[Interview] Slurp

Publié le 8 mars 2021 à 16:22
Mathieu David Par Mathieu David
Rédacteur

A l’occasion de la sortie du titre Baby, Aurélie a interviewé Manon, Margot et Angie, trois membres du jeune groupe parisien Slurp.

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Slurp un jour, Slurp toujours !

Rien de mieux pour attaquer cette année 2021 qu’une bonne dose d’énergie et de garage rock ! Et ça tombe bien, puisque le trio Slurp a mis tout ça dans sa recette magique et va se faire un plaisir de vous la partager à coup de singles bruts et dynamiques, assaisonnés de sonorités pop.

Ce trio de région parisienne 100% féminin et à la joie communicative (autant de rires et de sympathie dans une interview, ça fait du bien, surtout en ce moment), vient de dévoiler un tout nouveau morceau, Baby qui se découvre au travers d’un clip mêlant réalité virtuelle et histoire d’amour. L’occasion parfaite pour leur poser quelques questions via webcam, Covid oblige, mais un entretien qui remonte le moral des troupes !

L’histoire commence comme de nombreuses formations rock, sur les bancs de l’école.

Manon : On s’est rencontrées avec Margot quand on était en primaire, on était dans la même classe en CM1, on se connaît depuis très longtemps. On a commencé la musique ensemble quand on était ado et plus tard, on a rencontré Angie au moment où on cherchait quelqu’un pour faire la batterie. On organisait des concerts toutes les trois ensemble à l’époque et elle a rejoint le groupe à ce moment-là.

« La dernière roue du carrosse » (comme le dit avec humour Angie) est toute trouvée. Le groupe peut enfin prendre son envol et commencer sa folle aventure avec quand même une petite modification au programme, son nom. C’est tout d’abord sous le pseudonyme Dragon’s Daughters que le duo Manon/Margot se fait connaître. Une fois la fine équipe complétée par Angie, le trio commence à réfléchir à une nouvelle identité, sans trop se presser.

Angie : Dragon’s Daughters, ça ne correspondait plus trop à nous de manière générale, c’était plus les filles quand elles étaient au lycée. Ça collait de moins en moins artistiquement parlant, on avait beaucoup évolué. On avait besoin de ce changement. Après, on a mis du temps à trouver ce nom. C’est venu à un moment et là, on s’est dit « vas-y, on change ».

« Une étape logique » qui a redonné un nouveau souffle à la formation. Dragon’s Daughters a quand même eu le temps de sortir un premier EP sous le nom poétique de Tits on Fire en 2019 avant de se métamorphoser en Slurp : cours, efficace et percutant. Un nom dont vous allez vous souvenir.

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Justement, revenons à ce premier EP. Pour enfin passer aux choses sérieuses et entrer dans la cour des grandes, Manon, Angie et Margot ont pu compter sur un soutien de taille en la personne de Yarol Poupaud (FFF), qui a visiblement repéré le potentiel de ces musiciennes dès la première rencontre.

Margot : on avait fait la première partie de son groupe Black Minou au Bus Palladium il y a longtemps, en 2017. Comme ça s’était bien passé, on est resté en contact. C’était une chouette soirée, mais on n’en était peut-être pas encore au stade de pouvoir enregistrer des vrais trucs. Plus tard, il nous a contactés en nous proposant de faire une session studio. C’était une super belle expérience de premier EP.

Ce qui devait être à la base un projet de deux titres se transforme finalement en un EP de six morceaux.

Manon : on a fait toutes les parties batteries, basse et guitares en live, tout ça en un jour. Et le lendemain, Margot a fait ses voix et moi les cœurs. On a vraiment fait 6 six titres, on les a torché en mode “vas-y, pas de temps de niaiser ».

Angie : et même que Yarol nous a offert des sushis. Ça, je ne l’oublierai jamais.

Manon : on a tellement rigolé en plus. On était déjà allé en studio auparavant, mais avec des gars un peu chiants, qui nous prenaient de haut tout ça parce qu’on était des petites meufs qui arrivaient. Depuis, on appréhende toujours un peu les studios. C’était trop cool de voir qu’il y a aussi des gens sympas.

Par la suite, le groupe a continué son petit bonhomme de chemin : une belle brochette de dates en France (et également en Belgique et en Angleterre), une résidence à la Seine Musicale (dans le cadre du parcours d’accompagnement à la professionnalisation artistique proposé par les Hauts de Seine), une programmation au Festival Chorus (reporté en 2021), des sessions studios… Bref, l’agenda de SLURP était bien chargé. Mais toute cette excitation va bientôt s’arrêter, le COVID fait son apparition et avec lui, le confinement.

Margot : je pense que ça a d’abord été super dur au niveau de la motivation, de voir plein de belles choses annulées ou reportées. Du coup, c’était dur pour le moral. Mais à partir d’un moment, on était tellement loin dans une démotive qu’on s’est dit : « Mais en fait, là, c’est plus possible ! Y a pas de solutions et il n’y a que nous pour nous bouger le cul”. Le seul truc à faire, c’était de s’y remettre : Composer, répéter, enregistrer. C’était un gros coup de pied au cul. On a mis du temps à redémarrer, c’était dur. Et maintenant, j’ai l’impression qu’en s’y remettant un peu, il y a un peu plus d’espoir. C’est comme mettre le doigt dans l’engrenage de quelque chose de chouette qui nous redonne un peu goût à la vie.

