[INTERVIEW] Johnny Mafia

Publié le 8 juin 2021 à 16:15
Mathieu David Par Mathieu David
Rédacteur

Quoi de mieux pour fêter la fin de ces longs mois de confinement que la réouverture des bars et un bon album de garage punk à l’aura pixienne… Les enfants prodiges de Sens, Johnny Mafia ont choisit pile leur moment pour nous balancer Sentimental, un troisième disque qui sent bon les 90’s, et un poil de maturité dans cette folle équipe de chiens fous. Le groupe nous avait laissé en 2018 avec Princes de l’amour, un disque chargé d’hymnes punk avec lequel ils avaient enchaîné les concerts à travers la France.

Covid oblige, Johnny Mafia a dû stopper les lives et s’est retrouvé comme beaucoup, enfermé à la maison avec GTA V et leurs instruments, un temps qu’ils ont mis à contribution pour composer et tester des trucs. Quelques jours après la sortie de Sentimental, on a pris le temps de discuter avec eux de l’enregistrement de ce nouvel album, des années 90, des clips et de live streams, une rencontre décontractée et sympathique à l’image des quatre musiciens de Johnny Mafia.

johnny mafia

©Maxime Tanchaud

Sentimental est sorti trois jours après la réouverture des terrasses. C’est plutôt bon signe, votre album va devenir la bande son du retour à la vie normale ?

Fabio : Grave ! On a eu pas mal de retour en plus comme quoi ça faisait bien album pour l’été, ça tombe nickel.

Théo : C’est vrai qu’au début on avait un peu peur justement de faire la sortie pendant tout ça, mais on est très content de faire la bande son, très bonne expression, de ce retour au bar.

Comment avez-vous vécu ce confinement ?

Théo : Les deux derniers confinements, ca a pas changé grand chose… Quoi que si, on pouvait pu faire de concert, c’était relou. Mais le premier confinement, il a été assez utile au final, parce que c’est à ce moment-là qu’une grosse partie de l’album a été composé. On n’avait jamais eu avec le groupe une période aussi longue sans concert. On a pu vraiment prendre du temps pour bosser la composition à fond. Dans ce grand malheur de ne plus faire de live, il a eu au moins ce truc qui était cool, de pouvoir prendre le temps de bien travailler sur l’album. Du coup, pendant le premier confinement, on a attaqué la composition, et pendant l’été en juillet, on a enregistré.

Comme pas mal de groupes durant cette période, vous avez donc testé la composition à distance ou vous avez réussi à vous voir ?

Théo : Pour le premier confinement, pour le coup, on a respecté à fond le truc. On a bossé chacun de notre côté, et j’ai surtout bossé dans mon coin. J’ai fait pas mal de compos tout seul, qu’on a travaillé par la suite tous ensemble quand on a pu se retrouver en mai, juin. C’est à ce moment-là qu’on a fait de la répète à fond.

Vous avez enregistré votre nouvel album avec Kris Banel au Warmaudio à Villeurbanne… Qu’est-ce qui vous a motivé à travailler avec lui ?

Théo : On le connaissait déjà d’avant. On écoute depuis un bon moment Uncommonmenfrommars et on savait qu’ils avaient enregistré pas mal d’albums avec lui. Et avec mon autre groupe Chuck Twins California, on a bossé un petit EP il y a quelques temps là-bas. Ça s’était super bien passé, j’ai vraiment bien accroché avec Chris qui est très cool, très sympa. Par la suite, on y est donc retourné avec Johnny Mafia pour enregistrer des maquettes, on a notamment enregistré notre split avec Not Scientists (Split Johnny Mafia / Not Scientists sorti en octobre 2019) et comme à chaque fois, c’était super. Du coup, pour ce nouvel album, on le sentait bien d’aller là-bas. Avec les compos qu’on avait déjà, on se disait que ça collerait bien avec le style de Chris.

Est-ce qu’il a eu un impact particulier sur le disque ?

Théo : Avant de venir en studio, on avait déjà tous bien bossé sur les compos et on avait bien avancé sur les arrangements. Il n’a donc pas eu trop d’influences sur les compositions, mais après, comme il a géré les prises de son et le mixage, il a eu un gros impact sur le son de l’album, normal. Même si on est arrivé avec des idées pour la batterie et les guitares, il a plus contribué au son général qu’aux compositions.

Comment s’est passé ce retour en studio… C’est quelque chose de plus facile pour vous au bout du 3ème album ?

