[Rencontre] Au Kiosque solidaire, ils partagent, s’engagent… et s’enragent

Publié le 4 janvier 2017 à 11:24
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Des milliers de personnes s’investissent dans des causes humanitaires, culturelles et sociales. Parce que nous vivons une période difficile, troublée et violente, OÜI FM a décidé de donner la parole aux initiatives citoyennes qui font la France d’aujourd’hui. Cette semaine, rencontre avec les associations du Kiosque Solidaire du 12ème arrondissement de Paris. 

Source : belairsud.blogspirit.com

14h. La place Félix Eboué dans le 12ème arrondissement de Paris s’agite. Des dizaines de personnes, surtout retraitées, parfois des parents accompagnés de leurs enfants, se pressent autour du Kiosque solidaire et citoyen du quartier. Une sorte de petit local modulable, à la fois stand d’information, espace d’expositions, lieu d’échanges et d’animations en plein air. C’est aussi un espace mis à disposition pour les associations. Il y a trois kiosques solidaires à Paris.

Ce vendredi-là, autour de la station Daumesnil, c’est jour de marché. Wolfgang Delaine, président et fondateur de l’association Hologramme Global, a ses habitudes : « Poussez-vous s’il vous plaît, les légumes arrivent ! » « Non, non, écartez-vous, y’en aura pour tout le monde » hurle-t-il. Depuis un an, chaque mardi et vendredi, il fait le tour des stands du marché pour prendre leurs invendus, et les redistribuer gratuitement aux personnes qui le souhaitent. Elles sont une trentaine à s’amasser devant le kiosque. « Ni plus ni moins que d’habitude » souligne Wolfgang. Beaucoup sont des habitués. « Je viens pour lutter contre le gaspillage » témoigne une femme, la cinquantaine, qui a préféré rester anonyme. Elle ne se dit pas militante mais essaye de faire attention à ce qu’elle consomme, et la façon dont elle le fait. « Mais c’est vrai que ça met du beurre dans les épinards… » Elle est accompagnée par une autre – souhaitant rester anonyme aussi – plus âgée : « Je viens pour une amie qui a honte de se déplacer. » Toutes les deux sont devenues amies et se voient à chaque jour de redistribution.

Le kiosque du 12ème arrondissement est tenu par l’association Cap ou pas Cap. Depuis trois ans, elle tente de faire connaître au plus grand nombre les alternatives citoyennes qui existe. Clément Helary, le responsable de communication de l’association, a du mal à définir le terme : « Cap ou pas Cap est né d’un constat. Celui que face aux problèmes sociaux que l’on connaît tous, il faut savoir ce que peuvent faire les citoyens. » Il enchaîne : « On veut créer des solutions en agissant concrètement. Les citoyens peuvent réellement changer la réalité. » Dans le kiosque, avec l’aide de l’association Hologramme, Cap ou pas Cap s’intéresse à deux choses : la lutte contre le gaspillage, et le partage. En septembre 2016, avec le collectif On a pensé à un truc, l’association a construit une « boîte à don » dans laquelle les gens peuvent mettre des objets dont ils n’ont plus besoin, ou en prendre. L’idée, « favoriser le partage matériel« . Le tout « sans rentrer dans une logique d’assistance ou d’urgence, plutôt dans celle d’une libre circulation des objets. » Car Clément est clair, « on a tous des besoins à un moment donné. »

« Ils n’ont pas connu la guerre, eux ! »

Outre la distribution d’invendus et le troc à ciel ouvert, Cap ou pas Cap tente de provoquer des discussions. Sur tout. « Les gens viennent à nous généralement. Il y a une certaine curiosité. » dénote-t-il. Quelques minutes après cette phrase, une femme âgée s’approche. Elle a une soixantaine d’années. « Mais il n’ont pas connu la guerre ! » hurle-t-elle. Elle ajoute : « Regardez comment ils sont habillés ! Ils viennent mendier ! » Elle refuse de donner son prénom. Elle habite en bas du quartier et sortait de La Poste. « Moi j’ai connu la guerre et la misère. Je n’ai eu qu’une clémentine à Noël, pas eux ! »

Wolfgang Delaine de l’association Hologramme entend souvent des phrases de ce type. Selon lui, ce n’est pas grave. Il est même plutôt positif : « Ça pourrait décourager sur la nature humaine, mais on s’aperçoit que dès qu’on en parle un peu avec eux, ça se passe bien. » Cette femme ne s’arrêtera pas pour discuter.

Des services donnés, des services rendus 

Ce vendredi-là, c’est l’association Le Carillon qui prend ses quartiers. Leur but premier est de trouver des commerçants qui peuvent proposer des services gratuits – comme aller aux toilettes, donner un verre d’eau ou faire réchauffer son plat au micro-onde. Ce doit être accessible à tous. Un commerce qui aura accepter un service se verra coller une étiquette sur sa devanture.

Il peut aussi y avoir des services plus coûteux : avoir un stock de café pour le mois, offrir un repas… Ces services sont réservés aux personnes très précaires. Lancée en 2015 dans le 11ème arrondissement de Paris, Le Carillon a déjà convaincu 65 commerçants de participer au projet. Dans le 12ème arrondissement, ils sont une vingtaine depuis le début du mois d’octobre. L’autre aspect du Carillon : les Soupes Impopulaires, « pour inverser les rôles » raconte Margot Castellano, stagiaire dans l’association. Des sans-abris servent la soupe à d’autres. « C’est un peu lourd pour eux de ne jamais pouvoir donner et de toujours réclamer » souligne-t-elle.

Wolfgang, Margot et Clément auront passé trois heures à discuter, proposer et échanger avec des citoyens de passage. Une trentaine ce jour-là. Clément plaisante : « L’hiver arrive, ça va être plus compliqué de rester dehors. » Au loin, un jeune homme de l’association Le Carillon est placé à la sortie du métro et hurle « Bonjour ! C’est pour les sans-abris, donnez une petite pièce ! » Il ajoute : « On organise une soirée, y aura des mecs, des meufs, et de la bière ! » Alors, cap ou pas cap ?

Angèle Chatelier