Gastronomie et rock’n’roll avec Alex Kapranos de Franz Ferdinand

Publié le 18 décembre 2015 à 13:17
Mathieu David Par Mathieu David
Rédacteur

franz ferdinandLe chanteur du groupe a sorti un livre de cuisine.

Qui a dit que le régime alimentaire d’un groupe de rock se limitait presque exclusivement à un mélange de drogues et d’alcools ? Alex Kapranos, chanteur et guitariste du groupe de rock écossais Franz Ferdinand, semble pourtant revendiquer le contraire au fil des pages d’un délicieux ouvrage intitulé Franz Ferdinand – La tournée des grands-ducs, aux éditions du Rouergue.

Ce livre gastronomique est d’autant plus atypique qu’il fusionne deux univers à priori antagonistes : la musique et la cuisine. Avec originalité et légèreté, le chanteur raconte l’atmosphère d’une tournée à travers les goûts et odeurs qui l’ont accompagné. Un exercice pour le moins inhabituel pour ce rockeur invétéré, qui s’adresse aussi bien aux papilles aventureuses qu’aux aficionados du groupe.

À l’origine de ce projet, le quotidien britannique The Guardian, qui en mars 2005, propose au chanteur d’écrire de petites chroniques culinaires à chaque étape de la prochaine tournée du groupe. Propulsé sur le devant de la scène en 2004 avec leur single Take Me Out, le groupe Franz Ferdinand a depuis acquis une renommée mondiale avec cinq albums studio à son actif.

En 2005, une grande tournée mondiale précède la sortie de leur second album, You Could Have It So Much Better, classé dans les meilleures ventes d’albums sur le marché du disque britannique. C’est au cours de cette tournée, de New York à Tokyo en passant par l’Océanie, que le chanteur raconte et décrypte ce qu’il trouve dans les assiettes de chaque continent, pays et ville qu’il traverse.

Un ouvrage qui rassemble plus d’une cinquantaine d’anecdotes, pour lesquelles le chanteur a pris soin de répertorier chacune des adresses où il s’est arrêté ainsi que les musiques et rencontres qui leur sont associées : « Faire le tour du monde – avec un groupe de rock – manger des choses bizarres – avec des gens bizarres – écrire la dessus »

Avant de se produire sur les plus grandes scènes au monde, c’est dans la cuisine d’un restaurant de Fort William, en Écosse, que la future rock star délivre ses premières compositions. Tout juste âgé de 18 ans, l’ancien plongeur devient alors aide-cuisinier au côté de Paul Thomson, l’actuel batteur du groupe. Alex Kapranos prendra finalement son service sur scène sept ans plus tard avec le groupe Franz Ferdinand, qu’il monte à Glasgow avec le guitariste Nick McCarthy en 2001.

Si le rythme d’une tournée ne permet pas de rêvasser derrière les fourneaux, c’est au hasard de ses errances nocturnes que le chanteur peut vivre de nouvelles expériences culinaires. Dans une interview accordée au magazine Jésus, l’ancien chef sommelier explique pourquoi, selon lui, la musique et la cuisine sont deux disciplines complémentaires :

« Avoir eu une formation de chef est semblable à l’apprentissage du métier de musicien. En tant que musicien, on peut écouter de la musique et l’apprécier, tout en se demandant : « Quel instrument utilise-t-il ? Comment a-t-il fait ça ? Ah, il est en gamme mineure, c’est une bonne idée, je mettrai ça dans une chanson. Pour la nourriture, c’est pareil, si tu trouves un goût original, tu te dis que tu essayeras de la cuisiner un jour. Bien sûr, ce ne sera pas la même chose, mais tu le réinterpréteras à ta manière. »

Du coup de feu en cuisine ou de l’entrée des musiciens sur scène, Alex Kapranos en ressent l’adrénaline et l’excitation. Une tension salvatrice, qui s’accompagne de moments de communion et de franche camaraderie entre les membres d’une même équipe ou d’un même groupe : « Le but collectif est plus puissant qu’une créativité individuelle. Quand un groupe n’applique pas ça, chaque membre essaie de s’exprimer individuellement, c’est le bordel. »

Dans cet ouvrage, Alex Kapranos nous dévoile les coulisses d’une gigantesque tournée, au sein de laquelle les musiciens vivent à contre-courant. Il y évoque la culture d’un pays à travers sa gastronomie, sa population, ses coutumes, qu’il découvre et expérimente à chaque coin de rue : « En général, quand c’est possible, j’aime m’éloigner de la salle de concert et me perdre dans la ville. Puis je trouve un petit restaurant, et je regarde les gens manger, leurs rituels. Pour moi, c’est un spectacle. »

Street food à Tapei (Taiwan), fugu et oursin cru au Japon, ragoût du Mandchourie, saucisse d’alligator à la Nouvelle Orléans, boudin noir en France, la liste est longue et chaque spécialité évoquée avec la même curiosité et le même appétit. Chaque grande légende du rock a, un moment ou un autre, avoué avoir certains caprices ou péchés gourmands pendant leurs tournées : melon carré pour Axl Rose, sheperd’s pie pour Keith Richards, macaronis au fromage pour Kurt Cobain ou encore un paquet de cup noodles pour les Foo Fighters. Pour Alex Kapranos, d’origine grecque et écossaise, il est impossible de renier les spécialités de ses deux pays d’origine. Rien de mieux, selon lui, qu’un tzatziki grec ou encore un haggis écossais.

Si l’envie de vous évader se fait de plus en plus pressante, si vous êtes un fan inconditionnel de Franz Ferdinand et que, tout comme Alex Kapranos, vous assumez avec fierté votre côté gastro aventurier, ce livre est, sans conteste, celui qu’il vous faut.