The Hummingbirds Project tente de « faire sa part » en musique après les attentats

Publié le 13 mars 2017 à 9:00
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

The Hummingbirds Project est né suite aux attentats du 13 novembre 2015. Thibault Guilhem est attaché de presse. Il n’était pas au Bataclan mais y a perdu des amis. Camille Simien et Cédric Rizzo y ont survécu. Ensemble, ils ont créé l’association The Hummingbirds Project. Le but : récolter des dons d’artistes pour une vente aux enchères exceptionnelle à la mairie de Paris le 5 avril prochain. 50% des bénéfices iront à différentes associations de victimes d’attentats, le reste, à un appel à projet qui se veut « citoyen ». Rencontre avec Thibault Guilhem, entre deux rendez-vous pour récupérer des dons.

De gauche à droite : Cédric Rizzo, Thibault Guilhem, Camille Simien

OÜI FM – Thibault Guilhem, merci de nous recevoir. Même si The Hummingbirds Project s’adresse aussi aux victimes des attentats de Nice, le projet est né après les attaques de Paris, principalement celle du Bataclan qui a ébranlé le monde culturel. Peux-tu nous raconter ton Bataclan à toi ?

Thibault Guilhem – Moi, je n’y étais pas, bien que je sois un grand fan des Eagles Of Death Metal. Ce fut un concours de circonstances : je suis attaché de presse et je suis finalement allé voir le groupe Yak au festival des Inrocks. J’ai su ce qu’il se passait à la fin du concert. Je suis sorti pour discuter avec Stéphane Saunier (programmateur historique  de “Nulle Part Ailleurs”, aujourd’hui dans l’Album de la Semaine de Canal Plus ndlr) et… on a pas discuté très longtemps. Il  a reçu un coup de fil d’un de ses collègue qui était au Bataclan. J’ai filé chercher le groupe pour qu’ils rentrent à l’hôtel, et j’y suis resté enfermé toute la nuit.

OÜI FM – Le logo de The Hummingbird Project est un colibri…

Thibault Guilhem – Oui, c’est en lien avec une légende amer-indienne dont la morale est « chacun peut faire sa part ». Dans la légende, un feu de forêt se déclare en Amazonie et un colibri va chercher de l’eau au fleuve pour tenter de l’éteindre. Les autres se moquent mais lui, répond : « Au moins je fais ma part ». C’est un peu ce qu’on s’est dit en créant The Hummingbirds Project. Nous n’avons jamais eu l’intention de pouvoir aider à 100% toutes les victimes mais on s’est dit qu’en essayant de mobiliser la communauté artistique, on pourrait au moins les aider financièrement.

 

OÜI FM – Comment avez-vous fait le choix des associations auxquelles venir en aide ? 

Thibault Guilhem – Nous aidons deux types d’associations. La Fenvac et l’AFVT sont, elles, des fédérations d’associations. Elles aident les victimes à se constituer, justement, en associations. Nous en avons trois de victimes : 13onze15, Life for Paris et Promenade des Anges.

OÜI FM – Cette dernière que la Fenvac vous a directement conseillé…

Thibault Guilhem – Oui. Selon eux, beaucoup d’associations de victimes à la suite des attentats de Nice ont été mises en place par des partis politiques d’extrême droite. Or, nous ne voulons absolument pas être politisés. Aujourd’hui, Promenade des Anges est quasiment la seule à venir en aide aux victimes, et à lutter pour une meilleure sécurité. D’autant qu’à Nice, comptabiliser les victimes a été une tâche assez ardue : au Bataclan, chacun avait sa place – même si certains ont essayé de faire croire qu’ils y étaient – mais il y avait 15 000 personnes sur la promenade des Anglais ce soir-là. Certaines victimes ne se sont pas déclarées, d’autres oui, mais elles ne l’étaient pas.

L’un des lots : Patti Smith au Père Lachaise en 1976 dans l’objectif de Claude Gassian

OÜI FM – Venons-en à votre vente aux enchères. Peux-tu déjà nous dire comment tu as contacté tous ces artistes ? A savoir, nous pourrons acheter des dons de Kasabian, Texas, Archive, Metallica, Shaka Ponk, et j’en passe… 

Thibault Guilhem – Tout a commencé, déjà, par mon propre carnet d’adresse. Puis, Jean-Patrick Laurent (directeur de la Musique à OÜI FM ndlr) nous a filé un sacré coup de main. Un immense merci à lui. Les associations aussi ont contribué à tout cela. Certain artistes sont mêmes venus d’eux-mêmes.

