Quentin et Carène nous parlent d’Elise, un algorithme de big data musical

Publié le 28 janvier 2016 à 17:47

OÜI FM a rencontré le créateur de Elise, un algorithme de big data musical.

Quentin Lechemia est un petit génie de l’industrie musicale. À même pas 30 ans, il est à l’origine de la plate-forme My Band Market, du webzine My Band News et de l’algorithme Elise.

Elise est un algorithme qui récupère des millions de données chaque jour, les analyse et détermine une « cotation » pour chaque artiste. En tant qu’algorithme de « big data musical », elle est capable d’analyser des informations sur des groupes, des futurs « cartons » et sur les utilisateurs qui en profitent. Comment ? Elise traque plus de 200 000 médias, les réseaux sociaux et toutes les plates-formes de streaming. Interview :

MyBandMarket-Elise-Dashboard

OÜI FM : Comment est née Elise ? C’était un besoin selon vous pour le milieu musical ?

Quentin : En créant Elise en 2011, je voulais initialement créer une valeur monétaire à chaque artiste en fonction de sa popularité en ligne.

Je suis moi-même artiste. Lorsque je faisais des tournées, j’ai remarqué que la plupart des artistes émergents ou amateurs ne savaient pas ce qu’ils valaient financièrement. Je m’étais dit à l’époque : « C’est dingue qu’aucun marché ne régule la musique ! » Pour moi, ça aiderait à contrôler le financement des artistes émergents, mais aussi ceux à gros cachets. Au fur et à mesure, ça a évolué et c’est devenu un scoring (technique de hiérarchisation des données, ndlr) avec des données plus poussées.

Carène (Business Developer) : Le but d’Elise c’est d’abord de commencer par notre passion, la musique, mais pouvoir ensuite développer l’algorithme dans les industries.

OÜI FM : Et justement, vous avez envie d’aller au-delà de la musique ? 

Carène : Complètement. On peut imaginer qu’après la musique, on s’attaque à l’univers du cinéma . Là on pourra se dire que Georges Clooney vaut « 90/100 », par exemple.

Quentin : Elise travaille aussi sur la « popularité » et la « familiarité ». Queen par exemple aura une grosse cotation « familiarité » mais assez peu en « popularité » puisqu’ils n’ont pas d’actualité musicale.

On connait aussi la typologie de chaque artiste qu’on étudie. Par exemple, Daft Punk, nous savons  qu’ils ont un public qui a entre 23 et 25 ans, plutôt masculin… On sait même les émotions que génèrent ses fans quand ils parlent de Daft Punk.

MBM-Bureau

OÜI FM : On parle souvent de l’art, de la musique, de la beauté… Certains disent que l’histoire de la musique populaire a longtemps été débattue par des philosophes, des sociologues et surtout, des journalistes et des stars de la pop. Des théories très subjectives, donc. Penses-tu qu’Elise a valeur de réalité scientifique ?

Quentin : Nous sommes surtout une indication de « bruit ». Est-ce que cet artiste fait du bruit ? On se demande si ça vaut le coup qu’on le regarde en ce moment.

OÜI FM : Est-ce dangereux de réduire la musique à des chiffres et des statistiques ? 

Quentin : Ce que génère l’homme est toujours au centre. La musique reste humaine, les sentiments restent humains. Nous, nous sommes là pour les aider à investir sur les bons festivals, les bons artistes et surtout, créer des histoires avec des artistes émergents. Car aujourd’hui, la plupart des labels et des marques investissent massivement dans les festivals de musique. Mais ils ne savent pas où va cet argent et à quoi il sert. On est plutôt là pour écrire des histoires. 

Propos recueillis par Angèle Chatelier