[Interview] We Hate You Please Die

Publié le 8 juillet 2021 à 11:44
Mathieu David Par Mathieu David
Rédacteur

We Hate You Please Die

Histoire de bien attaquer l’été, OÜI FM vous a encore dégoté une belle découverte de notre scène française, le groupe We Hate You Please Die.
Derrière ce nom qui transpire la douceur de vivre (et aussi un beau clin d’œil au film Scott Pilgrim) se cache quatre rouennais bourrés de talents qui viennent de dévoiler leur 2ème album “Can’t Wait To Be Fine”, dans les bacs depuis le 18 juin (Howlin Banana / Le Cèpe Record) ! Dans cette nouvelle production, la formation nous balance un garage punk complexe, marqué par la douceur de la pop et la hargne des 90’s. Un album qui se veut sincère et réfléchi, un chouilla schizophrène et qui colle parfaitement à cette sortie de crise sanitaire.
Rencontre avec Raphaël et Joseph, chanteur et guitariste du groupe, qui ont pris quelques minutes dans leur maison à Rouen pour nous présenter leur univers et leur façon bien à eux de vivre leur musique.


>> Pour commencer, est-ce que vous pouvez me raconter les débuts du groupe, comment vous vous êtes retrouvé à faire de la musique tous les quatre ?

Raphaël : ça s’est fait en deux temps on va dire. En gros, la première formule du groupe, c’était avec Chloé qui fait donc de la basse et aussi du chant. On a évoqué cette idée de faire un groupe y a une dizaine d’années quand j’ai débarqué à Rouen. On s’était rencontré dans une soirée et c’est venu un peu comme une envie de pisser. Elle s’est mise à chanter devant moi, et direct je lui ai dit “Hey, mais tu chantes trop bien, ça te dirait pas un jour qu’on fasse un truc ?”. Ça a mis un peu de temps, mais on s’est retrouvé quelques années plus tard pour faire des premières maquettes, ce qui nous a permis de nous rassurer nous-même, vu qu’on est pas non plus des musiciens aguerris. Ça nous a permis aussi d’arriver un peu dans le monde de la musique et de prendre nos marques. Une fois cette période passée, Joseph a emménagé dans la maison à côté de chez moi, c’était il y a 5 ans. Un jour, je l’ai entendu jouer de la guitare, je suis allé toquer à sa porte et je lui ai fait écouter nos maquettes. Je lui ai demandé s’il voulait jouer dans le groupe, il m’a dit OK. Et ça s’est fait comme ça. Après, il nous a présenté Mathilde qui fait de la batterie, qu’il avait rencontré pour un autre groupe qui n’a pas abouti. Il lui a proposé et elle a accepté. Le line-up s’est retrouvé pour une répète un jour, et depuis, il n’a jamais bougé.

>> On est donc sur une belle rencontre de copains… Simple et efficace.

Raphaël : Ouai, je dirai aussi que c’est une histoire d’association peut-être un peu étrange, mais c’est rigolo. Avec Mathilde par exemple, on a 13 ans de différence d’âge. Elle a 21 ans et j’en ai bientôt 34. Joseph et Chloé, eux, en ont 26. C’est marrant qu’on ait trouvé ce rythme, cette volonté de faire les choses ensemble. On n’est pas des générations hyper éloignées, et on se retrouve assez sur la direction du projet et ce qu’il représente, malgré la différence d’âge.

>> Justement, qu’est-ce qu’il représente pour vous ce projet ?

Joseph : Je dirai un truc fun et qui nous permet d’extérioriser des émotions en tout genre. La joie, parce que c’est quand même hyper plaisant de faire de la musique à quatre et de la partager avec des gens.

Raphaël : C’est un genre de musique qui se prête plus facilement à ça de base, le garage punk. Même si les paroles peuvent être contestataires ou dures.

Joseph : Le but, c’est quand même de danser et de faire danser les gens avec cette musique et de partager des moments forts en concert. Du coup, c’est clairement un truc pour extérioriser.