OÜI FM – C’est même toi qui est allé directement chez Indochine… 

Une amie m’a mis en contact avec leur attaché de presse. Elle m’a donné une heure et un lieu de rendez-vous. J’arrive et… je trouve ça bizarre. Ça ressemble étrangement à un appartement. Je toque, et là.. Nicolas Sirkis m’ouvre la porte. Il me dit : « Bonjour Thibault, ravi de te rencontrer, tu veux un café ? ». C’était dingue. Tout le groupe était là en train d’enregistrer leur album au sous-sol. Ils se sont arrêtés une heure et demi pour discuter avec nous et nous parler de leur don : une guitare électro-acoustique qu’ils ont utilisé sur leurs trois dernières tournées.

OÜI FM – Pour récupérer le lot de Metallica, ça a dû être folklo aussi…

Thibault Guilhem – En réalité, jusqu’à 16h le jour même, on ne savait pas si on allait les rencontrer, ni même avoir de lot. Et là, j’ai un coup de fil d’un copain qui bosse pour l’émission Le Grand Journal : « Mec, il faut que tu sois sur le plateau dans trente minutes. Metallica va te remettre le don en direct ». Le plus impressionnant n’était pas le plateau.. c’était les quatre gars de Metallica que j’avais devant moi !

L'un de nos plus beaux dons à ce jour, offert par les grands messieurs de Metallica au Le Grand Journal.Merci encore à eux ! ————To date, certainely one of our more precious gifts. Given by the gentlemen of #Metallica at #LeGrandJournal.Huge thanks to them !

Publié par The Hummingbirds Project sur jeudi 12 janvier 2017

OÜI FM – Vous avez eu aussi un don des Eagles Of Death Metal dont le leader Jesse Hughes, est très peu apprécié en France depuis ses propos controversés. Avez-vous hésité à les faire participer au projet ?

Thibault Guilhem – On y a beaucoup réfléchi. Surtout, on en a parlé avec les différentes associations de victimes. C’était important d’avoir leur bénédiction. Leurs propos ont été unanimes : les Eagles of Death Metal sont aussi des victimes. On s’est dit : « De toutes façons, ce don, ce sera de l’argent en plus ». Nous ne sommes pas là pour politiser l’affaire, juste pour venir en aide aux victimes.

OÜI FM – Une fois la vente aux enchères passée, qu’avez vous prévu pour continuer « à faire votre part » ? 

Thibault Guilhem – Déjà.. on va compter l’argent qu’on aura eu ! (rires). Nous aurons un immense travail administratif. On veut être complètement transparents sur l’argent récolté. Ensuite, 50% des bénéfices ira aux associations, le reste pour l’appel à projet. On pourra commencer à se pencher dessus.

OÜI FM – Et votre idée, c’est de vous attaquer aux « causes » de ce qui nous est arrivé… 

Thibault Guilhem – Nous considérons que ce qui nous arrive, les attentats, c’est un problème global en France. Il ne faut pas oublier que les terroristes sont des jeunes qui, à un moment dans leur vie, sont complètement partis en vrille. Ils ont pensé que le djihadisme était une solution à leurs problèmes. Et le problème de fond est là : beaucoup de jeunes ont perdu l’espoir. Quelque chose a déclenché tout ça… Donc notre idée, c’est de partir la-dessus. Voir comment l’on peut empêcher les jeunes de se radicaliser : leur montrer qu’il y a d’autres choses dans la vie. On essayera de faire en sorte que les projets soient basés sur le civisme, la solidarité, la citoyenneté, le vivre-ensemble.. Financer des projets qui aident à retisser les liens entre les gens pour peut-être, un jour, réussir à empêcher que certains jeunes se radicalisent.

La vente aux enchères de The Hummingbirds Project aura lieu le 5 avril 2017 dans la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville de Paris, et dès le 6 avril sur Ebay. 

Propos recueillis par Angèle Chatelier