Que proposent Emmanuel Macron et Marine Le Pen pour la culture ?

Publié le 24 avril 2017 à 17:37
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont sortis vainqueur du premier tour de l’élection présidentielle 2017. Mais que proposent-ils pour la culture ?

Photo AFP

Au terme d’une campagne longue, fastidieuse, pleine de rebondissements, c’est finalement Emmanuel Macron et Marine Le Pen qui sont ressortis grand gagnants du premier tour de l’élection présidentielle 2017. Le candidat En Marche ! arrive en tête avec 23,86% des suffrages devant Marine Le Pen à 21,43%. Tour d’horizon de leur programme en matière de culture.

EMMANUEL MACRON

  • La création d’un « pass culture »

Invité sur France Culture en janvier 2017, Emmanuel Macron décrivait la culture comme étant « au cœur » de son projet, qui est « un projet d’émancipation ». Et pour cela, Le candidat En marche ! a une mesure phare. La création d’un « pass culture » d’une valeur de 500 euros pour chaque jeune Français, à 18 ans, une seule fois. Cet argent permettra d’« acheter des livresaccéder à des contenus culturels », le tout « sur une plateforme qui sera gérée par le ministère ». En décembre dernier, le président italien Matteo Renzi avait mis en place un bon similaire, « 18app ». « Ça marche formidablement » juge de son côté Emmanuel Macron, qui ne cache pas s’en être inspiré.

Cet argent sera financé par l’État « pour une partie très minoritaire » a déclaré le candidat, qui veut que ces pass soient surtout payés par les diffuseurs et les GAFA (Google, Facebook, Amazon, Apple), qui n’ont pas encore réagi officiellement à cette proposition.

  • Une politique d’accès à la culture

Emmanuel Macron se veut être le président qui rendra l’éducation artistique accessible à « 100% des enfants ». Dans un meeting à Paris le 10 décembre 2016, il s’expliquait à ce sujet : « Aujourd’hui il y a une minorité d’élèves qui ont accès à la culture, c’est-à-dire à la création artistique, que ce soit la musique, le théâtre, etc. à l’école. Je souhaite que 100 % des enfants aient accès à l’éducation artistique par des appels à projets qui seront financés par les villes et l’État, et pour ce faire, remettre des associations, des groupes, les conservatoires, des clubs de théâtre, dans l’école. »

Pour accéder à la culture, Macron entend aussi vouloir « ouvrir les bibliothèques le soir et le dimanche » – en particulier les bibliothèques municipales et universitaires. Car le candidat est clair dans Culturebox : « Le numérique est certes une voie rapide vers une offre culturelle plurielle, insoupçonnée mais, et c’est fondamental, il ne remplace pas l’expérience physique des œuvres. »

  • Une politique européenne de la culture

L’Europe doit être au cœur du projet culturel, pour Macron. En faire « un enjeu prioritaire de refondation de l’Europe ». Ses idées : « lancer un Erasmus des professionnels de la culture », pour « favoriser la circulation des artistes, des commissaires d’exposition et des conservateurs ». Sur le modèle de la géante plate-forme Netflix, Emmanuel Macron souhaiterait la création d’un « Netflix européen » où l’on retrouverait « le meilleur du cinéma et des séries européennes ». À terme, il voudrait également généraliser le Pass Culture au niveau européen.

  • Une politique européenne du numérique

« Le numérique, s’il offre d’inépuisables possibilités d’accéder aux œuvres, fragilise l’édifice patiemment construit pour soutenir la création artistique et culturelle », c’est donc, selon Emmanuel Macron, « ce modèle qu’il faut repenser et refonder ». Le rôle des GAFA est « profondément structurant », mais ils « décident de tout » déplore-t-il. Pour palier à cela, le candidat propose une vraie politique européenne, « un vrai marché unique du numérique et de la culture », jugeant qu’il est « indispensable d’avoir une vraie politique européenne pour encadrer, réguler ces acteurs ».

MARINE LE PEN

  • Inscrire dans la Constitution « la défense et la promotion » du patrimoine historique et culturel français

Dans un entretien au Monde paru en février 2017, Marine Le Pen a évoqué son souhait d’un référendum autour d’une « réforme constitutionnelle ». Elle voudrait le mettre en place en juin, directement après les législatives. Parmi ses propositions figure celle d’inscrire dans la Constitution la défense et la promotion du patrimoine historique et culturel. Un plan contre la « dilapidation des trésors nationaux » comme elle le déclarait dans un discours en novembre 2016. « Défendre, entretenir et promouvoir l’immense patrimoine de la France, sur le territoire national comme à l’étranger, et que le monde entier nous envie ! » scandait-elle. Ajoutant : « Ces palais, châteaux, hôtels particuliers, demeures de prestige, qui abritent nos ambassades, nos centres culturels, nos écoles nationales, et qui sont le témoignage de notre histoire hors du commun, forment le patrimoine de tous les Français. » Sa proposition : cesser de « brader à des puissances étrangères » les monuments.

Une préservation du patrimoine d’un intérêt économique pour la candidate du Front National. « Le patrimoine permet d’attirer les touristes », assène-t-elle à Culturebox, ajoutant « qu’il est devenu une ressource importante, voire essentielle, pour faire vivre des zones éloignées des grands centres ». 

À cet effet, Marine Le Pen entend augmenter le budget de la culture en intégralité, et de 25% à la préservation du patrimoine.

  • La culture de la langue française

« Si la francophonie est aujourd’hui en échec, c’est parce que son cœur, la France, a baissé les bras dans la défense de sa culture. Et la culture, c’est avant tout la langue. »  déclarait-elle, toujours dans son discours de novembre 2016.

Pour la rendre prioritaire, Marine Le Pen entend revoir et durcir la loi Toubon (protéger le patrimoine linguistique français) créée en 1994 sous l’égide de Jacques Toubon, ministre de la Culture de l’époque.

  • La création d’un grand plan national de création de filières des métiers d’art

Notamment contre Emmanuel Macron, l’idée d’un « pass culturel pour tous » n’enchante pas Marine Le Pen. Selon elle, « ils ne servent à rien car on sait que la gratuité ne suffit pas pour attirer un nouveau public » a-t-elle dit, toujours dans Culturebox. La candidate souhaite donc lancer un « grand plan national de création de filières (lycées, universités) des métiers d’art, comme le stipule son programme. Le tout en implantant un réseau de pépinières d’artistes sur tout le territoire. Enfin, l’une de ses priorités à l’école est de « restaurer une véritable éducation musicale généraliste dans les établissements scolaires ».

  • Développer le « mécénat populaire » par la création d’une plate-forme numérique dédiée

Aux bouleversements numériques que connaît le monde depuis plusieurs années, Marine Le Pen souhaite créer un secrétariat d’État dédié aux mutations économiques. Celui-ci serait rattaché au ministère de Finances pour « anticiper les évolutions des formes de travail liées aux nouvelles technologies ». À cette effet, la candidate FN entend créer une plate-forme numérique pour développer le « mécénat populaire ».