Le festival Jardin du Michel 2015 : « C’est surtout une histoire de famille »

Publié le 8 juin 2015 à 20:31
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Le Jardin du Michel, c’est un peu comme à la maison. On y mange local, le soleil sent la campagne et les personnes sont généreuses et avenantes. C’est en tout cas comme cela depuis maintenant onze ans.

Pour cette dixième édition, les « Michels » comme ils s’appellent, se sont offerts une programmation aussi éclectique qu’étonnante. Entre Charlie Winston, Asaf Avidan et la famille Chedid pour les têtes d’affiches, la scène alternative nous a donné quant à elle d’autres saveurs, des découvertes et des rencontres.

Arriver en terre lorraines n’est pas tâche facile. Paris/Metz, Metz/Nancy, Nancy/Toul pour enfin rouler sur des routes de campagne aussi attachantes que fleuries, Bulligny aura eu raison de nous. Mais si le festival Jardin du Michel est excentré, les habitants des villes et villages alentours y mettent tous leur grain de sel. « Michel, j’ai fais des cakes pour les artistes ! » lance une bénévole. « Mince, y a trop de mousse dans ta bière » s’exclame un autre. De 7 à 77 ans, le Jardin du Michel, c’est avant tout une histoire de famille.

Une journée à la saveur du blues-rock

Pour des raisons logistiques, nous n’avons pu arriver que le samedi. Ce n’est autre que Michel, anthologie et emblème du village avec qui nous commençons les festivités. Esprit de famille et générosité, Michel représente parfaitement son festival.

JDM-Michel

« Je ne pensais pas que ça pourrait durer parce que c’est difficile de faire un festival. Mais avec des hauts et des bas, nous en sommes quand même là, et nous en sommes fiers. C’est un village familial et convivial,c’est très important pour nous » nous lançait-il fièrement. On le sait aujourd’hui, et particulièrement en cette année 2015, que les festivals ont du mal à perdurer. En cause, des subventions insuffisantes, des nouvelles mairies et des attentes grandissantes. Mais le Jardin du Michel continue et continuera, avec toute la force qui le caractérise.

Avant un live qui nous aura laisser sans voix, ce sont les blues-rockeurs libanais The Wanton Bishops qui se sont assis à notre table avec beaucoup d’aisance et de passion. Le rock pour eux, c’est plus qu’un état d’esprit. C’est un besoin, une catharsis indispensable. « Notre voyage de Beyrouth jusqu’au Etats-Unis nous aura appris ce qu’est le blues. Je pense qu’aujourd’hui, on sait de quoi on parle. On ne réfléchit pas, on le fait. C’est comme ça. » En tout cas, unanimement, ce fut notre meilleur concert, depuis longtemps. Peut-être parce qu’ils vivent leur musique avec leurs tripes et qu’on l’a ressenti dans l’interview ? Ecoutez plutôt.

Il est 21h40. La fumée embrume la grande scène, Asaf Avidan ne devrait plus tarder. Et pour cause : accompagné par ses musiciens, de jolies jeunes femmes pour la plupart, son concert promet de la poésie, de l’affect et des frissons. Asaf Avidan : celui qui était avec nous à la marche du 11 janvier, le sensible à qui l’on doit l’album Poor Boy/Lucky Man narrant l’histoire d’un homme qui a un trou à la place du coeur, celui qui entend, comprend et vit la musique. Et on ne fut pas déçus : si l’on se passe bien souvent de la souffrance, elle trouva sa place pour Asaf Avidan dans sa composition. Elle fut sublimée, réécrite, réimprimée.

Deux heures du matin, après s’être imprégné des synthés cosmiques d’Ez3kiel, la fatigue aura eu raison de nous. En partant, de loin, on distingue l’electro dansante de Salut C’est Cool puis d’Etienne de Crecy. Notre esprit cependant, ne sera resté qu’avec nos barbus libanais, aussi époustouflants qu’adorables.

Dernier jour, la brume nous enveloppe et les rencontres fusent.

13h. Quelques bénévoles sortent des pré-fabriqués les cheveux mouillés, l’odeur du catering se fait sentir et les balances commencent à grésiller. « Votre première interview est à 16h40« , que faire en attendant ? Écrire cet article et travailler sur ces reportages. Bon programme. Je me rends compte que je suis en train de vivre cette journée. Ma vie est en abimes au moment où j’écris ces lignes. Cela n’a pas de sens. Je reprendrais ce report plus tard, lorsque j’aurais vu, vécu (et vaincu).

JDM2015

No One Is Innocent viennent de partir. Il est 17h. Contestataires sans être révolutionnaires, leur musique parle aux plus militants et à ceux avides de rock français dénonciateur et combattif. En tout cas, eux, n’ont peur de rien. Il y a quelques semaines, c’est devant 80 000 personnes qu’ils se sont produits. En première partie des légendaires – que dis-je – des ovnis musicaux, AC/DC, en plein Stade de France.

Ils étaient avec nous en interview.

Beaucoup prétendent, s’attachent ou s’adonnent à connaître le rock. Le rock en tant que genre musical, ou bien l’état d’esprit en tant que tel. Avec tout le blues qu’il caractérise, le milieu contestataire et la volonté de crier, d’hurler, de chanter avec ses entrailles. Vous y arriveriez, vous, à décrire ce qu’est le rock ? Il englobe tant de termes, tant de rage et conjointement tant de sensiblerie. On essaye, on s’y attache, mais on n’y arrive pas toujours. Pour Laetitia Sheriff en tout cas, c’est ancestral. Découvrez-la en interview, mais aussi à travers son dernier album, Pandemonium, Solace and Stars.

Propulsés sur le devant de la scène grâce à leur remix de Robin Schultz dont vous n’avez pas pu passer à côté, Lilly Wood & The Prick étaient également avec nous. En concert le soir-même sur la grande scène du Jardin Du Michel, ils participent cette année au renouveau du festival en intégrant une programmation plus pop. Pour leur nouvel album, Nili et Ben se sont enfermés à Bamako, au Mali, s’offrir de nouvelles sonorités, de nouvelles inspirations. Un quelconque lien avec le fait d’être parrain de Solidays cette année ? Ils étaient, entre deux coups de fourchettes, en interview pour OÜI FM.

Il est 19h, la journée de travail se termine et le soleil revient. Une envie fluette et probablement justifiée nous prend mais demain c’est lundi, on l’oublierait presque lorsque nos chaussures enlacent la pelouse et que les basses des concerts résonnent. C’est l’apéro. Tant pis pour nous, le Jardin du Michel c’est aussi cela. Partager, rire et trinquer. « Prenez donc un verre, vous dormirez mieux demain. » Une bière à la main, les oreilles qui frétillent et les lumières qui continuent de danser, on se déploie. C’est terminé pour cette année.

Histoire de famille, convivialité, le Jardin du Michel tient toujours ses promesses.
Michel, merci de ne pas nous faire oublier que c’est souvent dans ces moments-là que l’humain et la générosité reprennent leur place.

Angèle Chatelier