[Interview] The Offspring

Publié le 22 avril 2021 à 19:00
Mathieu David Par Mathieu David
Rédacteur

A l’occasion de la sortie de Let The Bad Times Roll, 10e album de The Offspring, Dexter Holland (chanteur et guitariste) et Noodles (guitariste) ont donné une interview à OUI FM pour parler du processus créatif du disque, de leur vision du monde actuel et de leur rapport avec les fans français.

The Offspring

©Daveed Benito

Nous sommes dans une drôle de période pour sortir un album. Comment vous sentez-vous à ce sujet ?

Noodles : Nous n’étions pas sûrs si nous devions le sortir maintenant ou si nous devions attendre de pouvoir partir en tournée. Nous étions proches de finir cet album quand le monde s’est arrêté, donc nous avons décidé de changer deux-trois trucs. Puisque le disque était prêt, nous avons décidé de le sortir, parce que les fans voulaient l’entendre.

Dexter : Nous nous sommes dits que c’était le bon moment pour sortir ce disque. Ce n’est peut-être pas le moment pour le monde, mais pour nous c’est bon ! [rires]

Pourquoi avoir mis tant de temps à sortir Let The Bad Times Roll ?

Noodles : Nous écrivons de la musique en permanence. Nous savions qu’un album allait finir par sortir. Nous avions pensé à sortir un EP ou d’autres singles au moment de la sortie de Coming For You il y a cinq ans. Mais nous continuions de travailler sur de la musique dans le but de sortir un disque. Le rock ‘n’ roll, c’est des albums, les singles sont surtout pour les artistes pop. Mais ce disque a pris plus de temps pour trouver son heure. Mais il a fini par la trouver.

Comment avez-vous su que c’était son heure ?

Dexter : Ce sont les chansons. Il y a eu plein de choses sur lesquelles écrire ces dernières années et ça nous a inspiré. Il y a plein de choses qui se passent, la crise sociale, l’addiction, ce qui se passe avec nos dirigeants, et ça a toujours lieu, nous ne voulions pas attendre que ce soit fini pour sortir ce disque.

Noodles : Nous avions peur que tout aille mieux d’un coup et que ce disque n’ait plus de sens ! [rires] Nous espérons que les choses aillent mieux, mais nous ne pouvons pas compter dessus. En sortant ce disque maintenant, les fans comprennent tout de suite le contexte. Il y a un côté blagueur, mais aussi une volonté de donner de l’espoir aux gens.

Dexter : Il y a clairement un message d’espoir dans ce disque, mais je pense que c’est intéressant de réfléchir sur ce qui nous arrive, mais nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge ! Il y a toujours des problème dans le monde.

Noodles : La seule chose qui semble toucher à sa fin est la pandémie, mais il y a toujours des injustices économique, raciale et sociale, il y a toujours des problèmes qui méritent qu’on en parle.

Dexter : Tu as remarqué qu’il n’y avait plus de fusillades en ce moment ? Parce que si tu es un dingue armé, tu ne veux quand même pas attraper la Covid, donc tu restes chez toi ! Mais ça commence à revenir. Les infos parlaient d’autre chose, mais ça commence à revenir. Même les terroristes ne sortent plus ! La situation est grave, mais l’absurdité autour de tout ça nous faire rire.

Noodles : La pandémie me manque déjà !

Comment avez-vous pu garder une cohérence dans ce disque après avoir mis tant de temps à l’écrire ?

Dexter : Nous écrivons de la musique en permanence. La plupart des morceaux de ce disque ont été écrits ces dernières années. Nous écrivons des chansons sans nous soucier d’où elles iront plus tard, mais nous les réunissons à la fin, comme un puzzle, et nous voyons celles qui vont le mieux ensemble.

Noodles : Cela dit, Coming For You est sorti il y a cinq ans, mais marche peut-être mieux maintenant qu’à sa sortie.

Vous avez réenregistré Gone Away plus de 20 ans après sa sortie, dans une version beaucoup plus calme, pourquoi ?

Noodles : Nous avons fait une version acoustique avec du piano en concert, ça apportait un moment plus calme, mais avec beaucoup d’émotion. Et les fans étaient contents, cela faisait longtemps qu’ils demandaient ça. Nous avons commencé à faire ça il y a cinq ans et ils ont voulu une version studio de cette version de Gone Away. Donc nous l’avons fait.

Avez-vous l’intention d’étendre ça sur un album entier ?

Dexter : Nous n’avons pas l’intention d’étendre ça sur un album entier. Nous avons fait quelques concerts acoustiques récemment, c’est très différent de ce qu’on fait d’habitude, ça se fait généralement dans des petites salles, on aime bien, mais on ne veut pas faire ça sur un disque entier. On est un groupe de rock avant tout, on va s’en tenir à ça.

Parlez-nous de votre reprise de Hall of the Mountain King.

Noodles : Nous avons trouvé ça drôle, de prendre un morceau de musique classique qui a plus de 150 ans. Le classique est souvent sur un piédestal et il ne faut pas faire n’importe quoi avec.

Dexter : Du coup, on en a fait une version punk ! On a fait un drôle de mélange entre cette mélodie classique et ce rythme punk. C’est ce qui est bien quand on fait des albums, on pourrait pas se permettre de faire ça dans un single. Ca fait partie de la personnalité du groupe.