Raphaël : C’est bizarre parce que notre musique est très liée à nos états d’esprits, dans le sens où on a envie de montrer toutes les palettes d’émotions qu’on peut avoir, que ce soient des choses tristes, mélancoliques, de colère. Même si notre nom est assez abrasif, on voulait se permettre de remettre un peu de sensibilité dans tout ça, un peu de lumière aussi. Que ce soit vraiment une palette d’émotions, que tout le monde puisse voir qu’en fait, c’est ça la vie. Un jour, t’es mélancolique, le lendemain, tu t’en veux, un autre t’es enjoué et tu ne sais pas pourquoi, tu peux être amoureux, ça peut être plein de trucs comme ça. On voulait montrer ça dans notre musique. Et effectivement, ça nous permet de nous défouler et de nous catharsiser à l’occasion.

>> Ce groupe, c’est une sorte de thérapie en fait ?

Raphaël : Ouai, c’est un peu une thérapie. Une thérapie personnelle, de groupe et sur la vie, je pense. Ça permet aussi de faire un peu bloc pour se rassurer. Pour revenir sur ce truc d’âge dont je parlais tout à l’heure, c’est intéressant de voir que Mathilde, qui a 13 ans de moins que moi, a les mêmes questions que je peux me poser encore maintenant et les mêmes inquiétudes que moi sur l’absurdité de la vie. C’est assez étonnant.

>> Vous venez de sortir votre deuxième album “Can’t Wait To Be Fine ». Comment s’est passée la composition de ce disque ? Est-ce que vous avez fonctionné sur le même modèle que pour le précédent “Kids Are Lo-Fi” (2018)?

Joseph : On a bossé d’une façon relativement différente pour cet album. Avec le premier “Kids are Lo-Fi”, on a composé assez rapidement. On l’a fait en six mois à peu près, juste après qu’on se soit formé tous les quatre. Donc les chansons ont été faites, pas forcément à la va-vite, mais c’était écrit un peu d’un trait, avec simplicité et presque avec naïveté, j’ai envie de dire. Par contre, le deuxième album, on a commencé à le composer dès la sortie du premier disque. C’est-à-dire qu’on a mis presque deux ans à l’écrire. Les chansons sont arrivées un peu les unes après les autres, parfois espacées de plusieurs mois. Entre-temps nos influences, les groupes qu’on écoutait, qu’on aimait, nos envies de faire de la musique changeaient, ce qui a amené vachement plus de diversités dans les influences qu’on y a mises.

>> Est-ce qu’il y a des artistes en particulier qui vous ont influencé pour ce disque ?

Raphaël : C’est rigolo parce qu’en termes d’influences, on a des socles communs au sein du groupe, genre tout le revival garage comme Thee Oh Sees, Ty Segall et compagnie, qui nous a un peu reliés. Mais après, on a des goûts musicaux, même artistiques, assez différents. Bon, y en a qui ont des connivences avec d’autres sur certains points, mais sinon ça fait vraiment comme un mix, ça fait presque Spice Girls dans l’idée. (rire) Chacun.e a un peu sa personnalité et c’est ça qui est vraiment marrant parce que malgré ça, j’ai toujours l’impression que tout coule très naturellement quand on compose ensemble. Quand on fait de la musique ensemble, ça file toujours tout droit.

Joseph : Limite, on a plus de mal à choisir notre chanson préférée qui soit commune à tous les quatre qu’à faire une chanson ensemble.

>> Comment se passe justement la composition au sein du groupe ?

Joseph : En général, je cherche pas mal de choses chez moi. J’écris des démos, et j’envoie aux autres des ébauches de morceaux relativement terminés.. Après quoi, Raphaël ou Chloé, selon qui est le plus inspiré par la chanson, vont chercher des lignes de chant, des paroles, des chœurs et tout ça quoi. Mais y a aussi des morceaux qui sont nés en répète, en travail commun lors de jam qu’on faisait ensemble, le morceau « Luggage » par exemple.

>> Vous vous êtes donc retrouvés en studio l’année dernière pour l’enregistrement de ce nouvel album, pouvez-vous me raconter un peu comment c’était ?

