Cinéma – Scum

Publié le 10 août 2015 à 0:00

Cinéma - ScumSorti en 1979, le film choc d’Alan Clarke sur les maisons de redressement britanniques des années 70 revient sur les écrans en version numérique restaurée. OÜI FM vous offre des places de cinéma pour (re)découvrir, de toute urgence, le film en salles dès le 26 août.

Angleterre, années 1970. Trois jeunes, Carlin, Davis et Angel arrivent dans un borstal, un centre de détention pour mineur. Ils ont peur. Ils ont raison, car ils vont connaître l’enfer. Dans le centre, c’est la loi du plus fort, la loi du plus méchant, le règne de la terreur et de l’humiliation. Pris dans l’engrenage infernal d’un système sans issue, Carlin, Davis et Angel n’ont plus qu’un but : survivre.

Alan Clarke confronte le spectateur à ce que le gouvernement britannique des années 70 considérait comme la « pourriture » (« scum » en anglais) produite par la société. Et que faire des déchets sinon les placer dans un espace sécurisé, là où on est certain qu’ils ne pourront pas contaminer les parties saines du corps social ? La réponse de l’Angleterre de l’époque a été les « borstals », ces centres de détention pour mineurs définitivement fermés en 1982. C’est la réalité effroyablement glaçante de ce remarquable long métrage signé par un cinéaste plus radical encore que Ken Loach et Mike Leigh.

Sans jugement, Clarke adopte un regard d’entomologiste sur l’environnement carcéral dans lequel il confine ses personnages : on assiste, impuissant et indigné, à l’oppression qui enserre les jeunes détenus comme un nœud coulant et à la violence insoutenable qui monte d’un cran à chaque nouvelle humiliation. Le réalisateur fustige un système répressif et déshumanisant qui n’hésite pas à interdire l’accès à la lecture et à bannir la compassion : en témoigne la scène d’une sécheresse abrupte où un jeune homme apprend la mort de sa femme par une simple lettre. Clarke ne s’inscrit pas pour autant dans un cinéma de dénonciation : sa caméra dissèque les comportements humains par sa puissance d’observation et par la radicalité de la mise en scène qui limite au maximum les mouvements d’appareil, refuse les hors champs signifiants et ferme l’espace pour créer un sentiment d’étouffement.

D’une noirceur totale, Scum s’inspire sans doute d’Orange Mécanique, réalisé dix ans plus tôt. Comme chez Kubrick – quoique dans un style naturaliste –, la violence institutionnelle s’exerce avant tout sur ceux-là mêmes qu’elle est censée purger de ses pulsions animales. Carlin, campé par un tout jeune Ray Winstone, souhaite au départ se fondre dans la masse et se faire oublier. Gagné progressivement par la brutalité qui imprègne les lieux, il rendra coup pour coup à ses codétenus et aux surveillants, finissant même par prendre la tête, malgré lui, d’un mouvement insurrectionnel. Refusant les effets de manche et la surenchère dans la représentation de la violence, Clarke capte constamment notre attention et signe des images qui se gravent dans notre rétine, comme ce plan sur un drap peu à peu envahi par le sang qui dissimule l’indicible horreur. Censuré par Margaret Thatcher, Scum garde aujourd’hui une force intacte. À redécouvrir de toute urgence.

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