Gotlib : « J’adore les musiciens. En voir… c’est merveilleux »

Publié le 5 décembre 2016 à 10:49
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

« Le roi de la déconnade » s’est éteint ce dimanche à l’âge de 82 ans. 

François Guillo / AFP

François Guillo / AFP

Il était le père de Gai-Luron, Superdupont, créateur de la revue Fluide Glacial. Il s’est éteint ce dimanche à l’âge de 82 ans.

Gotlib n’aimait pas le mot « art ». Il l’avait confié en 2010 à Thomas Caussé : « Je n’ai jamais pensé à mon travail comme une oeuvre artistique. » Ajoutant : « J’ai toujours trouvé que le mot ‘art’ était trop divulgué. » Pourtant, « le roi de la déconnade », le géniteur de « l’humour corrosif » comme on l’appelait, en a écumé des planches : non pas celles de Deauville, mais bien de La Rubrique-à-Brac, notamment, dont la première est apparue dans Pilote en 1968.

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Son humour espiègle, sans conventions tient de son talent, puis de son histoire. Celle d’un enfant juif pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans son exposition consacrée au Musée d’art et d’histoire du judaïsme en 2014, la commissaire Anne-Hélène Hoog décrivait l’humour de Gotlib comme « l’humour des désespérés, celui des juifs face à l’antisémitisme ordinaire, aux pogroms, à la Shoah. »

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Gotlib, le mélomane

« J’adore la musique. J’adore les musiciens. En voir… c’est merveilleux » confiait-il, toujours à Thomas Caussé. Lui, n’est pas musicien, non. Il n’a jamais eu « le fantasme de jouer ». A part peut-être le piano. Mais surtout la guitare. Pour rendre hommage à son idole, Georges Brassens.

Gotlib avait deux stades de création : l’un, silencieux, quand il utilisait le crayon. L’autre, bruyant. Savoureux. Musical. Gotlib aimait mettre « la musique à fond » quand venait le stade de l’encre. « Un vrai régal ! » hurlait-il à Thomas. « Ça gênait tout le monde ! ». Et personne en même temps.

Gotlib laisse orphelin ses personnages, ses lecteurs et ses disciples. En annonçant son décès ce dimanche, son éditeur Dargaud a regretté perdre « un humoriste fascinant, un dessinateur virtuose, un touche à tout iconoclaste et un ami cher qui parvenait à provoquer le rire à la moindre de ses pages ». Ciao l’artiste.

Propos recueillis par Thomas Caussé, écrit par Angèle Chatelier