[Interview] It It Anita

Publié le 24 avril 2021 à 11:11
Mathieu David Par Mathieu David
Rédacteur

Voici l’interview de Michael Goffard, chanteur et guitariste du groupe.

It It Anita

© Gregory Derkenne

Même si l’année 2021 s’annonce un peu morose niveau concert, nous pouvons compter sur nos groupes de rock pour redonner un peu de positivité à cette période difficile avec la sortie d’albums tous plus excitants les uns que les autres. It It Anita en fait partie. Cette formation rock/noise originaire de Liège a dévoilé Sauvé, son troisième album studio le 2 avril dernier via le label bordelais Vicious Circle.

Un titre pas du tout choisi au hasard qui fait référence au producteur du disque (Amaury Sauvé) et également un message assumé face à la crise et à la culture (qui a grand besoin d’aide en ce moment). Après avoir pris deux bonnes claques avec les singles Cucaracha et Ghost, nous avons voulu en savoir un petit plus autour de ce groupe et de leur son qui nous replonge avec grand plaisir dans les années 90.

Michael Goffard, tête pensante du projet, a répondu à quelques questions… L’occasion de discuter de l’enregistrement du disque, de la crise sanitaire, de Laval et des livestreams. Un échange brut et sincère à l’image des 10 morceaux qui composent ce fameux nouvel album.

Comment a démarré l’aventure It It Anita ?

En fait, j’ai commencé le projet avec Damien (Aresta), c’était en 2013 ou 2014, je ne sais plus très bien exactement. On s’est croisé à des concerts et on se connaît depuis longtemps. On s’est toujours dit qu’on ferait un groupe ensemble mais on n’a jamais pris le temps de le faire. On avait tous les deux des activités un peu à gauche, à droite. Et puis, on a commencé à jouer à deux au départ, juste deux guitares, sans vraiment d’ambition et de projet de groupe. On répétait dans un espèce de complexe de locaux de répétition et un gars d’à côté organisait un concert, et il cherchait un groupe pour sa date. On s’est dit OK, on va le faire. On a trouvé un ami batteur et un pote bassiste (qui ont changé entre-temps, le line-up a pas mal bougé au début). Et voilà quoi… On a fait un concert, puis deux, puis trois, puis un EP, puis un album. On a enchaîné les tournées et on ne s’est jamais vraiment arrêté jusqu’à l’arrivée de la pandémie qui a vraiment cassé notre rythme.

En cette période compliquée, internet est un outil majeur pour garder le contact avec le public… et surtout pour promouvoir ce nouvel album. Les livestreams, c’est quelque chose que vous gérez comment ?

On a fait, je pense, deux ou trois livestreams, mais c’est toujours compliqué parce que c’est à des années lumières d’un vrai concert. D’un côté, ça fait du boulot et ça nous permet de faire de la promo mais c’est difficile. Il y a quand même de la tristesse parce qu’on pensait il y a un an que tout irait mieux maintenant. Finalement aujourd’hui, on est toujours dans la merde. Je suis un peu fâché aussi parce que je pense qu’on ne prend pas toujours les bonnes décisions au bon moment. On sent que la culture est reléguée au millième plan. J’ai vu ce weekend ce concert test à Barcelone avec 5 000 personnes. Je me suis dis “Putain, pourquoi on ne fait pas ça chez nous.” Ça fait des mois qu’on pourrait au moins essayer de refaire des évènements, mais non. C’est tout juste si on parle de temps en temps de la culture. Chez nous, on a les fameux Conseil de sécurité, où ils décident des nouvelles règles et des nouveaux règlements mais rien sur la culture. Ils nous donnent vraiment l’impression qu’on est pas du tout essentiel, alors que je pense forcément qu’on l’est. Et je crois que pour la plupart des gens, ce qu’on fait, c’est juste marginal. Ce disque, c’est quasiment deux ans de temps, d’énergie, de cœur. Un album, c’est toujours un gros projet. Ce qu’on voudrait, nous, c’est aller sur la route et le défendre. On est des centaines de milliers dans le cas, on va devoir juste ronger notre frein jusqu’à l’automne. J’espère que d’ici là, ça ira mieux.

Comment s’est passé le retour en studio pour l’enregistrement de Sauvé ?