Joseph : On l’a enregistré dans les Deux-Sèvres, donc un peu loin de chez nous comme on est de Rouen. C’était dans une maison de famille qu’on nous a prêtée, dans laquelle on a pu s’installer pendant dix jours avec Guillaume (Bordier), notre ingé son qui a enregistré et mixé l’album et qui nous accompagne en concert depuis plus de deux ans. On a donc passé plusieurs jours dans cette vieille maison avec des araignées, des chauves-souris qui sont sorties quand on a débarqué…

Raphaël : Bien à l’ancienne, vraiment ! (rire)

Joseph : Ça avait presque des airs de vacances. Ça nous a bien coupé du monde le temps qu’on puisse bosser sur l’album. Sur place, Raphaël a pu terminer d’écrire les paroles en s’isolant dans une chambre tout en haut de la maison. C’était vraiment un super exercice de se focaliser vraiment pendant dix jours sur l’album, sur l’enregistrement, et peaufiner les arrangements. Et puis même de se retrouver tous les cinq comme ça c’était un super moment humain, même si on s’est un peu pris la tête des fois, franchement ça allait.

Raphaël : Tu vois le genre d’interview qu’on a pu lire quand on était jeune, “le groupe a enregistré le nouvel album dans une maison isolée”, tu te dis “Ohlala dis donc, c’est mystique”. Mais en fait, c’est vrai que ça apporte un truc, ça donne une autre atmosphère. Après, par rapport au confinement, bon forcément ça nous a sortis de chez nous. On a pas trop subi le COVID à part les annulations de concerts. Par rapport au développement du groupe, l’enregistrement du nouvel album est tombé au bon moment. On n’est pas les plus à plaindre dans tout ça. Je pense aux groupes qui se sont fait couper les pattes par tout ça, je suis triste pour eux. Mais par rapport à la pandémie, ça ne nous a pas saboté les plans pour l’album.

>> Et par rapport au confinement, est-ce qu’il y a des groupes ou des artistes que vous avez réécouté ou même découvert durant cette période un peu bizarre ?

Raphaël : J’ai découvert pas mal de trucs, vieux comme récents, il y a notamment Grandaddy… En vrai, y a pas que des trucs que j’ai découvert parce que je me suis refait Baxter Dury, Jacuzzi Boys et Mudhoney aussi. J’ai découvert XXXTentacion, un rappeur qui est malheureusement décédé il y a quelques années. En groupes français, j’ai bien accroché sur Johnnie Carwash et Tapeworms qui sont deux groupes assez fabuleux sur la nouvelle scène. Et là, mon coup de cœur du moment, c’est The Linda Lindas. C’est un groupe de quatre américaines, très jeunes. Elles ont entre 10 et 16 ans. C’est d’une maturité sur la musique et le discours qui est affolant, une bouffée d’air frais. C’est en train de devenir mon groupe de l’année, je ne suis pas très objectif. Il y a aussi le nouveau groupe de Maxwell Farrington avec le Superhomard, qui est assez incroyable, une belle rencontre entre deux univers. Maxwell, c’est le chanteur de Dewaere, qui ont fait une super reprise de “Everybody’s Gotta Learn Sometimes” des Korgis, la chanson de “Eternal Sunshine”. Ils ont réussi à reprendre une chanson impossible à reprendre en la punkisant sans la rendre nulle. Je suis tombé amoureux de ce groupe avec ça. Et du coup Maxwell Farrington et le Superhomard, ça aussi ça a été une de mes découvertes.

Joseph : En groupes locaux, y a Servo, un groupe de Rouen qui fait du psyché cold. Ils ont sorti un album pendant le premier confinement, un disque vraiment super. J’ai passé beaucoup de temps à écouter Crack Cloud et Squid, plus des trucs post punk, voir un peu jazz, même un peu trop des fois. J’aime beaucoup Parquet Courts aussi. J’ai acheté le dernier album de Black Midi, que j’aime moins que le précédent. C’est un peu trop barré pour moi.

