La Route du Rock : « On est vraiment totalement indépendant »

Publié le 7 juillet 2016 à 12:12
Matthias Haghcheno Par Matthias Haghcheno
Rédacteur

Interview deLe grand rendez-vous musical malouin présentera sa collection été 2016 du 11 au 14 août prochain. 26 ans après sa création par l’association rennaise « Rock Tympans », le festival continue de revendiquer son indépendance et celle des groupes et artistes de sa programmation. Rencontre avec François Floret et Alban Coutoux, respectivement directeur général et directeur artistique de la Route du Rock.

OÜI FM : Coup d’envoi de la 26ème collection été de la Route du Rock dans quelques jours. Comment est-ce que vous appréhendez cette nouvelle édition ?

François Floret : On est bien. On respecte les bonnes étapes en terme de communication, la programmation a été arrêtée dans les temps. Aujourd’hui, on boucle les détails financiers, l’aménagement, la technique et on finalise quelques partenariats. On va laisser vivre l’événement tout doucement.

Alban Coutoux : Il y a surtout beaucoup d’excitation. On a à la fois hâte que ça arrive et on espère aussi avoir le temps de terminer les derniers préparatifs. Il n’y a aucun risque d’être blasé, chaque année les problèmes sont différents, les choses à régler sont différentes. Il n’y a pas de routine sur ce type de travail.

OÜI FM : La Route du Rock vit au rythme des saisons et se décline aussi en hiver. Pourquoi avoir offert à la Route du Rock une deuxième collection ? Quels avantages pour la programmation ?

Alban Coutoux : Nous avons lancé la première édition de la Route du Rock hiver en 2006. Nous avions envie de proposer deux rendez-vous dans l’année. La musique va de plus en plus vite, c’était frustrant d’attendre un an pour programmer certains groupes, surtout pour des raisons de calendrier et autres contraintes économiques. Deux rendez-vous ancrés dans l’année nous permettent de garder un bon rythme de travail et de pouvoir coller à l’actualité musicale.

François Floret : Non seulement ces deux collections font vivre la marque Route du Rock dans le temps mais ça plaît aussi à la ville de Saint-Malo. En été, le festival est moins visible qu’en hiver, avec les milliers de touristes présents sur la côte. En hiver, même si l’événement est plus petit, nous sommes plus visible car c’est beaucoup plus calme.

OÜI FM : Depuis ses débuts, la RDR met en avant artistes et groupes de rock, electro et folk dits « indépendants. » Comment définiriez-vous cette « indépendance » aujourd’hui ? Modèle économique ou esthétique musicale ?

Alban Coutoux : L’indie rock est né au début des années 80 avec tous les labels indépendants anglais comme Factory, Rough Trade ou encore 4AD, créés en marge des majors suite à l’émergence du mouvement punk. Alors que les majors promouvaient tout le temps les mêmes artistes établis, les petits labels, eux, faisaient cet effort de défrichage et on trouvait des choses vraiment excitantes en musique. Aujourd’hui on parle plus d’esthétique que de modèle économique, c’est devenu un style musical à part entière avec les valeurs qui lui sont associé comme le DIY (Do It Yourself, ndlr).

François Floret : C’était aussi cette volonté de la part de ces groupes de refuser d’entrer dans le système en créant leur propre modèle. Aujourd’hui, les groupes esthétiquement indépendants font partie de l’économie générale. Radiohead, par exemple, est un groupe avec une esthétique indépendante mais est devenu une grosse machine économique.

OÜI FM : Trouvez-vous qu’il est plus ou moins facile pour un artiste de revendiquer cette indépendance aujourd’hui ?

Alban Coutoux : Plus facile, j’ai l’impression. Dans les années 80, les choses étaient assez rigides pour enregistrer, sortir et promouvoir un disque. Avec les outils actuels, le circuit s’est considérablement rétrécit et les groupes intègrent ça dès le début dans leur création, dans leur image et leur discours. Tout cette culture a été intégrée.

Retrouvez le reportage sur l’édition 2015 de la Route du Rock par ici

OÜI FM : Les nouvelles technologies et réseaux sociaux ont eu un gros impact sur l’industrie musicale et ont permis l’émergence des groupes indés. Un atout précieux pour un programmateur de festival ?

Alban Coutoux : Évidemment. La base de la programmation est avoir toutes les informations sur ce qu’il se passe sur les sorties d’albums, nouveautés. La façon de travailler aujourd’hui a été modifiée. Les circuits sont plus courts, beaucoup plus d’artistes nous contactent en direct, c’est une source inépuisable.