Noodles : Ce serait drôle de la faire en concert ! Les fans vont se dire « c’est quoi ça ? » [rires] C’est le moment un peu n’importe quoi du concert. Et il faut aussi ce genre de moment dans les disques.

Dexter : On va aider les jeunes à se mettre au classique. Le futur du punk est dans le classique ! Et je le crois sincèrement ! [rires]

The Offspring

©Daveed Benito

Ca vous fait quoi d’en être à votre 10e disque ?

Dexter : Nous ne nous en étions pas rendus compte ! Je ne vois pas les choses comme ça, je ne compte pas les disques, mais j’ai commencé à réalisé quand les gens nous en ont parlé il y a quelques mois. Ca fait quelque chose de s’en rendre compte, mais ce n’est pas un trophée à accrocher au mur.

Noodles : Je voulais un gros chiffre romain « X » sur la pochette ! [rires] Quand on boit ensemble, personne ne me dit que j’en suis à ma 10e bière !

Dexter : 10 bières ! C’est pas mal !

Noodles : Oh tu sais, c’est un jeudi soir pour moi !

Dexter : On devrait sortir une bière à cette occasion !

Noodles : une bière à 10 % !

Dexter : Mais oui ! On tient quelque chose là.

C’est votre troisième album produit par Bob Rock. Parlez-nous de votre relation avec lui.

Dexter : Ca fait 12 ans qu’on travaille avec Bob et notre relation continue d’évoluer. Mais nous nous sommes entendus tout de suite.

Noodles : Beaucoup de gens ne savent pas qu’il a commencé dans le punk rock à Vancouver. Il avait accès à un studio, donc les groupes qui ont enregistré avec lui étaient des groupes de punk. Et quand il était avec les Payolas, comme c’était de la new wave et qu’à l’époque les gens ne savaient pas où les classer, il jouait avec des groupes de punk.

Dexter : Donc il avait ce bagage et quand on a commencé à travailler ensemble, on s’est tout de suite compris parce qu’on avait une vision commune sur la musique, comment faire de bons disques. Et sa connaissance en son est encyclopédique !

Noodles : Et quand il ne sait pas, il n’a pas peur d’expérimenter ! Nous avons vraiment aimé essayer de nouvelles choses avec lui.

Qu’avez-vous expérimenté sur ce disque ?

Noodles : Surtout des sons de guitare. Regarde le riff d’Army Of One, par exemple, nous avons dû chercher pas mal de manière de lui donner de l’ampleur tout en le rendant unique. Il y a un côté surf, mais en même temps un peu rugueux.

Dexter : C’est pas évident de décrire un son avec des mots. Le mieux est de citer des références. Pour ce son de guitare, notre point de départ était We Want The Airwaves des Ramones. Et quand tu dis ça à Bob, il te dit « Ok », il fait des réglages, et il fait en sorte qu’on puisse s’approprier ce son.

Avez-vous eu de nouvelles influences sur ce disque ?

Noodles : Nous écoutons de nouveaux trucs, mais nous revenons toujours à la musique dont nous sommes tombés amoureux dans notre jeunesse, les vieux groupes de punk qui nous ont aidé à trouver notre place dans le monde.

Dexter : Nos influences ne viennent pas forcément de groupes ou musiciens en particulier, mais plus de styles. Parfois, nous cherchons à donner à nos morceaux un feeling rock, mais cette fois nous avons voulu donner un côté Offspring direct, donc plus orienté punk.

The Offspring

©Daveed Benito

Vous n’avez pas joué en salle en France depuis neuf ans. Avez-vous déjà réfléchi à vos prochaines tournées malgré la situation ?

Noodles : Nous voulons jouer dès que possible, mais le virus nous retient pour l’instant. Pour l’instant, tout est à l’arrêt. Aux États-Unis, avec le vaccin, on commence à gagner du terrain, il y a 100 millions de doses qui sont distribuées. Apparemment, la moitié de la population sera bientôt vacciner. Nous espérons qu’il en sera de même pour le reste du monde, comme ça on pourra se réunir à nouveau. Je ne pense pas que tout reviendra à la normale d’un coup, il y a aura forcément une période de transition. Les gens vont devoir se réhabituer et quand ce sera bon, les concerts recommenceront.

Dexter : Je ne m’étais pas rendu compte qu’on n’avait pas joué en salle en France en 10 ans. C’était au Bataclan, du coup ça nous a touché d’apprendre ce qu’il s’y était passé, comme nous y avions été.

Noodles: Il y avait eu une autre fusillade à San Bernardino pas longtemps après, et ça ne m’a pas autant touché que celle du Bataclan. Il faut que nous revenions en salle bientôt. Nous avons plein de super fans en France depuis l’époque de Smash, nous les adorons.

Dexter : Les autres groupes qui ont tourné en Europe nous disaient « l’Allemagne c’était super, mais la France n’est pas aussi bien », mais pour nous, ça s’est bien passé dès le début ! Nous savons que les Français aiment Rage Against The Machine et Nirvana, et nous avons réussi à faire notre place dedans.

Noodles : Nous sommes un peu un mélange de ces deux groupes! [rires]

Dexter : Nous avons hâte d’y retourner en tout cas. Dans les prochaines dates, ce sera surtout en extérieur, mais nous adorons l’intimité des concerts en salle, il y a une autre proximité unique.

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