Thiéfaine, album de la semaine

Publié le 4 mars 2011 à 0:01
Cécile Descamps Par Cécile Descamps
Rédactrice

Hubert Félix ThiéfaineToute la semaine, découvrez le nouvel album d’Hubert Félix Thiéfaine, Suppléments de mensonge, dans Au Secours, C’est Du Live !

Dom Kiris et Sacha vous dévoielent un extrait chaque soir du seizième album de l’écorché vif du rock français… à partir du lundi 7 mars !

Hubert Félix Thiéfaine – Suppléments de mensonge

Hubert Félix Thíéfaíne ne sait pas mentir, mais ça n’est pas de sa faute. Comme il dit : « J’ai les yeux trop clairs, je suis incapable de dissimuler, quand je mens, ça se voit tout de suite. » Du coup, intituler son seizième album studio Suppléments de mensonge, expression puisée dans Le Gai Savoir de Nietzsche, était doublement tentant.

Ces suppléments, ils sont au nombre de douze, comme les hommes en colère, les travaux d’Hercule ou les coups de minuit. Douze chansons qui comptent indéniablement parmi les meilleures d’une carrière déjà bien remplie. Douze chansons réalisées par Edith Fambuena et ]ean-Louis Piérot, le mythique tandem des Valentins qui a œuvré, parmi bien d’autres, pour Bashung, Daho Miossec, Brigitte Fontaine ou Jane Birkin. Une rencontre qui s’est déroulée presque par hasard, celui qui fait bien les choses.
« Je voulais que ce disque soit réalisé par une femme, explique Hubert, parce que j ‘avais utilisé beaucoup de mon potentiel féminin dans l’écriture. Edith avait travaillé sur l’album de la Grande Sophie, que j’aime bien et qui a fait mes premières parties. Ensuite, elle m’a présenté Iean-Louis Piérot. Je ne connaissais même pas leur histoire, je ne savais pas qu’ils avaient joué ensemble… »

Entre Dijon, Clamart et Paris, les chansons prennent peu à peu forme, avec la complicité de musiciens comme Marcello Giulianní à la basse, Philippe Entressangle à la batterie, ou Jean-François Berger aux arrangements de cordes et à la direction d’orchestre. Hubert en a écrit tous les textes, parfois sur un lit d’hôpital, mais pour la plupart des musiques, a eu envie de faire appel à d’autres compositeurs, expérience déjà tentée dans l’album précédent, Scandale mélancolique, en 2005 : « J’étais si huppé pur l’écriture que je trouvais stupide de me forcer à composer. Pour moi, chaque album est une nouvelle expérience, j’aime bien casser les outils, reconstruire, choisir. Il y a pu y avoir jusqu’à cinq compositeurs pour une chanson. . . Des fois, c’étaient de belles mélodies, mais qui ne fonctionnaient pas avec le texte. Il y a des gens très connus, très talentueux, des amis même, dont je n’ai pas pris la
musique…
»

Les heureux élus sont finalement une bonne demi-douzaine. Pas un casting, plutôt des rencontres aux sonnets, des connivences émotionnelles. Parmi eux, le duo La Casa et le solitaire Arman Méliès, qui signent chacun deux musiques sur l’album, mais aussi JP Nataf, Dominique Dalcan, Ludéal, ou le guitariste Guillaume Soulan et le fidèle complice Roberto Briot. Le reste a été écrit et composé par Hubert seul.

Thèmes éternels ciselés d’une écriture au scalpel, acérée, parfois cruelle, sans complaisance…

Ces chansons, de quoi parlent-elles ? Fidèle à sa griffe poétique, jadis forgée aux strophes de Baudelaire, Rimbaud ou Ferré, Hubert y décline ses thèmes de prédilection : la mélancolie, bien sûr, comme celle qui anime les souvenirs d’enfance de La Ruelle des Morts, single à la mélodie lumineuse et au texte à la tendresse émouvante.
L’amour, la folie et la mort, étroitement liés, ont toujours imprégné l’œuvre d’Hubert Félix Thiéfaine, thèmes éternels mais chez lui ciselés d’une écriture au scalpel, acérée, parfois cruelle, sans complaisance. On les croise à nouveau tout au long de l’album,

Suppléments de mensonge, le seizième album d’Hubert Félix Thiéfaine, qui parle de mort, d’amour, d’humour et de résurrection, est sans doute son œuvre la plus aboutie, la plus vraie, et, à l’image de la photo de pochette, celle dans laquelle il se dévoile le plus. Pas un supplément comme les autres : le disque d’un écorché vif au lyrisme percutant, d’un poète artisan discret et lucide qui, en près de trente cinq ans de carrière, a su transcender doutes, angoisses et épreuves pour forger, à l’écart des modes et des frivolités, une œuvre dense, singulière, résolument à part.

Décidément, Hubert Félix Thiéfaine n’a jamais su mentir.