OÜI FM : Comment établissez-vous la programmation ? Essentiellement des coups de cœurs personnels ?

François Floret : Assurément, depuis toujours. Il n’y a pas d’autres stratégies, soit on y croit soit on n’y croit pas. On est vraiment totalement indépendant (rires).

Alban Coutoux : C’est une succession de défrichages et d’écoutes. Quand un agent nous vend un groupe avec le guitariste de Mogwai et la chanteuse de Slowdive, on a forcément envie de l’écouter.

OÜI FM : À chaque édition, son lot d’artistes incontournables et de découvertes… À quoi doit-on s’attendre pour cette nouvelle édition ?

Alban Coutoux : Il y aura beaucoup de choses sur les 30 groupes que l’on propose sur les 4 jours du festival. Il y a toujours un équilibre entre des groupes mythiques de l’indie rock comme Belle and Sebastien qui vient fêter ses 20 ans de carrière, mais aussi Savages à la RDR pour la troisième fois, La Femme qui vient nous présenter son nouvel album à paraître en septembre. Concernant les nouveautés, le supergroupe Minor Victories avec des membres d’Editors, Slowdive et Mogwai, qui promet d’être une très belle surprise. On a toujours nos fins de soirées électroniques avec Battles, The Field, Pantha du Prince, Rival Consoles. Concernant les musiques émergentes, on a une carte blanche offerte, plage de Bon Secours, au label La Souterraine, qui renouvelle la chanson typiquement francophone. Sans oublier le retour de The Avalanches.

François Floret : Pour une date unique en France !

OÜI FM : Quels ont été, selon vous, les groupes qui ont forgé la réputation du festival depuis ses débuts ? Vos plus beaux souvenirs ?

François Floret : On en parlait encore tout à l’heure. Personnellement, mon meilleur souvenir restera le concert monumental de The Cure en 2005, avec autour d’eux une programmation magnifique (Sonic Youth, Polyphonic Spree…). C’était une merveilleuse année, avec une fréquentation record pour la RDR, rediffusée en direct sur Arte TV à l’époque.

Alban Coutoux : The Cure, un grand moment. Quand on avait le poster de Robert Smith dans sa chambre d’ado, les voir des années plus tard sur le festival ça nous a fait un drôle d’effet. Ensuite, les plus belles satisfactions sont les choses que l’on découvre dans l’année, parfois difficiles à mettre en place et qui finissent par se réaliser. Des chansons qui tournent en boucle dans nos têtes pendant six mois qu’on écoute ensuite en live. Je pense par exemple à TV On The Radio (2004), Grizzly Bear (2006), Sonic Youth (2007) qui avaient joué leur double album Daydream Nation en intégralité, LCD Soundsystem (2007), Dirty Beaches (2011) ou encore le fabuleux concert de Nick Cave & The Bad Seeds (2013).

OÜI FM : À l’inverse, la plus grosse tuile ?

François Floret : Dans mes souvenirs, 2002 était une catastrophe. On a eu la plus grosse tempête qu’on n’ait jamais eu, l’année où on avait décidé de faire des concerts sur la plage. On n’avait pas d’assurance annulation. L’est est entrée dans la salle, les groupes continuaient pourtant de jouer. Divine Comedy avaient les pieds dans l’eau, le clavier trempé, épongé par nos techniciens. Le public a pourtant refuser de partir. Il s’est passé un truc, c’était fédérateur.

OÜI FM : La Route du Rock perdure grâce à l’association culturelle « Rock Tympans » crée en 1986. Une association qui favorise la création musicale, dont dépend également une salle de concert dédiée aux musiques actuelles et une activité de « booking » (+ d’infos ici).

François Florent : Rock Tympans a commencé par donner naissance à une radio rock, Canal B, toujours en activité aujourd’hui. On est ensuite parti sur la Route du Rock avec trois premières éditions (1991 à 1993) au mois de février, on est passé à la Route du Rock été l’année suivante. Depuis 2006, nous avons notre propre structure de booking, qui produit une centaine d’artistes français et internationaux, tous dans l’esthétique de la RDR. Rock Tympans s’occupe aussi de la gestion d’une salle de musique actuelle à Saint-Malo : La Nouvelle Vague. Le spectre artistique y est plus ouvert.

Retrouvez toute la programmation de la Route du Rock été 2016 ici.