Théo : On commence à être un peu plus à l’aise en studio, mais là, c’est surtout la première fois qu’on a pu prendre autant de temps pour enregistrer. On a pris deux semaines pour faire les 13 titres, alors qu’on en a eu qu’une pour l’album précédent. Une semaine pour tout faire, c’était assez short. Là, on a bien pu prendre le temps, notamment sur les arrangements. Je pense que c’est l’album dans lequel on en a le plus fait… des doublages de guitares, des petits solos, y a des synthés tout léger qu’on peut entendre, des sons de guitares sèches, des trucs comme ça. On a pu prendre le temps de penser à tout ça, de le faire bien, c’était cool.

Fabio : Je pense qu’entre temps en plus on a, je sais pas si on a pris en expériences ou quoi, mais je crois qu’on avait plus d’idées pour cet album.

Avec Sentimental, on ressent une évolution dans votre son, et surtout une grosse influence 90’s, c’était quelque chose de voulu ou s’est venu naturellement durant l’enregistrement ?

Théo : Les compositions sont un peu plus marquées “années 90” et du coup, sans non plus rentrer dans les clichés, on voulait quand même le son qui va avec. Par exemple, pour le son de batterie, on voulait quelque chose qui sonne très Pixies dans l’esprit avec plein de room et tout. On voulait des grosses guitares bien costauds, bien fat. Le choix du son est venu naturellement quand on s’est posé. On a réécouté nos brouillons qu’on avait fait sur nos téléphones et on s’est dit que ce serait cool que ça sonne comme ça, même en les jouant en répète, on avait déjà cette idée.

Après avoir sorti Princes de l’Amour sur le label anglais Dirty Water Music, on vous retrouve maintenant sur Howlin’ Banana… Pourquoi ce changement ?

Fabio : En fait, on connaît Tom [Picton, fondateur du label Howlin’ Banana] depuis un moment… Ça doit faire 3, 4 ans qu’on le connaît. Il était déjà dans les parages avant la sortie du 2eme album. Et puis, finalement ça s’est fait assez naturellement.

Théo : Avec Dirty Water c’était un peu compliqué, manque de communication et de réactivité de leur part si je peux faire quelques reproches. Et puis, effectivement, on connaissait déjà Tom, son label nous branchait bien. Y avait des groupes qu’on aimait bien dessus, du coup, quand il nous a proposé, on a vite accepté.

Les influences 90’s sont très présentes en ce moment dans la scène garage punk, et même dans la scène rock française en général. Qu’est-ce qui fait selon vous que les groupes sont aussi proches de ces sonorités ?

William: Je sais pas trop pourquoi j’aime bien, ce qu’on écoute et ce qui nous plait la-dedans c’est compliqué à expliquer.

Théo : On retrouve un peu de tout dans les années 90 après pourquoi est-ce que ça marche en ce moment, je sais pas trop. Mais en tout cas, pour l’album, on a pas fait ça parce que ça marche attention. [rires] On écoute les Pixies, Nirvana et tout depuis hyper longtemps et je pense qu’on a toujours voulu mettre ça dans notre musique. Là, ça se ressent plus parce que j’ai l’impression qu’on s’est un peu plus lâché dans cet album. Dès qu’on voulait mettre un truc dans une compo, on essayait, et puis voilà. Difficile de donner une explication.

Vous avez dévoilé il y a quelques semaine un clip pour votre morceau Trevor Philippe, une vidéo qui sent bon le fun entre copains… Comment s’est passé le tournage ?

Théo : Le clip, on l’a tourné avec notre ancien batteur Nathan. Déjà rien que pour ça, c’était un clip de copains. Mais c’est vrai qu’en général, on aime bien inviter les amis à venir tourner avec nous. On a tourné ce clip dans le contrôle technique du père de Fabio, qui nous l’a gentiment prêté. A la base, on avait surtout l’idée du lieu avant même d’avoir celle du clip. On s’est demandé quelle vidéo on pourrait tourner là-bas, et du coup Nathan a déballé ses idées, William aussi… et voilà, ça s’est fait.

William : Entre la chanson et l’endroit, on a trouvé les idées petit à petit. Puis, on a le même humeur aussi avec Nathan, donc ça s’est bien goupillé.

Depuis vos débuts, vous nous avez toujours balancé des clips avec un univers bien marqué. Est-ce que les idées viennent toujours de vous ou est-ce que ce sont les réalisateurs qui viennent vous voir avec des projets déjà en tête ?