>> Ça tombe bien que tu parles de Black Midi… Justement, j’ai l’impression qu’on retrouve un peu de leur folie dans votre son. Ça a été une source d’inspiration pour le nouvel album ?

Joseph : Ça me fait plaisir que tu parles de ça parce que c’est un groupe que j’ai beaucoup écouté notamment quand ils ont sorti leur premier live avec KEXP début 2019. J’ai dû faire la moitié des vues Youtube à moi tout seul ! Le truc que j’adore dans leurs morceaux, c’est quand ça te surprend, quand il y a des choses qui te prennent un peu à contre-pied, que t’as limite besoin de réécouter la chanson pour comprendre ce qui se passe et où ils essaient de t’amener. Ça rejoint un peu notre amour avec Raphaël pour le groupe System Of A Down qui fait des choses comme ça aussi, des gros changements de rythme, des grosses cassures, des parties hyper mélodiques enchaînées avec des moments hyper bourrins. En fait, on s’inspire de musique comme ça parce qu’on aime ça et qu’on fait la musique qu’on aime bien écouter. On aime bien le fait qu’on n’entend pas la même chose du début à la fin de l’album ou même du début à la fin d’une même chanson.

Raphaël : C’est un truc éclectique mais par essence, parce que ça nous anime vraiment. On aime bien être surpris. Il y a de plus en plus de musique dans le monde et on y a facilement accès. Du coup, avoir de la musique qui te permette de passer d’un rythme ou un genre à un autre, c’est intéressant. Je ne dis pas qu’on a tout écouté et que c’est lassant, mais je sais qu’à titre personnel, j’adore écouter des trucs qui me brutalisent. Genre “Ah ouai, y a de la pop là… Ah ok, y a du doom metal maintenant.” C’est un truc qui nous fascine assez avec Joseph.

>> En plus de votre musique qui part dans tous les sens, il y a eu aussi un vrai travail en profondeur sur les paroles… Quels sont les thèmes que vous avez voulu aborder dans “Cant Wait To Be Fine” ?

Raphaël : Globalement, il y a un peu des restes du premier “Kids Are Lo-Fi”, à savoir qu’est ce que tu deviens quand tu as été bercé dans cette génération à la méritocratie et au fruit du capitalisme, ce qui était un peu le sujet du premier album. C’est hyper dur, je pense, de trouver sa place dans une société compétitive, qui attend toujours plus des gens. Y a jamais de place à l’émotion, on t’interdit d’être sensible au final dans cette société. L’idée, c’était de reprendre ces thèmes-là, et de les pousser plus loin. On a voulu parler de la neuroatypie aussi, le fait qu’on ne naît pas tous égaux avec les mêmes capacités, on n’a pas tous les mêmes cerveaux. Un cerveau, c’est des milliards de connexions, c’est impossible qu’il y en ait deux qui se ressemblent. Comment on peut essayer de mettre un moule aussi bourrin pour tout le monde, y a forcément de la violence et de l’adaptabilité. Donc, ça parle pas mal de ça. Ça parle aussi de sujets plus actuels dont on réfléchit de plus en plus et avec lesquels on évolue comme la déconstruction, le mauvais rôle du patriarcat, comment tu le perçois en tant que femme, garçon, non-binaire. Comment faire changer ce truc-là, et faire évoluer tout ça. On aborde aussi le sujet de la répression policière. Chloé parle d’agression sexuelle. Elle a écrit deux chansons, une sur l’amour et une autre sur les agressions sexuelles. Les deux morceaux sont tellement antinomiques par rapport aux thèmes qu’elle a choisis. Donc, voilà, ce sont vraiment des réflexions actuelles qui pour certaines sont déjà entamées depuis longtemps, mais on ne les voyait peut-être pas assez. C’est sur la prise de conscience des réalités des gens. Les gens ne vivent pas tous dans la même réalité et c’était sur ça qu’on voulait s’orienter. Et sur le fait que tout le monde a du mal à se mettre dans ce moule ultra compétitif. Ça revient au mantra “Can’t Wait To Be Fine” (titre du nouvel album, tiré de la chanson éponyme), on est toujours en train de se demander : « C’est quand qu’on va aller bien ?”. Pourtant, il suffit d’aller faire un tour deux secondes sur Facebook ou d’allumer sa télé pour réaliser que ce ne sera pas pour aujourd’hui. C’était un peu un constat sans pour autant tomber dans le pathos, essayer de trouver un peu de lumière dans tout ça.

