Festival La Poule des Champs 2016 : le report de Sacha !

Publié le 12 septembre 2016 à 11:32
Matthias Haghcheno Par Matthias Haghcheno
Rédacteur

poule des champsSacha y était le vendredi. Et Sacha vous raconte tout. Vraiment tout.

Ça fait déjà cinq ans. Cinq ans que j’ai foulé pour la première fois la terre fêtarde d’Auberive ! Ou plutôt cinq ans que je me suis paumé pendant 1 heure pour trouver le festival et ensuite évidemment, après le fameux « virage à gauche, » foulage de joyeusetés ! Il y a cinq ans et 10 kilos (allez, 7, c’est ma dernière offre), j’en avais pris plein la tronche avec Dom Kiris devant Shaka Ponk qui émergeait du monde underground, et Louis Bertignac qui émergeait de sa loge. C’était génial ! Des concerts et un son incroyables, une équipe jeune, utopique, jaune, bref l’équipe dont devrait disposer tous les festivals ! Du coup, en revenant en Champagne, (Saaaaaampagne !), j’avais peur que cela me fasse l’effet d’une amour de vacances, celui qui dure 1 semaine et dont il faut seulement se souvenir parce que quand tu le revois, tu te demandes si tu as été complètement bourré pendant 1 semaine ou si malheureusement, elle s’est pris un train en rentrant chez elle, ce qui arrive plus souvent qu’on ne le croit ! Les gens ne s’éloignent pas de la bordure du quai aussi, ils cherchent !

Du coup, j’ai une petite appréhension. Je suis accueilli dès la gare par Emilie, une bénévole qui me fera dire que l’esprit du festival n’a pas changé, toujours aussi ouvert et sympa ! Et blond, mais ça, ça ne concerne qu’elle !

J’arrive sur les lieux, je suis officiellement à La Poule Des Champs qui fête cette année ses 11 ans, soit un an de plus que YouTube. Oui c’est une info qui ne sert à rien, mais maintenant tu le sais. Sur place, parce que ce sont des gens très attentionnés et qui connaissent les envies des gens de médias, on me propose non pas un programme du festival, non pas une connexion Wi-Fi, mais une bière fraîche et sans mousse. Ça c’est de l’anticipation ! Il est 15h15, il est grand temps de glander et de se promener dans le festival qui, comme c’est le premier jour, est encore en préparation, et j’avoue que j’aime bien ne rien avoir à faire au milieu des gens qui travaillent ; il y a un coté « je bouffe un burger devant The Island ou je joue au bowling à côté d’un manchot, » assez pervers !

Je vais voir les balances d’Hyphen Hyphen qui envoient sévère. Tellement sévère que le son seul de la batterie couvre une masterclass pour enfant qui se tient juste à la sortie du chapiteau dans lequel la fête se passera ce soir. Cette masterclass est donnée par celui que tous les médias présents sur place ont essayé en vain d’avoir en interview : Manu Chao ! Manu est entouré de la moitié de l’école d’Auberive et répond aux questions des gamins passionnés au premier rang, attentifs au deuxième et se comparant les Carapuce au troisième. Je parle bien évidemment de Pokémon Go hein, n’allez pas vous imaginer des choses… Je comprends très bien qu’il ait refusé notre sollicitation tant il est à l’aise avec les enfants et prend du plaisir à répondre aux questions naïves mais hyper pertinentes des enfants. Et puis quand même, est-ce que c’est pas la meilleure sortie scolaire de l’histoire ? « Pfffff, fait chier, j’ai maths avec Mme. Pitoune aujourd’hui… T’as quoi toi ? – J’ai Manu Chao à 15h, vérification des installations à 16h et à 17h, et on termine avec Hyphen Hyphen et Sacha de OÜI FM qui nous montrent comment bien faire des cocktails à base de whisky ! » Ça tue quand même ! Moi, j’ai eu ramassage de feuilles de chêne en forêt et ramassage d’ordures en forêt… Oui, j’habitais près d’une forêt ! C’est pourquoi je ne comprends vraiment pas comment on peut passer sa journée sur son portable quand on a la chance d’avoir une école aussi intelligente dans sa proposition de sortie ! Et de toute façon, à 10 ans, t’as personne à appeler hein, votre enfant n’a pas besoin d’un portable, mais d’amour et d’une PlayStation ! Voilà, l’instant Super  Nanny est passé, revenons à Manu ! Il explique aux enfants qu’il a déjà arrêté la musique mais que durant cette période, sans s’en rendre compte, il avait composé Clandestino et que sans la pression de ses proches, voire le harcèlement, il ne l’aurait jamais sorti. Une petite fille à lunettes roses lui demande s’il a déjà écrit en pensant à une femme, enfin c’était pas vraiment tourné comme ça mais c’était l’idée. Et là Chao devient très intime avec les mômes – je vais reformuler parce que c’est chelou – Chao ouvre son cœur aux mômes (mieux), leur raconte une de ses histoires d’amour les plus marquantes avec Paz, et leur explique comment il a réussi à lui glisser un clin d’œil dans l’une de ses chansons ! Ensuite, Hyphen Hyphen décident de re-tester un morceau, du coup je n’ai plus jamais entendu ce que Manu Chao racontait ! Par contre le son de la caisse claire était bon !