William : Pour le coup, ça ne fonctionne jamais vraiment de la même manière. Ce clip-là, on l’a fait du coup avec Nathan. On avait fait aussi Big Brawl avec lui, qui s’était passé un peu de la même manière dans la préparation. Mais pour I’m Sentimental, le premier clip de cet album, il a été fait complètement différemment. C’est une boite parisienne, La Sale Affaire qui a travaillé dessus. On connaissait Paul qui travaillait avec eux. On leur a laissé carte blanche, ils ont eu plein d’idées par rapport à la musique, on les a laissé faire. Après, c’est très différent à chaque clip.

Quel est votre meilleur souvenir de tournage ?

Théo : Le dernier Trevor Philippe, il est pas mal. Avec Enzo qui se jette dans la marre toute boueuse dégueulasse, le chamboule tout avec les pétards… moi, j’ai bien aimé le faire en tout cas.

Enzo : Puis l’ambiance du contrôle technique c’était cool, avec le père de Fabio et tous ses potes. On en garde un super souvenir.

William : S’ il fallait en citer un autre en souvenir de tournage, Smell, c’était pas mal aussi. C’est celui où on vomit tout le long du clip. Et comme c’était sur deux jours de tournage, on a dû garder les mêmes fringues dégueulasses le lendemain…

Théo : T’appelles ça de bons souvenirs toi ? [rires]

On sent que vos parents sont quand même très présents dans l’activité du groupe… Johnny Mafia, c’est un peu une histoire de famille ?

Théo : C’est vrai que dans les clips y a eu la maman de Fabio…

William : le père de Théo aussi…

Théo : A la base, on était un groupe de lycéens, on était jeunes quand on a commencé. Déjà, les tous premiers concerts, comme personne n’avait le permis, on se faisait emmener en camion par le père du batteur, mon père ou Elio, le père de Fabio qui nous emmenait sur les concerts à Paris. Mais du coup, on n’a jamais perdu le truc. Maintenant, c’est surtout pour les clips qu’on fait appel aux papas et aux mamans. Après, le vrai papa de Johnny Mafia, c’est Fred, notre manager, notre papa d’adoption. Il fait énormément pour le groupe.

Avec la fin du confinement qui semble enfin pointer le bout de son nez, comment voyez vous les mois à venir et la reprise des concerts ?

Théo : Ca se dessine tout doucement, il y a quelques concerts qui commencent à se reprogrammer mais ça reste quand même que des options. Ça reprend petit à petit, c’est cool. Je pense qu’on va pouvoir vraiment commencer à refaire des concerts comme avant, vers la rentrée en septembre ou alors début 2022.

Et d’ici là, est-ce que vous allez vous essayer aux fameux live streams ?

Théo : Pourquoi pas en faire, mais après on a pas envie non plus de baser trop de trucs là-dessus. Perso, si je pouvais émettre une petite critique sur ce fonctionnement, c’est que j’ai pas envie que les gens s’habituent trop à mater des concerts le cul dans leur canapé. C’est cool en substitution mais j’aimerai pas que ça devienne une habitude. C’est le genre de truc qui me fait peur. C’est comme le serrage de main ou la bise, j’ai hâte de refaire ça. J’ai peur que ça se perdent tout ça… que les gens s’habitue trop à la situation. C’est cool d’en faire un peu mais faut pas non plus en abuser.

William : Par contre, dans le genre, on a quelques petites idées de trucs qu’on a envie de faire, de lives filmés mais pas de faux concerts streaming. On a fait quelques photos promo pour la sortie de l’album à la bibliothèque de Sens, et ça devrait être filmé au même endroit.

Pendant ces longs mois de confinement, est-ce qu’il y a des groupes que vous avez écouté en particulier, ou découvert ?

Théo : J’ai beaucoup écouté Drug Church cette année.

Enzo : Moi aussi, pas mal de Drug Church.

William : Y en a eu un qui a été important pour le groupe j’ai l’impression, car on a appris à les connaître un peu mieux pendant l’enregistrement à Lyon, c’est Johnny Carwash. C’est l’un des seuls concerts qu’on a vu depuis le covid, dans leur local de répète et c’était un coup de cœur pour nous quatre.

Fabio : On était au bord des larmes.

Un grand merci à Johnny Mafia d’avoir répondu à cette interview. Le groupe nous donne dores et déjà rendez-vous le 1er décembre à Petit Bain (Paris) pour fêter comme il se doit, à coup de pogos et de pintes, la sortie de son nouvel album Sentimental.

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