Joseph : Malgré tout ça, ça reste un album lumineux. Ce n’est pas un album profondément triste, il y a une sorte de “happy end”. Le but ce n’est pas de partager de la tristesse, c’est plus d’essayer de faire en sorte que tout le monde réfléchisse à sa tristesse, pour se tirer tous vers le haut.

Raphaël : Tout en gardant la perspective qu’il ne faut pas non plus s’empêcher de déconner, de rigoler, d’avoir un peu de légèreté sur certaines choses. C’est pour ça qu’on a des chansons qui sont parfois un peu plus zinzin comme “Barney”.

Joseph : L’écart de ton entre les deux premiers singles de l’album (Can’t Wait To Be Fine et Barney) en dit long sur les différentes façons d’aborder la musique qu’on fait.

Vous êtes de Rouen, une ville dont on parle beaucoup en ce moment notamment sur le plan musical… D’où vient cette hype d’après vous ?

Raphaël : Je pense que ça tient à plusieurs choses. Plus il y a de groupes de cette ville qui vont passer dans le radar médiatique, plus ça va être facile de les identifier et à un moment ça va forcément se rassembler. Quelqu’un qui va faire une grosse date, un super gros festival, un autre qui va avoir un tremplin, du coup le curseur va se mettre sur Rouen. Parallèlement, il y a aussi beaucoup d’associations et d’organisations qui se démène pour que tout ça soit possible, même si ils sont un peu dans l’ombre. Je pense notamment aux gens de l’accompagnement de la salle du 106, c’est une une équipe adorable. Ils nous ont aidés, comme beaucoup d’autres artistes… De tout style de musique en fait. Y a le Kalif (École de musique et locaux de répétition) aussi. Donc voilà, c’est des synergies de gens en arrière-plan qui sont vraiment très cool et très forts pour ça qui aide à mettre en avant tous ces groupes de la région.

>> Et à côté de ça, on a aussi l’impression d’avoir une scène underground française très soudée, je me trompe ?

Joseph : Y a un truc qui se crée naturellement, je pense entre les différents groupes. Nous par exemple, il y a plein de groupes qu’on a pu rencontrer en faisant des concerts avec eux, en se retrouvant programmés au même endroit, des gens qu’on a croisés plusieurs fois. C’est un truc vraiment sympa de faire des concerts et de recroiser des gens que t’as pas vu depuis longtemps et de voir que chacun/chacune a eu un parcours un peu différent depuis la dernière fois. Du coup, je n’irai pas jusqu’à dire qu’on est une grande famille parce qu’en vrai, on ne se connait pas vraiment, mais à force de se retrouver dans des occasions un peu similaires comme ça, et de rencontrer des gens sympas, bah ça crée un truc un peu global et uni.

Raphaël : On ne s’entend pas tous hein, faut être honnête (rire). Après oui, il y a des affinités qui vont forcément se faire avec certains. Nous, on est arrivés un peu sur le tas, le groupe est jeune. Ça nous permet de rencontrer plein de gens, de voir comment ça se passe. C’est aussi pour ça que ce monde est encore exaltant pour nous, parce qu’il est encore un peu neuf. Y a des choses qui sont cool, et des choses qui sont moins cool comme par exemple des enquêtes Mediapart qui montre un revers pas très sympa du milieu, des omertas, des choses plus sombres voire complètement dégueulasse. Donc y a des choses qui nous arrivent qui sont vraiment cool, mais on voit aussi une autre facette plus inquiétante.

>> L’enquête dévoilée par Mediapart a fait l’effet d’une vraie bombe lors de sa sortie dans tout le milieu rock français. Comment gère-t-on ce genre de révélations quand on est un jeune groupe en plein essor ?