On a beaucoup tourné en 2019 et c’est justement durant l’une de ces tournées qu’on a croisé Amaury (Sauvé). On est passé pas loin de Laval, on en a profité pour visiter le studio, discuter et le courant est assez vite passé. On avait dans l’idée de l’enregistrer début juillet 2020. On a pu faire une vraie pause avant l’enregistrement, ce qu’on n’avait jamais fait. D’un côté, il y a eu quelque chose de bénéfique finalement avec ce confinement. On s’est quand même beaucoup vu avec Brian (Hayard), le batteur même si on n’avait pas forcément le droit. On a pu pas mal bosser sur l’album, plus que si on avait continué les concerts. Là, on a eu un vrai break. Donc pour réaliser le disque, ça a été une facilité je crois d’avoir cette pause mais bon après cette pause est quand même très longue.

Quel a été le processus de composition pour ces nouveaux morceaux, surtout en plein crise sanitaire ?

J’arrive toujours avec des morceaux plus ou moins finis, je ne sais pas si ça va marcher en groupe mais j’ai toujours une idée assez précise de ce que j’ai envie de faire. Et après c’est le fameux processus de groupe, ce qui est super… on essaye ensemble et tu sens vite si ça va marcher ou pas. Après on fait un tri, on garde les morceaux qu’on pense être les meilleurs et voilà. Et là comme on a du bosser à distance, j’ai encore plus bossé en amont sur mon ordinateur et puis comme on s’est vu beaucoup avec le batteur ça a permis d’avoir des maquettes assez avancées. Dès qu’on pouvait on se voyait à quatre et on a fait le max pour être prêt pour le studio.

Après le producteur américain John Agnello, et votre ingé son Laurent Eyen, vous avez décidé de bosser avec Amaury Sauvé pour votre 3ème album… Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec lui en particulier ?

Pour le premier avec John Agnello, c’était un peu un rêve de gosse de bosser avec un producteur américain. Il est venu en Belgique, on est partis à New York… C’était une super aventure. Laurent (Eyen), c’est notre technicien son, et il l’est toujours d’ailleurs. Il a un chouette studio près de chez nous, donc c’était l’occasion d’aller chez lui et de lui rendre hommage avec le nom de l’album. Et là avec Amaury, c’est une amie qui nous a conseillé de passer le voir. On connaissait le groupe de son frère Birds in Row et on a bien aimé le dernier Bison Bisou sur lequel il a bossé, on était assez fan. L’endroit est super, le gars est très bon et ses productions sont un peu plus dures et un peu plus “rough” que ce qu’on faisait avant, donc ça ne pouvait que coller. Et il a une façon de fonctionner qui nous a plus, c’était chouette. On a vraiment fait une semaine de pré-prod tranquille. On a eu le temps de la faire, ce qu’on n’avait jamais fait avant. On a été à Laval jouer une semaine, plus ou moins. On est rentré chez nous pour rebosser après. C’est un processus un peu plus profond. On est arrivé en juillet relax et confiant, c’était super. C’est un album qui reste très live. Mis à part les voix, tout le reste a été enregistré en live et c’est ce qu’on voulait. On n’est pas le genre de groupe qui recherche une production super léchée. Et au-delà de ça, on avait plus de temps qu’à l’accoutumée, c’était pas mal aussi.

Tous vos albums font référence à vos producteurs, c’est un petit peu votre truc à vous ?

On l’a fait une première fois avec Agnello. Quand on l’a fait une deuxième fois avec Laurent, c’était, entre guillemets, un clin d’œil. Au début, on en rigolait. On se dit c’est super, sa photo (sur l’artwork) était bien, le nom est cool, etc. Et là, avec Sauvé, on en a parlé un soir et on s’est dit, non seulement c’est le fait de mettre en évidence les gens de l’ombre, les petites mains qui font en sorte que l’album existe. Et il y avait ce double sens avec Sauvé, qui était aussi ce nom assez positif dans cette période sombre. Il y a un petit message positif quand même dans l’album, pas trop dans les textes, mais au moins dans le titre. On espère tous retrouver ce monde d’avant et être sauvé, et en finir avec cette parenthèse sanitaire.

