Le festival britannique Glastonbury divise en ouvrant un espace réservé aux femmes

Publié le 7 juin 2016 à 17:18
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

L’une des plus grandes manifestations musicale britannique proposera pour son édition 2016 un espace dédié aux « femmes, transgenres et personnes en situation de handicap. » L’ambition d’un tel dispositif –  « nécessaire dans ce monde gouverné par et pour les hommes« , présenter une scène d’artistes féminines, des débats, et des ateliers. Fausse bonne idée ?

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Le Sisterhood serait-il un lieu de révolution ? Pour son édition 2016, le plus important festival de musique britannique, Glastonbury, entend créer un espace exclusivement dédié « aux femmes et aux personnes qui se définissent comme tel, le Sisterhood. Le « club révolutionnaire » souhaite mettre en avant des artistes décrites comme « les meilleures et les plus téméraires. » Un endroit où l’on pourra aussi participer à des ateliers sur la diversité, à des cours de danse et à des débats.

Toute cette affaire de « zone dédiée aux femmes car les femmes doivent être dorlotées » à #Glastonbury, c’est encore une fois du sexisme déguisé en lutte pour l’égalité des sexes

J’adore. Merci au @GlastoFest de mettre en place un espace sûr pour les femmes et pour relever le niveau

« Nous pensons qu’un espace réservé aux femmes est nécessaire dans ce monde gouverné par et pour les hommes. L’oppression contre les femmes se poursuit aujourd’hui dans le monde sous différentes formes et dans différentes cultures«  défendent les organisateurs dans un communiqué. Dernièrement, c’est en Allemagne que 26 festivalières se sont déclarées victimes d’agressions sexuelles, alors qu’elles participaient au festival de musique Open-Air-Fest de Darmstadt.   

Alors, bonne idée ? Pas si sûr. Dans les faits, les organisateurs de l’évènement décrivent ce futur lieu à destination également des « queers, des trans et des personnes en situation de handicap.« 

Stéphane Amiel, directeur et créateur du festival Les Femmes s’en mêlent, rit jaune : « Je trouve cette catégorisation malvenue. Pourquoi mettre ensemble les femmes et les personnes en situation de handicap ?«  Pour lui, un tel espace est « politiquement correct«  mais aussi dans l’air du temps. « La place de la femme dans la société, c’est très à la mode, mais personne ne sait comment traiter ce sujet. Souvent, il y a plein de choses faites qui sont maladroites.« 

Le festival Les Femmes s’en mêlent présente chaque année une programmation d’artistes féminine, mais « où les hommes sont les bienvenus pour applaudir, évidemment.« 

ouifm-glastonbury1Le Sisterhood sera « caché » dans la zone du festival appelée Shangri La. Pour Marie Allibert, porte-parole du mouvement Osez le féminisme, c’est avant tout un révélateur de notre société actuelle : « Nous sommes à un stade où les agressions sexistes sont tellement omniprésentes que les femmes se sentent en sécurité seulement dans des zones non-mixtes.«  L’association –  favorable à un tel espace d’expression libre pour les femmes – considère que c’est un véritable outil militant, un moyen de « penser la mixité.« 

Il y a quelques semaines, les zones non-mixtes du mouvement Nuit Debout avaient fait débat. Matt, l’une des participantes, déclarait au journal Le Monde que la non-mixité choisie, « ce n’est pas pour se retrouver entre femmes, mais entre personnes socialement dominées et opprimées.«  Elle répondait à un homme, mécontent d’être « dépossédé du débat«  et d’être « choisi comme cible«  sur une place publique, telle que la place de la République à Paris.

Osez le féminisme défend la nécessité d’espaces pour les femmes « exclusivement, » dénonçant le mélange avec les personnes transsexuelles et celles à mobilité réduite. « Les oppressions que vivent les femmes ne sont pas les mêmes que pour les personnes transgenres et les handicapés. De plus, on ne peut pas exclure que des hommes s’infiltrent (dans Sisterhood, ndlr).« 

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En tout cas, le festival Glastonbury se déroulera dans la ville éponyme du sud-ouest de l’Angleterre du 22 au 26 juin 2016. Et la liste des artistes féminines est assez longue : Christine and the Queens, Savages, Cyndi Lauper, PJ Harvey, Ellie Goulding, Adele, Elle King… 

Programmation complète

Propos recueillis par Angèle Chatelier