Les Rita Mitsouko

Les Rita Mitsouko

Rita Mitsouko est un duo d’auteurs-compositeurs-interprètes pop-rock français.

Catherine Ringer et Fred Chichin, les détonants Rita Mitsouko, forment sans doute le couple le plus novateur et créatif des années 80 en France. En caméléons singuliers, ils ont survécu à cette décennie pour livrer, au long des années 90 et 2000, des expérimentations riches, aussi élaborées que généreuses, aussi modernes que cinglées, teintées d’un humour indéniable, ou d’une fantaisie parfois sombre.

Catherine Ringer naît en 1957 à Suresnes, d’un père d’origine juive polonaise artiste peintre et d’une mère architecte. Avec son frère, elle grandit dans une ambiance musicale, chaleureuse et anticonformiste. Très jeune, elle s’initie à quelques instruments sur le tas. Elle abandonne dès que possible des études qui sont loin de la passionner pour se consacrer à de nombreuses aventures artistiques, du cinéma au théâtre, en passant par la danse et le chant.

Frédéric Chichin (Fred) naît en 1954 à Clichy de parents passionnés de cinéma, qui lui font mener une enfance assez bohême. Pas plus intéressé que Catherine par les études, il préfère, lui, se consacrer à la musique : il apprend la batterie, mais surtout, devient un virtuose de la guitare. Il quitte le lycée pour enchaîner des petits boulots puis partir pour un an sur les routes à travers la France, mais aussi en Angleterre et au Maroc, où il vit de squats. De retour à Paris, Fred découvre la musique électronique, et se lance dans des expérimentations aux côtés de Nicolas Frize (créateur du centre de recherche musicale de Vierzon). Puis il se tourne vers le rock plus brut au sein de divers groupes (Fassbinder, avec Jean Néplin, Gazoline entre autres…), ou collaborant avec les Taxi Girl.

Catherine Ringer et Fred Chichin se rencontrent à Montreuil sur une comédie musicale politico-rock, Flashes Rouges. Le coup de foudre est immédiat, amoureux, et artistique. Les deux partagent un même goût pour le décalage et la provocation, et mettent très vite en commun leurs expériences. Après quelques tentatives en groupe, c’est bien le travail en duo qui leur correspond le mieux.

En novembre 1980, les Rita Mitsouko montent sur scène pour la première fois au Gibus. Le couple rococo et kitch envoie un son détonnant et inédit. Fred, moustache désuète, arbore pyjamas, fripes, ou costumes faits de sacs plastique. Catherine, elle, chante, danse, mime, grimace, repoussant toutes les limites de la performance. Un soir, elle aurait même exhibé son tampon périodique au public dubitatif du Gibus.

En 1981, le groupe sort un premier quatre titres, dont Don’t forget the nite, mais le succès commercial est loin d’être au rendez-vous. C’est Philippe Constantin, directeur artistique chez Virgin, qui sauvera in extremis le duo, qui manque de peu de se faire congédier.

Concocté dans leur cuisine, avec les moyens du bord et la complicité de leur ami Jean Néplin, le premier album éponyme des Rita Mitsouko sort en avril 1984, après un passage en Allemagne, entre les mains du producteur Conny Plank (Eurythmics)

Pendant quelques mois, l’album passe relativement inaperçu. Jusqu’à ce que les DJs et radios s’emparent du titre Marcia Baïla, qui n’est pourtant pas le single. On conçoit d’ailleurs la frilosité de Virgin. L’hommage cru à la danseuse Marcia Moretto sur fond latino-disco-funk devient pourtant un tube. La maison de disques finit par sortir la chanson en single en janvier 1985… il s’en vendra un million.

Le décalage entre les textes graves et réalistes de Catherine Ringer et les mélodies à l’énergie débridée de Fred Chichin deviendront la marque de fabrique des Rita, ainsi que la voix de la chanteuse, à la diction si particulière et aux vocalises flirtant avec l’excès.

Il va sans dire que les Rita sont attendus au tournant pour leur deuxième album. Challenge réussi en 1986, The No Comprendo ira encore plus loin. Car la reconnaissance, mais aussi les moyens financiers issus du succès du premier album, permettront au duo de travailler avec Tony Visconti (producteur de David Bowie, entre autres idoles de Chichin). Trois tubes feront de l’album The No Comprendo le plus populaire des Rita : Les Histoires d’A., Andy et C’est comme ça. Les Rita Mitsouko partent en tournée dans toute la France, mais aussi aux Etats-Unis et au Japon, accompagnés d’un grand orchestre funk dirigé par Prince Charles Alexander, le grand poly-instrumentiste de Boston.

