[Interview] Le festival malouin La Route du Rock a survécu à la malédiction des 27 ans

Publié le 11 juillet 2018 à 12:09
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Vingt-huit ans et toutes ses dents : La Route du Rock est de retour du 16 au 19 août 2018 pour sa 28ème édition. Le festival indépendant règne toujours en maître de l’évènement musical français consacré au rock indé, à la pop et à la new-wave. Cette année, il accueille Patti Smith, Nils Frahm, Etienne Daho ou encore Phoenix. Rencontre avec Alban Coutoux et François Floret, respectivement programmateur et fondateur du festival mais aussi de véritables Larousse en culture musicale.

OUI FM : On se sent comment 28 ans après avoir créé un festival ?

François Floret : Tout va bien, on est en pleine forme. Tant qu’il y de la motivation, on continue et elle est encore là ! Mais on voit bien que les choses ont changé : l’univers des festivals, celui de la musique… ça a forcément évolué pendant toutes ces années. On voit bien qu’il y a les « gros » (groupes, grosses fortune ndlr) qui arrivent, qui veulent manger les petits. Mais nous, on se sent hors-jeu par rapport à eux, ce n’est pas trop notre univers. Je pense qu’on n’a pas trop changé sur l’identité, sur ce qu’on a envie de défendre : la taille humaine, le plaisir de la musique avant tout… même si évidemment, les considérations économiques sont toujours dans la tête parce qu’on a envie de durer et  de se donner les moyens de faire de belles choses mais ce n’est pas ce qui nous anime en premier.

Alban Coutoux : Déjà, on a survécu à la malédiction des 27 ans dans le rock ! (rires). Les choses ont bien évolué depuis 28 ans. Le festival a commencé alors qu’il n’y avait pas Internet, y’a moins de fax, aujourd’hui !. Se prendre une petite claque musicale, c’est toujours notre moteur, au-delà de toutes les considérations administratives, sécuritaires et d’organisation.. l’énergie elle est là et nulle part ailleurs.

OUI FM : La Route du Rock, ce n’est pas que l’été : le festival propose aussi une collection hiver, en salle. Comment ça s’est déroulé cette année ? Et votre plus gros coup de coeur musical ?

Alban Coutoux : Ça s’est très très bien passé. Avoir ces deux rendez-vous dans l’année nous permet de coller au plus près à l’actualité musical et de ne pas avoir cette frustration d’attendre un an avant de programmer des groupes. Cette année, je retiendrai le concert de Park Hotel qui était vraiment une découverte pour nous tous.

OUI FM : Vous accueillez cette année en tête d’affiche Patti Smith et Étienne Daho. Ça donnerait quoi un duo entre ces deux artistes, selon vous ?

Alban Coutoux : Une reprise du Velvet Underground, direct ! Ils sont tous les deux marqués par le groupe de Lou Reed.

François Floret : Un poème de Rimbaud !

OUI FM : La Route du Rock n’est pas qu’un festival de musique. Il célèbre cette année aussi le cinéma avec la diffusion de Horses, Patti Smith and her band de Steven Sebring et une partie de l’exposition « Daho l’aime pop » qui était à la Philharmonie de Paris entre le 5 décembre 2017 et le 29 avril 2018.

Alban Coutoux : nous n’avons pas pu accueillir l’exposition dans son intégralité car nous sommes tributaires du lieu qui l’a accueilli, la tour Bidouane, sur les remparts de Saint Malo. Les curieux pourront voir le « Daho lab », la dernière partie de l’exposition à la Philharmonie. C’est toute la partie photographie. Depuis 2015 on propose des expos photo sur le festival mais qui ont forcément un lien avec le rock.

Le film Horses, Patti Smith and her band est sorti fin avril 2018 donc on va avoir la chance d’être parmi les premiers à avoir une diffusion sur grand écran. D’autant que Patti Smith sera là pour présenter le film, peu de temps avant son concert sur le festival…

OUI FM : Tout au long de l’année, la Route du Rock, c’est aussi La Route du Rock booking. Vous « bookez » des artistes que vous affectionnez  en France : Frankie Cosmos, Kevin Morby, pour ne citer qu’eux. 

Alban Coutoux : L’idée du booking est venu car il y avait des artistes que l’on voulait mais qui n’avaient pas d’agents en France. Autant joindre l’utile à l’agréable… Et c’est une affaire qui marche bien, on a beaucoup de reconnaissance. La dernière en date : Nils Frahm qui a fait une carte blanche à la Philharmonie de Paris le 30 juin 2018.

OUI FM : vous passez vos journées à écouter des albums, chiner dans les meilleurs disquaires et mettre en lumière les plus belles nouveautés de rock indé. C’est quoi vos albums coup de coeur de cette année 2018 ?

François Floret : Moi j’écoute en boucle Jon Hopkins. Mais on n’a malheureusement pas réussi à l’attraper !

Alban Couteaux : J’ai adoré le dernier album de Melody’s Echo Chamber, sorti en juin dernier. Il y a aussi l’opus Divine Weight avec Alex Zhang Hungtai de Dirty Beaches et Pierre Guerineau de Essaie Pas.

OUI FM : une question basique pour terminer, mais qui a son importance. Quelles nouveautés seront présentes sur le festival pour sa 28ème édition ?

François Floret : Il y a tout un grand débat avec la sécurité avec la circulaire Collomb*, on ne sait pas à quelle sauce on va être mangés. Mais sinon, on a fait un bilan de tout ce qui n’allait pas l’année dernière. Il faut savoir que le vendredi de l’édition 2017, on a subi à peu près tout ce qu’un festival peut subir. On a eu notamment une panne internet et ça a été super compliqué à gérer car on avait des bracelets qui étaient reliés à Internet pour les entrées, etc. C’était pas facile, on a réussi un petit miracle. Donc cette année évidemment, on a bétonné le coté Internet, si jamais ça replante. On a aussi peaufiné la logistique pour que les gens aient le moins de temps à attendre, donc ça risque d’être très fluide. Et on a amélioré les bars, on en aura un nouveau. Et puis, la grande nouveauté…une plus belle scène, sans doute ! Elle sera plus grande et plus belle.

Rendez-vous du 16 au 19 août 2018 au Fort de Saint-Père, près de Saint-Malo pour la 28ème édition de La Route du Rock. 

*le texte, signé en mai 2018 prévoit de faire facturer aux organisateurs de festivals le déploiement des forces de l’ordre.