Avec « Détour », Michel Gondry voit grand avec du petit

Publié le 3 juillet 2017 à 12:38
Matthias Haghcheno Par Matthias Haghcheno
Rédacteur
Détour, le nouveau court-métrage signé Michel Gondry et entièrement tourné à l'iPhone

©D.R. / Source : AlloCiné

Entièrement tourné à l’iPhone, le nouveau court-métrage de Michel Gondry se montrait lors d’une avant-première organisée jeudi 29 juin 2017 à l’Élysée Biarritz, dans le VIIIème arrondissement de Paris.

De prime abord, difficile de ne pas se méfier de la nature de la collaboration entre le géant Apple et le réalisateur français Michel Gondry, bien connu pour ses rêveries cinématographiques mais aussi pour quelques clips marquants de l’histoire du rock, de Daft Punk à The White Stripes. Car c’est bien d’une collaboration dont il s’agit, puisque le défi pour le cinéaste a été de tourner son nouveau court-métrage, baptisé Détour, entièrement à l’iPhone. Et d’emblée, il nous rassure : il a eu carte blanche. À Apple le matériel, à Gondry les idées. De quoi souffler un coup quant aux intentions artistiques de cette campagne marketing, claires et honnêtes, à l’image du résultat au travers duquel il est difficile de ne pas retrouver des manies de réalisation bien reconnaissables…

Tandis qu’une petite fille part en vacances avec sa sœur et ses parents, son fidèle tricycle, mal fixé à l’arrière du van, se détache et semble perdu à tout jamais. C’est sans compter sur la pugnacité de la monture, qui suit sa maîtresse sans faiblir, et sans réchapper à quelques mésaventures…

Accélérations et stop motion (technique consistant à animer une scène à l’aide de plusieurs photos successives), grossissement halluciné des objets : en 11 minutes, Michel Gondry parvient à nous faire pénétrer son univers unique et rêveur, contant une nouvelle fois les thèmes qui lui sont chers (l’innocence de l’enfance, le passage à l’âge adulte) au service d’une mise en scène classique (d’après ses propres codes), mais toujours efficace.

Fervent défenseur du « fait main », Gondry rappelle ce qui (d’après lui) fait appel à la rêverie, stimule si bien l’imagination : le concret. Prenant pour contre-exemple la trilogie du Seigneur des Anneaux, il explique en quoi il est difficile pour lui de percevoir de la magie dans des effets numériques si ostentatoires, cherchant à perpétuellement tout montrer. Une mantra à laquelle il reste ici fidèle, même lorsque le tricycle bouge tout seul – il saluera les marionnettistes responsable du tour de magie !

Suite à la projection en présence du réalisateur, on ne peut s’empêcher de se rappeler que l’art est et doit rester une forme d’honnêteté intellectuelle totale, et ce même lorsqu’il sert d’outil promotionnel à une multi-nationale. Si Apple a fait appel à Michel Gondry, c’est que la firme savait pertinemment que ce dernier allait accoler sa patte si reconnaissable au projet. Et ce ne sont pas son humilité, ni son envie touchante et sincère de faire valoir son travail et de le transmettre au travers de ses tutoriels, qui commenceront à nous faire penser du mal d’une collaboration si réussie.