Angie : c’est surtout que la situation s’éternise tellement qu’on finit par s’adapter. Mais c’est vrai qu’avant tout ça, on était dans une super dynamique. Quand on n’était pas en répèt’, on était en concert. Quand on n’était pas en concert, on était en résidence ou en studio. Il y avait toujours un truc qui se passait avec le groupe tout le temps, c’était devenu notre taf. Et du jour au lendemain, plus rien.

Manon : on a la chance d’avoir un super entourage qui nous a pas mal motivé. On était tous là les uns pour les autres. Ça motive grave. On vient de sortir notre nouveau single, et on sort aussi de studio. On a enregistré plein de nouveaux titres avec Hugo Ceschosz, notre ingé son. Ce sont des choses qui motivent tellement, on s’adapte au monde dans lequel on vit comme on faisait avant sauf que là, c’est du jamais-vu.

La motivation au rendez-vous, Slurp balance un nouveau single Louise en avril 2020, un morceau qui fait du bien aux petits cœurs enfermés à la maison en manque d’interactions sociales et de fun. Mais surtout une compo qui annonce un léger virage dans le son du groupe, une évolution confirmée avec le tout récent Baby.

Margot : quand on a enregistré Louise avec Hugo Ceschosz, on s’est rendu compte qu’on était à un moment où on pouvait prendre plus de temps pour bien produire les morceaux, prendre plus de temps pour bien les enregistrer, choisir chaque sonorité, chaque texture. Baby, c’est le morceau léger du set qui fait une bonne transition entre Louise, qui est un morceau plus simple, efficace et brut. En même temps, on s’oriente vers des sons un petit peu plus lourds et produits. Et du coup, Baby a cette touche plus légère et qui en même temps, a aussi cette texture plus produite. On a plus travaillé sur les guitares et les voix. C’est une suite logique qui va amener à encore autre chose après, mais qui reste dans la même lignée.

Manon : je crois qu’on cherche encore notre son et que du coup, il y a plein de styles différents qui s’imbriquent ensemble et qui font la musique qu’on fait. Il y a des morceaux où ça se remarque plus.

Histoire de se marrer un peu et de s’occuper durant cette période un peu chiante, Slurp se lance dans le projet d’un clip pour leur petite dernière, Baby, tourné dans un lieu qui leur est cher : Le Supersonic.

Manon : il y avait pas mal de gens présents sur le tournage, mais on a respecté les règles (test PCR négatif pour tout le monde). C’est Randolph Lungela qui l’a réalisé. Il avait déjà bossé pour des copines à nous qui s’appellent Genoux Vener et on avait bien kiffé ce qu’il avait fait. Du coup, on lui a demandé de nous faire un clip et il a accepté. On est trop contentes du résultat.

Angie : il nous a proposé direct ce pitch-là. On aurait jamais pensé faire un truc comme ça. C’est une histoire style Black Mirror : dans un futur proche, qui pourrait être genre dans cinq ou 10 ans, avec une sorte d’application type Tinder où tu peux aller dans une réalité virtuelle pour aller draguer ton crush.

Manon : nous, on est dans la simulation. C’est un peu le dating avec le Covid! […] C’était chouette que Randolph ait eu cette idée. Je trouve que c’est toujours compliqué quand tu écris une chanson ou que tu la travailles depuis longtemps à te détacher de l’histoire d’origine, pour en écrire une nouvelle.

Vous l’aurez compris, Slurp, c’est avant tout une grosse histoire d’amitié, mais c’est aussi un parfait exemple du soutien qui existe au sein de la scène underground. Un soutien qui passe par les lieux et les associations.

Manon : le Supersonic fait vraiment partie de l’histoire du groupe. On y a beaucoup joué. Et il y a aussi toute l’équipe technique qu’on adore. Ce sont nos copains maintenant, on s’entend tous trop bien.

Angie : on s’est rencontré dans une asso à Clamart où on organisait des concerts. Il y avait plein de groupes locaux qui traînaient là-bas. On était une bonne petite poignée de musiciens, ca faisait déjà un bon collectif de zikos et de belles rencontres. Ce sont tous ces trucs-là qui font qu’on était tous fédérés dans une sorte de communauté de musiciens en développement et c’était vachement cool.

Manon : je crois qu’il y a des associations qui fédèrent vraiment la scène underground, plus que les lieux. Morsure [Association basée sur Paris d’organisation de concerts, promotion de groupes et sauveur de nos nuits] est le parfait exemple de ça. Tous les gens qui y travaillent sont tellement intéressés par la musique et par des groupes comme nous. L’année dernière, ils ont fait un festival en février et la programmation, c’était que des groupes comme nous (indépendants et en développement). On ne faisait pas forcément le même style de musique, mais on était tous là (dans la même dynamique) et contents. C’était la fête, on a rencontré plein de gens.

Même si 2021 n’apporte pas encore ce souffle de liberté tant attendu, on commence enfin à voir la lumière au bout du tunnel. Le retour à la vie telle qu’on l’a connu reviendra et une chose est sûre, Slurp sera au rendez-vous. Même s’il est difficile pour ce trio de s’organiser entre les différentes restrictions gouvernementales et les salles toujours fermées, elles nous le confirment : « ils se passent des trucs ».

Les choses à leur souhaiter pour 2021 : la sortie d’un nouvel EP, le maintien du festival Chorus (Et allez, soyons fou… Un featuring avec Booba pour l’occasion), une belle tournée française et pourquoi pas cette fameuse date avec les copains de Pogo Car Crash Control et Toybloid à la MJC de la Vallée à Chaville prévue le 16 avril.

Comme premier concert de fin de pandémie, ce serait chouette, non ?

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