Raphaël : Déjà ça met quand même le doigt sur des omertas qui peuvent prendre des proportions incroyables, des gens qui vont se protéger les uns les autres. Et on découvre parfois des détresses de personnes qui sont énormes, qui ont vécu des choses qui ont dérivé sur de gros traumas, causés par certaines personnes de ce milieu qui sont carrément mascu à fond, carrément virilistes et toxiques. Mais du coup, on découvre ça, et c’est bien que la parole se libère, depuis #MeToo, c’est incroyable. Nous, ça nous fait peur. On s’est fait des introspections, on en a discuté souvent entre nous. Est-ce qu’on a fait du mal à quelqu’un à un moment donné sans s’en rendre compte ? Je pense que c’est important, c’est un travail d’ego de se demander si on n’a pas fait des conneries, que plutôt dire “non j’ai rien fait, c’est sûr”. C’est un travail pas évident à faire pour beaucoup. Après, il faut que les lignes bougent, il faut en parler, mais il faut surtout écouter les victimes. On peut se faire le relai de tout ça, on peut écouter. Et à un moment donné, il faut prendre position, et s’engager aussi. Ce que fait #MusicToo, c’est juste incroyable. C’est une alternative à une justice qui est complètement fail. C’est une nouvelle sorte de justice qu’elle en déplaise à certains et fait peut être tribunal public, mais à un moment donné faut rééquilibrer les forces et il faut accepter de « s’introspecter », et de remettre certains acquis en question, de voir qu’il y a des privilèges qui semblent tellement basiques pour certains et qui sont une souffrance pour d’autres. Et ça vaut pour tout, pas que pour le sexisme, ça vaut aussi pour le racisme et pour toutes les formes de discriminations. Et on remercie encore #MusicToo pour ça et tous les gens qui se battent pour faire changer les choses.

>> On voit enfin le bout de cette crise sanitaire, avec notamment la reprise des concerts… Qu’est-ce qui vous a le plus manqué pendant cette période de confinement ?

Joseph : C’est vraiment un tout qui nous manque. À la fois partir dans des endroits qu’on ne connaît pas, rencontrer de nouvelles personnes. Mais le plus fou, je pense que ça reste faire notre musique en live et la proposer à des gens qui la découvrent ou bien la connaissent déjà. Tout à l’heure, tu parlais de thérapie, justement y a aussi un côté thérapie dans le fait de montrer notre musique à des gens, d’autant que c’est complètement nouveau pour nous quatre de monter sur scène et de faire notre musique devant un public. C’est hyper impressionnant au début, mais c’est tellement plaisant quand on arrive à se décontracter.

Raphaël : C’est cathartique et addictif. C’est hyper absurde l’idée du spectacle vivant ou d’un concert quand on y pense. C’est bizarre, déjà même le terme d’artiste de spectacle vivant. Tu te dis “Mais pourquoi tu veux monter sur scène, pourquoi t’as besoin de t’infliger cet énorme trac ?”. Je pense que c’est un peu comme l’amour, tu ne sais pas pourquoi, mais t’aimes bien. L’amour, ça te fait sentir exister, tu te sens vivant et c’est ça qui est indescriptible, même au-delà des concerts, de la musique globalement. Tu as un langage que tout le monde peut parler. Du coup, tu peux te mélanger, tout le monde se comprend presque… Bon, sauf le mec qui a toujours un sac à dos dans les concerts, lui il m’emmerde. (rire) Mais sinon dans l’idée, tout le monde est un peu sur le même pied d’égalité. C’est aussi pour ça que je n’aime pas trop rester sur scène, ce que je préfère, c’est aller faire la bamboche directement avec les gens dans le public. C’est un moment humain où je peux me déconnecter, oublier un mal-être, je peux oublier des soucis, et ça, c’est plutôt agréable… C’est ça, ouai, qui nous manque.


We Hate You Please Die nous donne d’ores et déjà rendez-vous le 2 décembre prochain à Petit Bain (Paris). D’ici la, rendez-vous ici pour commander votre exemplaire de “Can’t Wait To Be Fine”.

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