[Nouvelle Scène] Last Train : « Il faut de la débrouille, de la démerde et les mains dans le cambouis »

Publié le 14 février 2017 à 15:31
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

La musique émoustille, captive, se consomme et assomme, parfois. Elle est complexe. En perpétuelle mutation et pas toujours facile à suivre. Tous les mois, OÜI FM propose de mettre en lumière un travailleur indépendant. Un artisan de la musique. Celui ou celle qui se cache derrière les artistes, les disques et certains labels. Ils sont producteurs, tourneurs, managers, attachés de presse ou chefs de projet. Parfois tout à la fois. Ils sont les Productions Indépendantes.

Alors que le groupe de rock Last Train va sortir son premier album le 7 avril 2017, Jean-Noël Scherrer, le chanteur et guitariste, nous a parlé de leur maison de disque et leur agence de booking : Cold Fame. Selon lui, pour qu’un groupe marche, il est primordial qu’il ait une vision globale des métiers de la musique. Rencontre.

Jean-Noël Scherrer ©Josselin Lhopitalier

La « démerde », maître-mot de Jean-Noël Scherrer. En 2014, lui et son groupe, les prodigieux Last Train, créaient Cold Fame Records (maison de disque) et Cold Fame Booking (gestionnaire de tournées). La vingtaine à peine, ils ont déjà bien mis « les mains dans le camboui » plaisante-t-il. Peu de temps après leurs études – avec déjà plusieurs lives à leur actif avec Last Train, le groupe a un coup de cœur pour la pop rock mélancolique d’Holy Two et veulent les suivre. Tandis que les quatre garçons mettent un point d’honneur à faire jouer un groupe local à chacun de leurs passages, c’est à Lyon qu’ils succombent au charme du duo suscité. Pour Holy Two, ils décident de créer en premier lieu l’association Cold Fame Records, qui s’est aujourd’hui transformée en société. À partir de là, tout est une question de rôle et de métier. Et les connaître quand on est artiste, c’est indispensable pour Jean-Noël : « Je trouve ça important que les artistes aient le nez dans la paperasse pour qu’ils aient conscience de tous les enjeux. » Si quatre personnes gèrent à plein temps les deux entreprises Cold Fame, beaucoup d’autres acteurs sont impliqués – que ce soit pour les photos, les demandes de subventions, la communication, et même les musiciens. Grâce à eux, et au talent des deux jeunes Lyonnais, Holy Two explose aujourd’hui avec l’opus A Lover’s Complaint.

Dans Cold Fame Records et Cold Fame Booking, Jean-Noël « n’existe pas. » À la différence de l’autoproduction – qui consiste à ce qu’un artiste se gère seul, il n’a pas le droit de faire parti de Last Train (en tant qu’artiste donc), et d’être producteur dans Cold Fame Records. Un employeur ne peut être son propre employé. De fait, il délègue. Et apprendre à faire confiance : « Moi qui passe toutes mes journées au bureau et qui m’occupe de la gestion de ces deux entreprises, je ne suis pas dans les papiers, pas dans le bureau, je n’existe pas. » Jean-Noël, lui, se rémunère grâce à Last Train. Mais sa double-casquette sert aussi ses artistes, et « apporte un regard un peu plus frais, » de la compréhension : « Je ne pense pas qu’on les protège plus que d’autres, mais on est sûrement plus sensibles à leurs doléances car on les a vécues.«  

Si en France, la devise est « Liberté, Égalité, Fraternité », chez Cold Fame c’est « la famille » –une tribu qui continue à se faire des raclettes malgré leur dynamique professionnelle… et les galères financières.

« Je passe mes journées à chercher des sous« 

Le nerf de la guerre : le financement. Dans l’émission spéciale BPI – Le Bureau des Productions Indépendantes, Jean-Noël évoquait déjà leur van. C’est le premier investissement qu’il a fait avec, et pour Last Train. Sinon, leur argent venait avec les jobs en fast-food de chacun. Aujourd’hui, il confie que la recherche d’argent en tant que producteur est la même qu’en tant qu’artiste : une galère monstre, mais une nécessité. Tout paraît « insurmontable« . Mais Jean-Noël est fidèle à son optimisme général : il y a plein de choses qui bougent. Il faut se renseigner constamment sur les subventions publiques, les subventions privées (Adami, SPPF, CNV…), et il insiste : le plus important… « c’est la démerde. » Il faut se retrousser les manches, déclare-t-il : « L’artiste a beau être le plus talentueux du monde, s’il ne s’intéresse à la musique qu’au sens créatif, il ne pourra pas le diffuser.«  Puis, avec le recul, pour lui et les membres de Last Train, se mettre « le nez dans la merde, » c’est ce qui les maintient un peu sur Terre.

Propos recueillis par Angèle Chatelier