Musique et politique : et si le peuple prenait le pouvoir ?

Publié le 18 novembre 2016 à 13:07
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Le site « Ma Voix pour la musique » propose à tout le monde de présenter ses idées pour une meilleure représentation du secteur musical en politique. Rencontre avec Bruno Lion, président de l’association « Tous pour la musique », à l’origine de cette initiative.

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Le compte à rebours est lancé. Le secteur de la musique s’active, l’élection présidentielle française arrive. L’association « Tous pour la musique » qui regroupe une vingtaine de professionnels du secteur a mis en place Ma voix pour la musique : que chacun propose ses bonnes idées pour que la musique devienne un réel enjeu en politique. « L’habitude de nos politiques n’est pas de prendre en compte sérieusement les problématiques de la musique » témoigne Bruno Lion, président de Tous pour la musique. Également gérant des éditions Peermusic France, l’homme en sait quelque chose. Il fut chargé de mission pour le rock et la chanson au ministère de la Culture entre 1989 et 1993.

Bruno Lion ©Thomas Bartel

Bruno Lion ©Thomas Bartel

À quelques mois du premier tour de l’élection présidentielle, la culture représente toujours 1,1% du budget de l’État. Pour Bruno Lion, la musique est complètement délaissée dans ce budget. « Les politiques connaissent le monde du cinéma car un Centre national du cinéma existe depuis 70 ans. De même, ils estiment les enjeux littéraires, ne serait-ce que parce qu’ils ont tous pondu un bouquin un jour. » souligne Bruno Lion. Ajoutant : « Ils connaissent éventuellement la musique classique, quoi que pas toujours. » Les enjeux des musiques actuelles et du secteur de la musique… un peu moins selon lui. Le ministère de la Culture n’a pas su fournir précisément le budget alloué à la musique. Le budget global est visible sur le projet de loi finances 2017 qui n’a pas encore été voté.

Alors, sur le site de Ma voix pour la musique, les propositions de citoyens fusent : « Les classes vont souvent au théâtre mais je n’ai pas l’impression qu’elles aillent souvent à des concerts. Ne devrait-on pas permettre une fois par an à chaque classe de collège d’assister à un spectacle de musique ? » propose Anne. « Il faudrait créer des comités de quartier avec des instruments en libre-service pour permettre aux riverains de faire connaissance, de chanter et de jouer ensemble » suggère Alex. Enseignement, salles de spectacles, subventions, nouvelles technologies, vivre-ensemble… tout y passe.

De son côté, Bruno Lion s’insurge : « Pourquoi seulement 1% des Français s’inscrivent au conservatoire ? En Suède, ils sont 25%. » Politiquement, le bilan du quinquennat de François Hollande sur la musique est mitigé, ajoute-t-il. Le président n’a pas respecté une de ses mesures-phares : mettre en œuvre un Centre national de la musique. Dans le même temps, le budget de la culture a augmenté de 3,6 milliards d’euros en septembre 2016. « La plus forte hausse enregistrée sur ce ministère«  soulignait Audrey Azoulay, la ministre de la Culture. Suite aux attentats du 13 novembre, un Fonds d’urgence au spectacle vivant a été créé pour aider les structures en matière de sécurité et pour « gérer la crise. » Pourtant, elles sont seulement 444 à avoir été soutenues par ce dispositif. « Je ne dis pas que c’est parfait » avoue Bruno Lion. Alors pour 2017, l’association « Tous pour la musique » s’est activée en créant Ma Voix pour la musique. Un site où « tout le monde peut s’exprimer. » Et échanger : « Et si on organisait un Eurovision français… un Francovision ! » s’amuse Ali sur le site. « On pourrait mettre les régions en compétition entre elles, elles présenteraient chacune leurs meilleurs artistes. » L’utilisatrice Mylène est ravie : « Super idée ! Un peu comme une élection Miss France de la musique ! » De son côté, Mika tempère. Cette idée ressemble à ce qui existe déjà du côté des Inouïs du Printemps de Bourges. Mais sur le site, l’échange est présent.

Dans quelques semaines, les structures de « Tous pour la musique » synthétiseront toutes ces idées. Elles seront soumises à tous les candidats à l’élection présidentielle.

Angèle Chatelier