L’année suivante, Soigne ta droite de Jean-Luc Godard retrace trois semaines de l’enregistrement de The No Comprendo. En 1988, Marc Lavoine invite Catherine Ringer sur le duo Qu’est-ce que t’es belle, qui sera mixé par Visconti.

La même année, et toujours avec Visconti à la production, le duo sort Marc et Robert, plus funk et dansant encore que le précédent. Ce disque, qui contient le tube Le petit train, est pourtant souvent considéré comme le moins abouti du duo.

Pour échapper à l’exercice obligatoire de la compilation qui attend tout groupe fort de trois albums à succès, les deux Rita préfèrent confier leurs titres aux DJs Dee Nasty, William Orbit, Jesse Johnson, Visconti, entre autres, qui les remixent sur Re en 1990. Le groupe fêtera la sortie de cette compilation peu conventionnelle avec une série de dates à la Cigale du même acabit : un studio est carrément installé sur scène, et permet au groupe de se remixer à l’infini chaque soir.

En parallèle de leurs albums, les Rita Mitsouko collaborent également à plusieurs musiques de films : Nuit d’ivresse, Les amants du Pont-Neuf, Sinon oui, entre autres…

En 1993, le groupe sort Système D, qui marque la fin de la collaboration avec Visconti. C’est Carmen Rizzo qui lui succède, semblant au duo le seul capable d’assumer avec eux les contradictions qui tiraillent cet album. Malgré un duo avec Iggy Pop et une reprise de Serge Gainsbourg, l’album n’est pas tout à fait à la hauteur des attentes du public. S’en détache tout de même Y’a d’la haine.

En 1997, le groupe sort Acoustique, où sont repris de nombreux tubes, en public, avec quelques invités.
Le rythme s’est bien ralenti dans les années 90, mais le duo continue de travailler. Cool Frénésie, le bien nommé, sort en 2000. Si parvenir à se renouveler sans trahir son style n’est pas toujours chose aisée, les Rita relèvent une fois de plus le défi, avec cet album imprégné de musique électronique.

En novembre 2001, sort le premier Bestov des Rita avec quand même un inédit, Clown De Mes Malheurs, célébrant ainsi plus de 20 ans de carrière.

En 2002, La Femme Trombone assure la continuité. Les textes sont plus personnels, mais servis par des arrangements rock, pop, funk et électro.

Les 20 et 27 janvier 2002, les Rita Mitsouko se produisent au Théâtre des Champs-Elysées pour un concert carte blanche avec l’Orchestre Lamoureux sous la direction de Bruno Fontaine. Il revisite alors son propre répertoire et interprète aussi des chansons de Ferré et Gainsbourg. Fin 2003, le duo va présenter ce spectacle en tournée, qui donnera lieu à un album live qui sort courant 2004.

Cette même année, Catherine Ringer participe à un DVD pour les 80 ans de Charles Aznavour. Elle y interprète La Bohème en duo avec Corneille.

En 2007, l’album Variéty, ou Variety, sort en deux versions, francophone et anglophone. Il est réalisé par le collaborateur new-yorkais de David Bowie ou des Brazilian Girls, Mark Plati, et comporte notamment un duo avec Serj Tankian, chanteur du groupe System of a Down. C’est le grand retour des Rita, notamment pour Fred Chichin, affaibli par deux ans à lutter contre une hépatite C.

Mais en novembre 2007, Fred meurt d’un cancer diagnostiqué quelques mois plus tôt. Le groupe s’apprêtait à attaquer la tournée de Variety. Quatre mois plus tard, Catherine Ringer est déterminée à « boucler la boucle », et monte sur scène, seule, pour reprendre la tournée là où ils l’avaient laissée, et désormais, les affiches annoncent Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko.

Sa détermination force l’admiration, et la chanteuse poursuit sa carrière, notamment en participant à un hommage au compositeur italien Nino Rota, un projet sur lequel elle avait commencé à travailler avec Fred.

(Source : Biographie des Rita Mitsouko, par Loïc Picaud, pour

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