La musique s’attriste du Brexit

Publié le 24 juin 2016 à 13:10
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

La nouvelle vient de tomber : le Royaume-Uni a voté pour la sortie de l’Union européenne à 51,9%. L’industrie musicale n’a pas tardé à réagir.

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Un pays divisé, un premier ministre qui démissionne et un flou géopolitique mondial : le Royaume-Uni ne fait plus parti de l’Union européenne. Il y a quelques jours, le lobbying UK Music mettait en avant une donnée essentielle : en 2015, les touristes représentaient 40% de l’audience des concerts au Royaume-Uni, soit une industrie considérable.

Alors – au-delà de la politique – les artistes s’inquiètent. « Personne n’a jamais dit que la majorité sait toujours ce qu’elle fait » a déclaré Johnny Marr, ex-guitariste de The Smiths sur son compte Twitter, ajoutant que c’est une « raison de plus pour le reste d’entre nous de rester ensemble. Vive la résistance. »

Ed Simons de The Chemical Brothers a lui aussi fait part de sa tristesse, se déclarant être « incrédule, triste, effrayé, et fâché. »

« Je ressens aujourd’hui une perte pour l’unité et la tolérance » a quant à lui déclaré le chanteur de Years and Years, Olly Alexander : « Je ne veux pas dire au revoir à mes amis. »

Le matin des résultats, le festival Glastonbury, grand-messe annuelle de la pop music outre-Manche, adressait un message à ses festivaliers :

Glastonbury adresse un message à ses festivaliers en réaction au Brexit

« On se dit qu’on n’a pas de mots, alors qu’on les a bel et bien. Alors que le camping se réveille à la lumière de la nouvelle, on entend les tentes jurer. Ça ne peut pas être vrai, si ? Pourtant ça l’est. Jamais nous ne nous étions sentis si peu anglais, alors que certains d’entre nous ouvrent des bouteilles de vin pour le petit déjeuner en guise de révolte. Il nous paraît assez évident que ce n’est de la faute de personne ici. Alors continuons de nous gaufrer dans la boue, et chantons aussi fort que possible nos chansons de protestation. Alors que le pays est plus que jamais divisé – nous sommes ici ensemble dans ces champs. Embrassez comme il se doit vos camarades de festival, car ils ressentent exactement la même chose que vous. Au revoir vieille amie, tu vas terriblement nous manquer. Notre petite pote l’UE. »

Les heureux… et les optimistes

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La décision de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne appartient entièrement au peuple, qui a voté à 51,9% pour ce choix. Stuart Murdoch de Belle & Sebastien tente de prendre du recul relate MyBandNews : « Quelle tristesse. Europe, sache que l’Écosse devrait te suivre de près. Peut-être est-ce le début d’une nouvelle ère ? Nous devons respecter le résultat. Nous sommes toujours britanniques et devons faire de notre mieux pour restaurer des choses et avancer calmement. »

Mick Jagger de The Rolling Stones, Roger Daltrey de The Who et le groupe Iron Maiden s’étaient dès le départ déclarés favorables au Brexit. Aucun d’entre eux n’a pour le moment réagi à la nouvelle.

Plus de subventions européennes

Une chose est sûre, de nombreuses choses vont changer. Et l’industrie musicale n’y échappe pas. François Missonnier, directeur de Rock En Seine et du festival Europavox déclarait au micro de OÜI FM il y a quelques semaines sentir que l’avenir de l’Europe passe par le jeunesse et l’humain, et que « la culture peut initier ce genre de choses. »

Pour la culture, la conséquence directe du Brexit pourrait venir du manque de subventions européennes. Europe Creative, par exemple – qui finance les projets culturels entre les pays de l’UE – possède un budget d’un milliard et demi d’euros sur la période 2014/2020, nous rappelait France Musique, dont 54 projets liés à la Grande-Bretagne. En mai 2016, 282 artistes avaient signé l’appel contre le Brexit.

Cette année, les artistes britanniques envahissent les festivals européens. Radiohead, PJ HarveyIron Maiden, Massive Attack… Et ce n’est pas pour rien. Aujourd’hui, un album sur six vendu dans le monde est celui d’un artiste britannique.