[Nouvelle Scène] « Le terme ‘indépendant’ ne veut pas dire grand chose » pour Vivien Gouery du label Yotanka

Publié le 14 mars 2017 à 14:10
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

La musique émoustille, captive, se consomme et assomme, parfois. Elle est complexe. En perpétuelle mutation et pas toujours facile à suivre. Tous les mois, OÜI FM propose de mettre en lumière un travailleur indépendant. Un artisan de la musique. Celui ou celle qui se cache derrière les artistes, les disques et certains labels. Ils sont producteurs, tourneurs, managers, attachés de presse ou chefs de projet. Parfois tout à la fois. Ils sont les Productions Indépendantes.

Ce mois-ci, nous rencontrons Vivien Gouery qui gère le label indépendant Yotanka. « Indépendant », un terme qui ne lui parle pas vraiment.

Clarisse Arnou et Vivien Gouery de Yotanka

« Depuis une dizaine d’années, on nous explique que l’industrie musicale est en crise et que les labels ne peuvent plus sortir de disques dans de bonnes conditions ». Le ton est donné quand on s’intéresse à Yotanka. Pourtant, sur leur communiqué de presse, le label est clair : ils ne se sont jamais aussi bien porté. Vivien Gouery le co-dirige avec Clarisse Arnou depuis cinq ans, directement de sa ville natale d’Angers. « Avant, j’étais musicien, mais je me suis rendu compte que je n’étais pas bon » plaisante-t-il. Aujourd’hui, ils revêtissent chaque jour les casquettes d’éditeurs, de producteurs et de managers. Des métiers que Vivien, lui, a appris sur le tas.

Le label Yotanka fonctionne au coup de cœur, aussi « parce que c’était comme ça avant de le reprendre » raconte Vivien – qui a repris le flambeau avec une de ses amies. Puis, des coups de cœurs musicaux, le label en signe un paquet : Ropoporose (un mélange entre Arcade Fire et Mogwai souligne les Inrocks), Zenzile (groupe de dub qui évolue de plus en plus vers le rock) ou Octave Noire (pop-électro aérienne) pour ne citer qu’eux. Des groupes « qui ne se posent pas de questions » et qui font « du bien dans le paysage musical français d’aujourd’hui ». Mais Vivien est clair : le disque est leur activité principale, mais elle est également celle où il est difficile de survivre. Yotanka eux, on fait le choix de ne pas être qu’une structure label. À titre d’exemple, Vivien gère aussi la partie management de Zenzile. Toute une affaire.

Le terme « indépendant » ne veut pas dire grand chose

L’homme aux multiples casquettes n’aime pas le mot « indépendant ». Un terme qui, selon lui, ne veut pas dire grand chose. « Nous sommes tous dépendants des magasins ou des plateformes de streaming » souligne-t-il. « Etre indépendant signifie ne pas appartenir à une major, mais nous sommes dépendants de l’économie de la musique ». Car si le label fonctionne au coup de cœur, c’est aussi ce qui peut leur faire perdre de l’argent : « On arrive à une période critique, c’est vrai » avoue-t-il. Sans pour autant se laisser influencer par leurs finances : « Nous sommes en train d’essayer de nouveaux modèles ». Par-là, Vivien Gouery entend signer des groupes « traditionnels » – dans des réseaux de distributions normaux – et d’autres, qui tournent plus, ou qui font de la promotion autrement. Morale : au lieu de penser économie et finances, pensez nouveaux modèles. Et Vivien n’est pas avare de conseils : pour un groupe qui débute, il conseille avant tout la sincérité. De bons titres. « Il faut aussi savoir que les plateformes digitales ont un poids énorme, mais il faut aussi s’intéresser aux médias traditionnels » ajoute-t-il. Le mot d’ordre : de la créativité… et de bonnes rencontres.

Le label Yotanka propose deux cartes blanches prochainement :

  • Le 24 mars à l’Antipode (Rennes) avec Robert Le Magnifique, Dan San et Zenzile
  • Le 7 avril à l’Atelier 210 (Bruxelles) avec Mesparrow et Ropoporose

Propos recueillis par Angèle Chatelier