Life in 12 Bars : le compte-rendu

Publié le 23 janvier 2019 à 10:17
Dom Kiris Par Dom Kiris
Rédacteur

Clapton Life in 12 barsDom Kiris vous donne son avis sur le nouveau documentaire sur Eric Clapton.

Le documentaire, réalisé par la cinéaste américaine Lili Fini Zanuck, s’ouvre sur des images de téléphone portable où l’on voit Eric Clapton, la mine déconfite, rendre hommage à son mentor B.B. King le matin de sa disparition en mai 2015. Tout aussi émouvante est la dernière séquence du film, où B.B. King, sur la scène du festival Crossroads, s’adresse au public, pendant que Clapton l’observe dans les coulisses, et déclare : “Le jour de ma mort, je souhaite que la dernière voix que j’entende soit celle d’Eric Clapton”.

Entre les deux plans, accrochez-vous, car ce sont deux heures d’intensité émotionnelle qui vous sont délivrées par des documents quasiment inédits sur la vie et l’œuvre de celui qui a construit sa personnalité autour des 12 mesures du blues. Maîtriser le blues en 12 mesures est indispensable pour jouer cette musique que le guitariste anglais n’a jamais cessé de propager.

Les archives le montrent, à 17 ans, concentré sur les premières scènes des pubs à Londres avec The Roosters. En 1963, il intègre The Yardbirds. Puriste et déterminé à ne jouer que du blues authentique, Clapton laisse sa place vacante à ses amis Jeff Beck et Jimmy Page, en s’en allant rejoindre John Mayall and The Bluesbreakers, le temps de l’explosion du British Blues Boom.

Parmi les nombreux témoignages d’artistes de la scène blues, le pionnier Muddy Waters, explique de sa voix profonde, que jamais des petits blancs ne pourront avoir son intensité, car ils n’ont jamais autant souffert que ses frères et ses sœurs de couleurs.

Certes, il ne s’agit pas des mêmes souffrances sur l’échelle des malheurs, mais le film montre combien la musique afro américaine est un refuge vital pour Eric Clapton. On comprend à travers son histoire familiale invraisemblable, toute la complexité de son début d’existence. Une déchirure, enfouie au plus profond de son âme, c’est transformée en une expression unique à force de travail.

De disciple des grands maîtres du blues, Eric Clapton est passé à guitar hero adulé sous l’ère psychédélique de Cream en 1967. Sans attendre plus de reconnaissance, au tournant des années 1970, il s’est même caché derrière Derek and The Dominos afin de distiller une profonde mélancolie amoureuse. On connaît désormais l’histoire de Layla, dédiée à la femme de sa vie, Pattie Boyd, accessoirement aussi l’épouse de George Harrison.

Très loin d’un biopic savamment mis en scène pour plaire au plus grand nombre, le film, construit autour de commentaires de Clapton lui-même, ne présentent pas toujours l’artiste sous son meilleur angle. Dans un ordre chronologique, la réalisatrice, oscarisée et amie proche du guitariste, retrace le parcours semé d’embûches d’une des plus grandes stars du rock, en ne cachant aucune de ses mauvaises habitudes. Images à l’appui, elle montre ses addictions aux drogues dures et à l’alcool durant le purgatoire des années 80.

Quand enfin, Eric Clapton trouve un équilibre familial, c’est le plus terrible des drames qui vient lui enlever son fils Conor âgé de 4 ans. C’est du blues toujours que viendra son salut, en grattant des merveilleux accords sur une petite guitare Martin à cordes nylon. Lui, le dieu de la guitare électrique transforme sa douleur en jouant pour la première fois un concert en acoustique pour l’émission MTV Unplugged. Il vendra plus de 20 millions d’exemplaires de l’album, comprenant ses chansons en forme de prières pour son enfant, Tears In Heaven, mêlées à ses vieux blues de prédilection qu’il jouait à ses débuts.

Vous aurez compris que je recommande vivement le film, Eric Clapton: Life in 12 bars, à tout ceux qui veulent comprendre comment la profonde la mélancolie du blues peut sauver les âmes perdues comme celle Eric Clapton, Dieu vivant au royaume du rock.