Je repars backstage (ouais le mec se la pète carrément) et je tombe nez à nez – ce qui est quelque chose qui arrive en général plus souvent dans les soirées de Beigbeder – avec Santa, la chanteuse de Hyphen Hyphen. On est très content de se revoir depuis notre partie de foot à Art Sonic qui avait fini par une partie de mur contre la caravane de Lilly Wood And The Prick à qui on a du gâcher leur dégustation de vin blanc bio.

Je m’installe avec elle dans le canapé le plus bas de la terre qui me fait prendre conscience que se gratter le menton avec le genou c’est plus pratique, ça couvre plus de surface que la main et ça évite de s’abimer la peau. Merci les petits trucs de Sacha ! On teste un nouveau cocktail dont je ne dévoilerai pas la recette car on n’a pas encore déposé le brevet mais qui pourrait s’appeler l’Etilhyphen (pourquoi pas ?). En tout cas, ça manquait de citron ! On est vite rejoint par le reste du groupe : Line, la bassiste, Adam le guitariste et Zak le batteur. On discute de tout et de rien, de Paris surtout car ils viennent d’emménager. On regarde Bob, leur régisseur, descendre Jack Daniels à une vitesse boltienne, et on décide soudainement d’aller faire un baby-foot. Je suis avec Santa et on perd de justesse face à Line et Adam ! En même temps, c’est pas notre faute, la tige du milieu manquait de lubrifiant.

Je discute avec Zak de la tournée monumentale qu’ils sont en train de faire. Plus de 100 dates et encore 40 à venir d’ici décembre. Ensuite ils prendront peut-être 15, 20 voire 30 minutes de vacances, et ils s’attaqueront à leur deuxième album qu’on espère aussi réjouissant et festif que le premier. En plus ça me fera un cadeau sans prise de tête et recherches de 9 heures pour la fête des mères. Les concerts commencent enfin ! La Poule Des Champs attaque sa 11ème édition avec Tit’s Nassels. Un duo guitare/tambourin très « chansons à texte » comme peuvent l’être Mr Roux ou les Fatals Picards. Leurs morceaux sont efficaces, drôles et même d’actualité puisqu’ils parlent des deux choses qui préoccupent les français : la politique et la coupe de Pogba ! Ils dialoguent bien avec le public, font des TRÈS bonnes blagues, c’est vraiment éclatant à voir et surtout ça permet de donner le ton du festival : la bonne ambiance !

La Poule des Champs a deux scènes : la chapiteau et la petite scène extérieure placée très astucieusement près de la buvette. Du coup, les 3 100 personnes présentes le vendredi soir s’amassent, voire même s’amoussent pour ceux qui restent au comptoir (on apprécie la blague, merci) devant Julien m’a dit, un auteur compositeur qui dans sa façon de placer sa voie et dans ses lignes mélodiques m’a directement fait penser à Anis, ce qui lui a beaucoup plu quand je le lui ai dit plus tard autour d’une bouteille de champagne. Moins par contre quand je lui ai fait remarquer que putain c’est dingue, il ressemblait comme deux bulles de champ’ a Lorànt Deutsch. Mais la version propre hein, pas l’espèce de clodo intello d’aujourd’hui. Julien m’a dit a sorti un clip très drôle dans lequel il a déguisé sa propre grand-mère de 83 ans en rappeur West Coast. Le titre s’appelle MC Mémé.

