go fut, ironie du sort, le dernier coup de cœur significatif de Steve Jobs pour accompagner sa vision esthétique et idéologique d’Apple. L’Amérique leur tendait les bras. Et un an après la sortie de leur premier album, Katie et Jules foulaient du pied le tapis rouge des Grammy Awards, auréolés d’une nomination dans la catégorie Meilleur nouvel artiste.

Rien ne laissait présumer que les Ting Tings deviendraient ce qu’ils sont devenus. « Le rouleau compresseur de l’industrie musicale est à mille lieues de ce que nous faisons. Voilà d’où nous venons », se justifie Katie en avalant une gorgée de cidre. « Pour nous, le plus étrange, c’est de ne plus être entourés d’esprits créatifs pour nous entendre dire par notre label : “OK les gars, on a deux graphistes maison et on va utiliser le même photographe et le même réalisateur que pour tous nos autres groupes”. Ça, ce n’est pas nous. On a notre propre petit monde. Or entrer dans cet univers édulcoré et devenir un groupe pop comme tous les autres, c’est faire une croix sur ce petit monde ».

L’enjeu critique du deuxième album, d’un point de vue émotionnel du moins, était de parvenir à se défaire de ces oripeaux pour revenir aux fondamentaux d’où ils puisent leur inspiration.

En un sens, les Grammies ont marqué le coup d’envoi du deuxième album pour les Ting Tings. Il était grand temps que cessent les illusions pour remettre un pied dans la réalité. Direction Berlin-Est, d’abord, un lieu qui s’impose comme une évidence pour retrouver le parfum insurrectionnel de We Started Nothing. « A certains égards, la comparaison avec
Manchester coule de source, s’enthousiasme Jules, la scène artistique et musicale est en pleine ébullition ». « Et puis, il n’y pas de costards-cravates, renchérit Katie, ou disons que les seuls costards-cravates que tu vois n’en sont pas vraiment ».

Ils posent donc leur studio nomade dans un jazz club désaffecté de la Frankfurter Allee, mais s’engouffrent avec fracas dans un passage à vide sonore. « C’était sinistre », lâche Katie sans détour. « On a enregistré un disque à Berlin pour l’enterrer dans la foulée », précise Jules. « Arrivés au sixième morceau, on s’est dit qu’on allait droit dans le mur. Mais le label, qui avait entendu le titre Hands mixé par Calvin Harris, y voyait le succès de l’année ». Le titre déboule sur les ondes britanniques fin 2010 tandis que Jules et Katie, toujours pas remis, se laissent encore bercer par les idées des autres quant à la manière de gérer les Ting Tings. Le dernier rempart de leur forteresse de principes vient d’être ébranlé. Dès lors, tout s’éclaire : soit ils font les choses à leur manière, soit ils ne font rien.

Début 2011, les Ting Tings veulent tout plaquer, à commencer par le directeur new-yorkais de leur label, Rob Stringer. Et c’est là, dans l’une de ces dynamiques magiques, impromptues et propres aux A&R qu’on pensait annihilées par l’industrie musicale version XIXe siècle, que Stringer tombe sur la démo d’une chanson sur laquelle ils travaillent et qu’il leur dit de ne plus chercher le tube parfait. Il va même jusqu’à leur intimer de mettre en sourdine leur fibre commerciale. « Si vous n’en croyez pas vos oreilles aujourd’hui, s’amuse Katie, imaginez ce qu’on en a pensé à l’époque. Or ce n’était pas dénué de sens, loin de là, puisque ce qu’il voulait, c’était un label sur lequel on aurait envie de signer. Il comprenait la nécessité de créer un lieu rassurant pour les artistes. »

Ils quittent donc les frimas de Berlin pour rejoindre Murcie, au sud de l’Espagne, et son désert de poussière au crépuscule du printemps. Le deuxième album, qui est en fait leur troisième, se met en route tout seul. Quatrième vitesse enclenchée. Katie et Jules couchent le titre phare, Hit Me Down Sonny, en une journée. « La mélodie, la partie rythmique, l’arrangement, tout s’est mis en place le plus naturellement du monde, s’emporte Jules. Avant, on accouchait de tout dans la douleur. Or cette douleur s’est dissipée comme par magie. Dès que Katie entrait en cabine, elle déchirait tout. Les mots, les phrases, coulaient. Tout le poids qui pesait sur nos épaules s’est envolé. On a retrouvé le plaisir. Un plaisir à nouveau nourri par sa propre énergie. »

Ce qu’ils ont appris, de manière plus indirecte, c’est la liberté du voyage musical. D’où le titre : Sounds From Nowheresville, que l’on pourrait traduire par « Les sons de Nulle part ». Avec le morceau qui ouvre l’album, Hang It Up, ils déploient leur nouvelle palette de couleurs, riche, portée par un riff à deux cordes enflammé aux nuances évoquant tantôt Le Tigre, tantôt les Beastie Boys. Le Ting Tings nouveau, libéré, est arrivé et n’a rien perdu du lustre commercial de l’ancien, à cela près qu’il retrouve l’essence brute qui définit son groove intuitif.

Revoici donc les Ting Tings, cru 2012, gonflés à bloc comme au premier jour. « Nous retrouvons notre monde », se réjouit Katie d’un ton qui dénote d’une authentique fierté.

Dernière chose : où les Ting Tings se verraient-ils, aujourd’hui, s’ils avaient achevé et sorti l’album de Berlin ? « À ce moment précis, on serait certainement dans une fête, vautrés dans un canapé, une coupe de champagne à la main, à remâcher un sentiment de honte et d’imposture ».