The Beatles, Michael Jackson, le rock : personne n’échappe à Quincy Jones

Publié le 9 février 2018 à 17:02
Matthias Haghcheno Par Matthias Haghcheno
Rédacteur

Quincy Jones, légendaire producteur à la langue bien pendue

Lors d’une récente interview, le légendaire producteur n’a pas mâché ses mots.

Quincy Jones n’a plus le temps : à bientôt 84 ans, le producteur mythique des plus grands albums de Michael Jackson (Off The Wall, Thriller et Bad), recordman du plus grand nombre de nominations aux GRAMMY Awards (79, dont 28 remportés à ce jour), n’a plus grand chose à prouver. Et pour cause.

Dans une interview-fleuve accordée au site web Vulture, Jones revient sur quelques uns des événements marquants de sa carrière. En un demi-siècle de pop music, ce géant indétrônable ne prend plus de pincettes pour dire ce qu’il pense de la musique actuelle – mais aussi, plus inédit, pour tailler un costume sur-mesure aux quelques malheureux qui ont croisé sa route.

On apprend notamment que The Beatles, très certainement le groupe le plus influent de la planète, étaient « les pires musiciens de la Terre » :

Paul était le pire bassiste que j’avais entendu. Et Ringo ? Je vous en parle même pas. (…) [Ringo] avait passé trois heures sur une mesure en quatre temps qu’il essayait d’arranger sur un morceau. Il n’y arrivait pas. (…) On a appelé Ronnie Verrell, un batteur de jazz. Ronnie est venu et a torché la partition en 15 minutes. Ringo est revenu, et a demandé à George (Martin, producteur des Beatles, ndlr) s’il pouvait lui repasser une dernière fois. George lui a repassé, et Ringo a dit « Ça sonne pas si mal. » Je lui ai répondu « Bah oui connard, c’est pas toi. » Un mec super, cela dit.

On évoquera à peine ce qu’il pense du rock, « rien d’autre que du rhythm and blues pour blanc » d’après lui – malgré l’affection affichée qu’il éprouve envers Eric Clapton, son mythique groupe Cream ou encore celui qu’il considère comme étant l’égal de Jimi Hendrix à la guitare : Paul Allen, le co-fondateur de Microsoft. Puisqu’on vous dit que cette interview vient d’ailleurs…

Malgré son apparente omnipotence (qu’on lui concèderait presque volontiers au vu de son CV pachydermique), Quincy Jones n’en demeure pas moins lucide sur ses propres collaborations, à commencer par la plus importante d’entre elles : celle avec Michael Jackson.

« Machiavélique comme tous les autres« , le roi de la pop, disparu en 2009, aurait copié sans vergogne quelques titres – « Les notes ne mentent pas » commente Jones – mais aurait aussi oublié de payer un de ses compositeurs, Greg Phillinganes, auteur de la « partie C » de Don’t Stop ‘Til You Get Enough.

Il aurait dû lui donner 10% (des revenus) du titre. Il ne l’a jamais fait.

Et si vous vous demandiez encore pourquoi Jackson avait eu autant recours à la chirurgie, son producteur le rappelle :

Il avait un souci avec son apparence parce que son père le trouvait laid et a abusé de lui. Vous vous attendiez à quoi ?

Jugeant les producteurs d’aujourd’hui « feignants » et « cupides« , Quincy Jones estime que la musique est « émotion et science« , une chose que les musiciens eux-mêmes auraient fini par oublier aujourd’hui.

L’émotion ça ne s’apprend pas, c’est quelque chose que tu acquiers naturellement. La technique, c’est différent. Si t’es incapable de poser tes doigts entre le trois et le quatre, le sept et le huit sur un piano, tu peux pas jouer. Tu peux pas aller plus loin sans ça. Les gens se limitent sur le plan musical, mec. Est-ce que ces musiciens connaissent le tango ? le macumba ? la musique yoruba ? la samba ? la bossa nova ? la salsa ? le cha-cha ?

L’interview complète, avec son lot de pépites (mais en anglais seulement), est à retrouver ici. On vous la recommande chaudement, non pas uniquement pour l’énormité apparente de quelques unes des anecdotes lâchées, mais surtout pour le point de vue d’un des géants de la musique, pétri de contraste, quelque part entre la lucidité de l’expérience et l’assurance un peu trop affichée (si ce n’est ridicule) qui en découle à certains moments.