Paul McCartney à l’AccorHotels Arena : le report

Publié le 1 juin 2016 à 18:14
Aurélie Duhamel Par Aurélie Duhamel
Contributrice

En concert à l’AccorsHotel Arena lundi 30 mai à Paris, Sir Paul McCartney et ses fidèles musiciens ont rendu un hommage vibrant à près d’un demi-siècle de pop music, à la force des tubes qui ont construit sa légende et morceaux encore jamais interprétés en live. Il avait promis un bon concert, l’ex-Beatles était bien loin du compte. Retour sur près de trois heures d’un concert majestueux.

« Rue fontaine, il y a foule, pour les p’tits gars de Liverpool » chantait Serge Gainsbourg en 1966. 60 ans plus tard, si l’art des Fab Four se conjugue au singulier, la foule, elle, ne désemplit pas à chacune de ses apparitions, d’autant plus précieuses qu’elles se font rares : nommé gardien du temple sacré de The Beatles au début des années 70, le chanteur et multi-instrumentiste Paul McCartney a arpenté l’immense répertoire de l’un des plus grands groupes du XXe siècle.

21h. L’obscurité s’abat peu à peu sur nous, seuls deux panneaux lumineux situés de part et d’autre de la scène font défiler des images d’archives à la façon d’un vieux carrousel, offrant déjà une belle rétrospective d’une carrière hors-norme. Les heures d’attente sous la pluie sont déjà loin, lorsque Paul McCartney, tout en élégance et en sobriété, fait son entrée sur scène : « Il y aura des chansons anciennes, des nouvelles et d’autres entre les deux. » La messe est dite, place à la fête.

Un démarrage en grande pompe sur un classique du répertoire pop rock avec A Hard Day’s Night (1964) et son riff de guitare réconfortant, qu’il n’avait jamais joué sur scène depuis le début de sa carrière solo en 1970. « J’aime donner au public ce qu’il veut, car moi aussi, comme spectateur, j’ai envie d’entendre des tubes, » avait-il déclaré la veille au Parisien. Chose promise, chose due : c’est une véritable déferlante de chansons emblématiques des Fab Four – Can’t Buy Me Love, Lady Madonna, Love Me Do ou encore Let It Be – qui transporte la salle à une époque où les Beatles tenaient la barre haute au marché musical mondial. Sa voix, son allure et sa posture demeureraient presque inchangées, le parfait écho d’une éternelle jeunesse. Celui qui assurait la première partie de Sylvie Vartan à l’Olympia en 1964 fait depuis partie de ceux dont la seule présence suffit pour convaincre.

Pendant les 50 premières minutes du concert, Paul McCartney puise également dans la discographie florissante des Wings, groupe qu’il fonde en 1971, un an après la séparation des Beatles, riche de huit albums studios. On retiendra le prodigieux Maybe I’m Amazed, écrite pour son épouse Linda en 1970, qu’il interprète au piano avec ardeur, ou encore le superbe souffle électronique de Temporary Secretary (1980), extrait de son second album solo.

Paul McCartney fait des allers-retours constant entre les trois périodes marquantes de sa carrière, alternant avec aisance entre la basse, la guitare électrique, le piano ou encore le ukulélé. De retour à l’acoustique, le musicien prend alors de la hauteur sur un promontoire et se retrouve seul face à son public. Pour cette « belle France » comme il aime l’appeler, il interprète et captive ses fidèles avec Blackbird puis Here Today, qui ne saurait rappeler que la puissance de McCartney réside avant tout dans la puissance de ses textes. Écrite en hommage à John Lennon, c’est le cœur lourd qu’il salue la mémoire de son « frère et ami » disparu en 1980.

Avec In Spite All The Danger (1958), l’un des plus célèbres rockeurs de la couronne britannique rend hommage à George Harrison, première chanson enregistrée par ceux qui se faisaient encore appeler à l’époque The Quarrymen. Des hommages, il y en aura tout le long du concert, pour Jimi Hendrix ou encore George Martin, le « 5e Beatles » disparu en mars dernier, en reprenant I Love Her ou Eleanor Rigby, pour laquelle le célèbre producteur avait lui-même écrit la partition du double quatuor à cordes.

On dit parfois que le rock’n’roll marque avant tout la rencontre entre une voix et un guitariste. Ils étaient deux ce soir à faire vibrer leurs cordes au service de l’ex-Beatles – Rusty Anderson et Brian Ray – gratteux de génie au même titre que le batteur Abraham Laboriel, et le claviériste et ancien directeur musical Paul Wickens, fidèles à l’artiste depuis une quinzaine d’années.

« Thank you, good people of Paris ! » Dans ce somptueux banquet hébergé dans l’intimité d’une salle pleine à craquer, Paul McCartney n’oublie pas de remercier les quelques 20 000 convives venus l’applaudir. Le public français, pour qui il reviendra au rappel en arborant fièrement leur drapeau, en guise d’hommage solennel aux victimes des attentats de Paris. Puis, dans un élan de beauté absolue, confirme son geste avec Yesterday.

« Vous en voulez encore ? » La vie continue (en yoruba), avec l’énergique Ob-la-di Ob-la-da. Pour cette dernière partie de concert, les tubes reprennent avec toujours plus de chaleur et d’entrain, repris en parfaite adéquation avec le public qui s’installe dans une belle euphorie intergénérationnelle. Basse en bandoulière, Paul McCartney s’élance sur Back in the USSR, sublimé par le solo tapageur de Rusty Anderson à la guitare électrique. Une première déflagration qui se poursuit dans la foulée avec l’explosif Live or Let Die, véritable folie pyrotechnique, qui se termine par un feu d’artifice en plein cœur de l’AccorHotels Arena.

Éclatant de générosité envers ses fans, des plus pointus aux simples curieux, Paul McCartney a assuré un show de presque trois heures, ne montrant aucun signe de faiblesse. On en oublierait presque que l’interprète de Birthday s’apprête à fêter le sien le 18 juin prochain. À presque 74 ans, Paul MacCartney conclut sur un superbe medley d’Abbey Road, sorti en 1969, avec Golden Slumbers et Carry That Weight.