La série « The Handmaid’s Tale » est aussi un chef-d’œuvre grâce à sa bande-originale

Publié le 22 juin 2017 à 14:43
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

La série dystopique The Handmaid’s Tale est un bijou visuel, politique, mais aussi musical. Préparez-vous : elle arrive en France le 27 juin 2017.

Lorsqu’un(e) ami(e) a un chagrin d’amour, il n’y a qu’une prescription à donner : lui dire d’écouter You Don’t Own Me de la chanteuse Lesley Gore, sorti en 1963. Dedans, elle scande : « Ne me dis pas ce que je dois faire, ne me dis pas ce que je dois dire. Et s’il te plaît, lorsque je sors avec toi, ne m’expose pas comme un objet. » Ce titre est l’un des hymnes de la seconde vague du féminisme. Il est aussi au générique du premier épisode de la série dystopique et glaçante, The Handmaid’s Tale.

Offred, (interprétée par la somptueuse Elisabeth Moss) est une Servante dans l’Amérique alternative et totalitaire de Gilead. Chaque mois, les Servantes – initialement plus fertiles que les autres femmes – subissent des viols lors de messes quadrillées, appelées les « Cérémonies ». Leur unique fonction : tomber enceinte, pour léguer ensuite leur enfant à une famille hautement plus noble.

La série est un chef-d’œuvre. Aussi bien visuel, philosophique, politique… que musical. Car oui, la couleur rouge écarlate des robes des Servantes ou le graphisme mathématique saisissant de chaque plan seraient rendus caduques sans la bande-originale extraordinaire de The Handmaid’s Tale. Chaque générique de fin est continuel et cohérent à la suite. Au sein même des épisodes, l’ambiance est souvent glaçante. Maintes fois remplie d’espérance, aussi. Et tout se joue grâce à la musique. Dans le troisième épisode, par exemple, se mélange le rock énervé et coup de poing de Peaches, à une Blondie qui proclame que « l’amour est une confusion » et qu’elle n’est pas « en paix » dans Heart of Glass. Une atmosphère angoissante, aussi, tant la peur règne au sein de Gilead. Chaque pas de travers est réprimandé de manière violente et sauvage. Le ton stressant est aidé par des titres comme Wraps Your Arms de The Knife ou les arrangements robotiques et mélancoliques de Johann Jóhannsson (cofondateur de Kitchen Motors, laboratoire d’idées musicales basé en Islande) dans The Sun’s Gone Dim And The Sky’s Turned Black.

Mais l’espoir règne toujours. Il est symbolisé par des musiques entraînantes à la Daydream Believer du groupe folk américain The Monkees ou grâce au rock orageux et frénétique de Jay Reatard. Tout laisse à prouver qu’Offred doit continuer à se battre malgré les circonstances. Le titre Feeling Good interprété par l’enchanteresse Nina Simone vient ponctuer la série d’une manière grandiose. Prestigieuse. Théâtrale. Et The Handmaid’s Tale ne serait pas aussi époustouflante sans la musique originale du compositeur Adam Taylor.

Une musique originale signée Adam Taylor

Le compositeur Adam Taylor qui travaille sur la bande-originale de « The Handmaid’s Tale ». Source : site officiel

Disons-le, Bruce Miller, le réalisateur de la série, s’entoure bien musicalement. Il a fait appel à Adam Taylor pour composer la musique originale de la série, disponible sur le label Lakeshore Record. Le musicien a précédemment travaillé sur Meadowland de Reed Morano – nommé aux Independent Spirit Awards en 2016. Il est aussi le directeur musical du documentaire Olmo et la mouette (2016), une réflexion autour du sens de la maternité. Dans The Handmaid’s Tale, Adam Taylor entremêle la douceur et la mélancolie d’un violon à l’obscur gravité d’un basson. Un piano parcellaire fait parfois ressentir le goût de la liberté. Celle qu’Offred n’a plus. L’intégralité de son œuvre est disponible sur iTunes.

The Handmaid’s Tale est une série brûlante. Essentielle, aussi. Le tout grâce à des plans insaisissables et géométriques, des couleurs fracassantes. Une morale philosophique et politique qu’elle laisse entendre, également. Sans oublier le talent des comédiens – on peut noter celui d’Elisabeth Moss, forcément, mais aussi de Samira Wiley qui joue Moira, ou la talentueuse Alexis Bledel. En seulement quelques semaines, des personnalités se sont même emparées du message derrière The Handmaid’s Tale : celui de l’asservissement de la femme et du risque totalitaire sous-jacent. L’actrice Emma Watson, par exemple, a caché des ouvrages de Margaret Atwood un peu partout dans Paris. Hillary Clinton a également fait référence à la série dans un de ses discours.

The Handmaid’s Tale sera disponible en France le 27 juin 2017 sur OCS. Préparez vos yeux mais aussi vos oreilles tant la bande-originale est hétérogène et fascinante, et d’ici là, faites-vous votre propre idée grâce à cette playlist :