[Nouvelle Scène] « Dès qu’un album sort, on passe à autre chose quinze jours après »

Publié le 18 mai 2017 à 15:27
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

La musique émoustille, captive, se consomme et assomme, parfois. Elle est complexe. En perpétuelle mutation et pas toujours facile à suivre. Tous les mois, OÜI FM propose de mettre en lumière un travailleur indépendant. Un artisan de la musique. Celui ou celle qui se cache derrière les artistes, les disques et certains labels. Ils sont producteurs, tourneurs, managers, attachés de presse ou chefs de projet. Parfois tout à la fois. Ils sont les Productions Indépendantes.

Olivier (à gauche) et Stéphane (à droite) Laick

Le label indépendant AT(h)OME est né il y a quinze ans. Pile au début de la crise du disque, à l’arrivée du numérique. S’ils ont aujourd’hui réussi à s’y faire, il leur reste une difficulté : perdurer lorsque les « artistes qui marchent » focalisent « l’attention de tout le monde ».

Le label AT(h)OME est né en même temps qu’Aqme. Le groupe de metal, interprètes de tubes comme Si n’existes pas ou Pornographie sortaient alors chez eux leur tout premier opus. Nous étions en 2002, à l’arrivée du mp3 et du Peer to Peer. « Ça a été le début d’une période pendant laquelle le public décidait que la musique n’était pas payante » confie Stéphane Laick, créateur du label avec son frère, Olivier. Le label a donc été obligé d’évoluer et de se construire en même temps que cette crise. Aujourd’hui, ils le soulignent, ils sont à l’aise avec le numérique, le marché digital, et celui du streaming. Leurs deux principales difficultés : rentabiliser leurs artistes et réussir à focaliser l’attention sur eux.

  • « Notre combat ? Défendre nos artistes »

Sur son site, le label AT(h)OME se définit comme une structure « combative et engagée ». Leur combat quotidien : défendre leurs artistes…. sur le long terme. Ce qui est très compliqué, selon Stéphane et Olivier. Le pire : réussir à avoir « une grosse exposition radio sur des artistes en développement ». Aujourd’hui, ils l’avouent, le marché s’est « considérablement durci ». Tout va plus vite :

Dans la tête de nos distributeurs ou des magasins, une fois qu’un album sort, il tient dix ou quinze jours dans la tête des gens et hop, on passe à autre chose.

Leur engagement et leur combativité donc, se situe là où ils doivent faire tenir leurs artistes dans les médias et auprès du public plus de deux ou trois mois. « Les artistes qui marchent focalisent l’attention de tout le monde » souligne Stéphane. Les Victorisés, les productions plus commerciales ou les tubes d’un jour se retrouvent toujours en meilleures places que certains groupes en développement.

Mais le label veut rester indépendant. Chez AT(h)OME, tout marche à l’envie : « La différence entre une major et un label comme le nôtre, confie Stéphane, ce sont les choix concernant nos artistes. Ils sont pleinement assumés, c’est juste de l’envie ». Ils le revendiquent, ils ne dépendant pas d’actionnaires qui leur demanderait « de la rentabilité sur tel ou tel projet ». Puis, mieux encore : leur indépendance tient aussi dans le metal. Ce genre de musique si peu représenté. Aujourd’hui, le label AT(h)OME est fier de représenter des artistes de metal pointus.

  • Le metal qui colle à la peau

D’ailleurs, le label a souvent été vu comme un label de metal. En même temps, force est de constater que leur catalogue possède des artistes emblématiques : Tagada Jones, Lofofora, Aqme… Mais Stéphane le défend, AT(h)OME est un label de rock au sens large. Mieux, un label rock « ouvert » comme ils se décrivent sur leur site. « Ma plus grande joie serait que quelqu’un rentre dans l’univers du label avec Kaolin, et reparte avec un album de Lofofora ou inversement » souligne-t-il.

Aujourd’hui, le label a fait le choix de s’installer dans un immense immeuble presque introuvable à Pantin, loin du tumulte parisien, prêt à dégainer les plus beaux projets. Il est aussi le fondateur et porteur de la charte « Producteur 100% indépendant ». L’ambition, promouvoir le travail des artisans, des producteurs, des acteurs indépendants. Et surtout : « la diversité musicale qu’ils incarnent ».