L’abstention : un sujet bien connu en politique, nettement moins en musique

Publié le 12 juin 2017 à 17:25
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Presque un Français sur deux s’est abstenu dimanche 11 juin 2017 pour le premier tour des élections législatives. Une pratique bien connue dans le milieu politique, nettement moins dans celui de la musique. 

On connait les chansons contestataires comme Fils de France de Damien Saez. On se souvient des titres rageurs dans les grands moments de révoltes politiques comme La Marine, dévoilé récemment par le groupe No One Is Innocent. On entend nettement moins ceux qui traitent de l’abstention… et qui la revendique. Ce dimanche, presque un Français sur deux s’est abstenu lors du premier tour des élections législatives. Le taux de participation s’est élevé à 48,71%, ce qui en fait le taux le plus bas sous la Vème République pour des élections de ce type.

Les chansons qui traitent de l’abstention se font rares. En fouillant un peu, le chanteur et comédien Lucas Rihouey se remarque rapidement avec son titre La ballade de l’abstentionniste – écrit dans l’entre-deux tour de l’élection présidentielle 2017 -, scandant que la politique, pour lui, « c’est mort », que « le vote utile est un oxymore ».

Le comédien, se décrivant comme un « humoriste dépressif »se produisait il y a quelques années à la Comédie des 3 bornes (Paris) dans le spectacle J’suis pas là pour rigoler. Joint par OÜI FM, l’artiste l’avoue : « Mes chansons n’ont aucune prétention musicale. Je pense plutôt en terme d’humour. »

L’abstention, premier parti de France ? Eric Carre, un chanteur – somme toute pas très connu – le revendique dans une vidéo. L’homme poivre et sel reprend l’air du très contestataire L’opportuniste de Jacques Dutronc. « Il y en a qui revendiquent et qui protestent. Moi je ne fais qu’un seul geste pour ne pas prendre une veste, je m’abstiens de voter« , chante-t-il, sur un fond orange fait-maison.

Le groupe de swing Malou quant à lui sortait en 2011 le titre l’Abstention. Sur un riff de guitare pourtant joyeux à la Tryo, le titre enregistré à Tours clame qu’on nous demande « d’aller voter pour un menteur et un crétin, un arracheur de dents », qu’on a demandé de choisir « entre un vieux sénile un peu aigri, et un braqueur de banque ».

Pour contrebalancer, certains artistes s’engagent contre l’abstention. Lucas Rihouey a, lui, publié peu de temps après la premier, le titre Ballade du non-abstentionniste. « Je défendais l’abstention car je trouve ça bizarre de voter pour la liberté alors que je ne me sentirais libre avec aucun de ces candidats », a déploré celui qui écoute souvent Renaud et Noir Désir. « Mais… j’ai voté blanc ! », a-t-il ajouté.

En 2017, le collectif La République Réplique organisait un concert contre l’abstention, mais surtout contre le Front National à Paris, avec les Naive New Beaters, Féfé ou encore Les Wampas. Dans un reportage réalisé par La Nouvelle Edition (Canal +), on apprend pourtant que les organisateurs ont bien eu du mal à trouver des artistes souhaitant prendre part à cette dernière présidentielle. L’explication ? « La montée en puissance du Front National. Business is business » note la journaliste Emilie Besse.

Hormis l’abstention, Nathalie Arthaud, Jean Lassalle, Jacques Cheminade, François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Mélenchon s’étaient ouvertement déclarés favorables à la reconnaissance du vote blanc s’ils étaient élus. Une petite chanson pour ça ?