En plus de ce petit clin d’œil à Amaury, vous avez aussi mis à l’honneur le chateau de Laval sur l’artwork de l’album, un visuel assez atypique pour un disque noise…

On a passé pas mal de temps à Laval, on y a été trois ou quatre fois. J’y suis retourné pour le mixage aussi par la suite. J’y ai passé beaucoup de semaines pendant la pandémie, au moment où c’était la zone rouge de la France. Et on a passé un super moment dans cette petite ville. On allait souvent boire des coups le soir et peu importe où on se trouvait, on retrouvait toujours ce château au-dessus qui surplombait la ville. Tu ne peux pas le louper. C’est tout petit, mais c’est assez familial et j’y ai trouvé une très bonne vibe, donc on s’est dit pourquoi pas le mettre sur la pochette. En fait, la première idée c’était d’aller se faire tatouer le château. On s’est tous fait tatouer le château quelque part sur notre corps. Et finalement, on a demandé à ce tatoueur là bas de faire une aquarelle du château. On a trouvé ça assez sympa aussi de trancher un peu avec ce côté punk rock avec une pochette plus posée, plus mélancolique, plus triste peut-être.

Avant la sortie de ce nouvel album, vous avez décidé de dévoiler deux titres, Cucaracha et Ghost, un choix évident pour vous ?

Totalement… Dans Cucaracha, il y a ce côté explosif dès le départ, court et une espèce d’explosion qu’on avait envie de sortir. On était tous d’accord pour une fois, c’est assez rare. On avait tous dans l’idée de prendre Cucaracha comme premier single. Et Ghost, c’est aussi un morceau qu’on aime beaucoup, qui était un peu plus lent que les autres, qui est un peu différent de ce qu’on fait d’habitude.

Quand on parle de votre son, le terme “noise” revient assez régulièrement, est-ce que cette étiquette vous plaît ?

Il y a souvent le côté rock années 90 qui revient avec ce côté noise. Le côté rock des années 90, je pense qu’on peut rien y faire parce que c’est vraiment là dedans qu’on a été bercé. A cette époque où tu es une éponge, tu emmagasine tout. C’était tout ces groupes là que j’écoutais. Je serai toujours influencé par ces projets. Le côté noise, je ne sais pas. Pour moi, on est juste un groupe de rock, avec deux guitares, une basse et une batterie. C’est super basique. Mais c’est bien maintenant d’avoir ces étiquettes de plus en plus précises pour savoir à quoi ça ressemble, les influences. Je peux comprendre mais à côté de ça, on n’est pas un simple groupe de rock basique. Punk peut-être, même si pour moi, c’est plus un état d’esprit que de la musique. Puis oui parfois on fait du bruit, donc ouai, “noise” ça me va. A une époque, c’était “rock indie” le terme à la mode… On mettait tout en “indie rock” quand on savait pas comment définir un style. Mais on a quand même croisé pas mal de groupes en France comme Lysistrata, Equipe de Foot, les Psychotics Monks, tout un renouveau de groupe bruyant. Je trouve ça assez sympa, ça fait du bien.

Niveau actu, est-ce que vous avez prévu quelques événements malgré la situation ?

Il y a quelques livestreams qui arrivent en avril / mai (en lien avec des festivals annulés qui proposent cette alternative). Même si je ne suis pas du tout fan de ce système, c’est le seul truc qu’on peut offrir aux gens pour l’instant. C’est pas super excitant mais ça fera un peu de visibilité. Au début du confinement, tout le monde se faisait des streams de son salon ou de sa salle de bain. Je crois qu’on a vite fait le tour. Oui, c’est marrant une fois, mais je pense que les gens en ont vite marre aussi. Mais je ne sais pas très bien ce qu’on peut faire d’autre, à part se montrer sur les réseaux. J’espère aussi que la situation va évoluer avec ce vaccin. Qui sait, peut-être que cet été il y aura des trucs un peu plus petits, il faut garder espoir. Les choses dont on est sûr maintenant, c’est cette tournée espagnole qui sera couplée à une tournée française… On sera sur la route en octobre, novembre et décembre. Ça se remplit bien. Et avant ça, ça sera un peu au petit bonheur la chance, en espérant que tout le monde soit là en automne.

Pour découvrir It It Anita :

it it anita - sauvé