Juste le temps de me resservir une bière, enfin un verre de mousse parce que vraiment, mais vraiment, la tireuse c’est pas mon truc, je repars dans la foule voir Hyphen Hyphen. Ca doit faire 89 670 fois que je les vois, et pourtant, la magie opère toujours autant. Si on devait résumer ce groupe en un mot, ça serait « énergie ». Tout le monde parle de cross fit, mais le sport qui te fait perdre le plus de poids et prendre le plus de muscles, c’est le Hyphen Hyphen. 50 minutes de bonds dans tous les sens, de mouvements de bras très bizarres de Santa, de tabassages de MPC clignotantes, de jeux avec le public ; vous l’aurez compris, Hyphen Hyphen a vraiment réussi sa première Poule. Même quand la lumière déconne, ils savent réarranger leur show en vitesse pour faire leur reprise de Wicked Game de Chris Isaak avec juste les portables de la foule pour les éclairer. J’ai chialé putain ! Après un solo de batterie de Zak, les néo-parisiens (oui Ben Arfa les a exigés en signant au PSG) reprennent la scène pour un Just Need Your Love de folie. C’est grandiose, c’est fluo, c’est Hyphen Hyphen.

Outre le fait qu’ils prennent la scène comme Samy Naceri prend des années de prison, je pense que Hyphen Hyphen est le groupe le plus vrai, franc, attachant et sympa du circuit actuel, et ceci contribuera à les amener très loin. Voilà, je voulais juste dire ça. À l’ordre du chèque, c’est Sacha, pas Sasha, voilà c’est pour être sur que ça passe bien.

C’est du coup un public chaud, moite et transpirant qui continue de crier pour faire arriver plus vite la tête d’affiche : Manu Chao ! Son concert commence par 5 minutes de section rythmique avant une arrivée sautillante, son éternelle casquette vissée sur le crâne et sa section cuivre. Enfin, celle de Manu Chao, pas de sa casquette. Alors peut-être que c’est moi, même si après une petite enquête d’investigation façon TMC je me suis rendu compte qu’on était quand même une petite équipe à penser pareil, mais Manu Chao a exécuté un set qui de part sa répétitivité de rythme (reggae, ska, reggae, ska, bruit de police, reggae, ska, reggae, ska, chants de Bar Mitzsvah) et son manque de vraies chansons (malgré quelques paroles connues lancées çà et là) est très vite lassant. Ça me fait penser à la phrase de Michel Blanc dans Viens chez moi j’habite chez une copine : incroyable pendant 15 minutes, et ensuite c’est chiant pendant 1h et quart. Après c’est peut-être moi, car le public (ou du moins les 10 premiers rangs) se sont éclatés pendant les 2 heures qu’a duré le show – une demi-heure de rab’ par rapport à ce qui était prévu, Manu est un mec généreux. Le petit homme du monde est ensuite rapidement revenu dans sa loge dans laquelle se trouve la seule et unique exigence de son rider : un baril rempli d’eau gelée dans laquelle il plonge dès la fin du concert pour se ressourcer et se remettre d’aplomb. Et souffrir aussi parce que putain, ça doit faire mal !

Il est déjà deux heures du mat’, Hyphen Hyphen est parti avec un nouveau membre : une bandoulière autour du bras de Santa qui a glissé en communiant physiquement avec le public. Les bouteilles de champagnes sont presque vides, et mon corps me fait comprendre que je suis en train de rater le foot à cinq aveugles aux Jeux Paralympiques. Malgré une conversation vraiment très intéressante avec James, un super mec qui gère une radio associative (le meilleur moyen pour se former aux métiers de la radio encore aujourd’hui), je m’en vais et quitte la Poule des Champs en espérant ne pas mettre cinq ans pour y revenir.

Arrivé à l’hôtel, j’ai autant de souvenirs de cette journée que de poussière sur mes pompes qui menacent de tuer un asthmatique à chacun de mes pas. J’ai vécu une journée folle et je me suis rendu compte que la France avait de la chance d’avoir ces petits festivals qui complètent avec brio le travail des gros – ou alors c’est le contraire mais le débat de savoir qui comble qui a déjà fait beaucoup trop de polémiques. Au total, 160 bénévoles pour s’occuper de 3 100 festivaliers, 25 musiciens et 25 personnes de presses. Ça fait qu’une personne en a 20 en charge. Un service presque personnel sachant que même les profs n’ont pas la chance d’avoir si peu d’élèves dans leur classe. Sauf les profs d’allemand, mais personne ne fait allemand. Bravo à Jérémie et à son équipe, c’était parfait. Aucun jeu de mot sur la thématique des poules n’a été fait durant ce report. Parce que c’est nul.

Sacha