Indocile et exigeant : comment le festival La Route du Rock continue à cartonner ?

Publié le 20 juillet 2015 à 13:03
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

La Route du Rock 2015, le reportage

Focus sur un festival pas comme les autres.

La Route du Rock à Saint-Malo, clin d’œil à la célèbre course de bateau, est impertinente et indépendante. « Nous, un festival de niches ? Nous savons juste ce qui correspond à notre image » nous déclarait François Floret, son directeur. Et cette image, c’est ce qui en fait son charme, et qu’on y retourne chaque année. Avec des artistes comme Björk, Ratatat, Jungle et Rone en têtes d’affiches pour le cru 2015, la Route du Rock ne sombre toujours pas dans une programmation routinière, et propose aussi un programme découvertes pour les plus curieux.

Comme beaucoup d’événements culturels, la Route du Rock n’échappe pas au concept : il perdure grâce à une association. Depuis 1991, la Route du Rock est elle, portée par l’association Rock Tympan. Celle-ci gère aussi la salle La Nouvelle Vague à Saint-Malo qui avait connu de graves problèmes de déficits et de licenciements en 2014. Les locaux de La Nouvelle Vague appartiennent à la ville de Saint-Malo qui a donné une délégation de service public à l’association Rock Tympans pour la gestion.

L’association Rock Tympan fut créée à Rennes en 1986 par Franck Rolland. Le but était à l’époque d’investir la ville avec des courants musicaux peu représentés comme la new wave ou la touching pop. Pour exemple, ce n’est autre que Radiohead qui avait joué dans une boîte de nuit rennaise en 1993.

Puis la Route du Rock devint une histoire de radio. François Floret, l’actuel directeur, prêta sa voix à Canal B dans l’émission Sale Temps pour les Hits. C’est là qu’il rencontra Ludovic Renaud, organisateur de concerts à Saint-Malo qui lui proposa une idée ambitieuse : aller plus loin dans l’organisation de concerts. De là est née la Route du Rock, qui connut un succès grandissant grâce au parrainage de Bernard Lenoir, figure journalistique rock de France Inter, qui leur conseilla notamment de ne plus œuvrer l’hiver, mais de passer à l’heure d’été.

Pourquoi une initiative rennaise et un festival à Saint-Malo ? Tout simplement parce que Rennes porte déjà un projet fou : celui des Transmusicales.  La ville de Saint-Malo était d’autant plus encline à accueillir un tel évènement.

Une programmation alléchante et exigeante

Militant musical, François Floret s’attelle à programmer depuis 15 ans de véritables coup de cœur, quitte à ne pas toujours être dans l’actualité, et s’attaquer à des groupes de « niches », autrement dit des découvertes « indé » (comme l’entend le terme « label indépendant »), antonymes du terme « populaire » et moins présents en radio et dans les autres festivals français. Cette année, on notera par exemple la présence de groupes comme Spectres, Hind, Fuzz, Dan Deacon ou encore The Thurston Moore Band, et ça cartonne ! « On dit souvent que la Route du Rock c’est un peu la Mecque de la musique indé. Donc forcément, on a une arborescence au niveau de la programmation qui est assez similaire par rapport à ce que l’on peut retrouver sur certains festivals à la différence près que nous, on s’adresse à une seule famille musicale » notait au micro de OÜI FM Alban Coutoux, le programmateur de l’événement. Au-delà du festival, la Route du Rock met aussi en place le Route du Rock Booking qui représente une centaine d’artiste en France, comme Kevin Morby.

Quelques chiffres pour un festival unique

Avec près de 25 000 entrées l’année dernière, la Route du Rock fait partie des festivals les plus beaux et les plus garnis du paysage français. Leur secret ? « Compenser le côté non-rentable par l’image du festival » et cette image, elle est bien présente. À quelques kilomètres du site se trouve la plage et les remparts de Saint-Malo. Ça n’a l’air de rien, mais lorsqu’on passe trois jours de camping, le cadre est idéal pour se ressourcer. Lorsque l’on sait que chaque année, pour équilibrer les coûts, la Route du Rock a besoin d’un minimum de 20 000 entrées, c’est rêvé.

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Pesant bien peu ses mots, François Floret avait déclaré au micro de OÜI FM : « Nous allons bien. Nous avons la chance d’aller bien » en mentionnant ces chiffres. Mais s’ils vont si bien, c’est parce que comme beaucoup de festivals, ils sont auto-financés à 80%. « On est sur quelque chose d’assez homogène au niveau des aides, on a toujours eu des aides des collectivités locales, j’appelle ça un socle vital. On sait que l’avenir n’est pas à l’argent public, donc ça fait déjà quelques temps qu’on résonne argent privé ». Le reste des subventions proviennent aussi bien du Département, du Conseil Général que de l’agglomération de Saint-Malo qui les soutiennent. Du moins, à leur juste mesure. La Route du Rock avait connu un énorme déficit en 2010 lorsqu’ils avaient fait face à une baisse de subventions de 20%. « Notre force c’est d’être dans la merde depuis le début. (rire) Du coup à force on s’habitue et on trouve un fonctionnement et une souplesse qui fait qu’on l’est un peu de temps en temps mais pas trop » déclarait François FloretCette année, ils feront payer le camping à hauteur de 5€ pour les trois jours, et mettront en place la carte dématérialisée afin de faire un nouveau bénéfice.

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La Route du Rock n’est devenue rentable qu’en 1996, avec Garbage qui a bousculé le festival et ses entrées. Rendez-vous basé sur le bénévolat, la professionnalisation devint inévitable. C’est donc 50% du personnel qui est aujourd’hui salarié, sur une période de festival de trois jours (contre deux précédemment).

Cette année, peu de changements : deux scènes l’une face à l’autre, un coin restaurant, et un camping payant. Différente de la programmation avant tout électro de l’année 2014, le cru 2015 est plus rock indé, pop et new wave. Vivement le week-end du 15 août.

Angèle Chatelier