Mumford & Sons au Zénith (Paris) : le report

Publié le 24 mai 2016 à 17:50
Aurélie Duhamel Par Aurélie Duhamel
Contributrice

mumford-and-sons-paris-zenithPorté par le succès de leur troisième album Wilder Mind, sorti au printemps 2015, le quatuor londonien, alors en pleine tournée européenne, marquait un arrêt au Zénith de Paris ce dimanche 22 mai 2016. Une fois de plus, Mumford & Sons a confirmé sa réputation de solide performeurs. Retour sur un concert hors-du-temps.

21h. Mumford & Sons arrivent d’un pas conquérant sur la scène du Zénith de Paris, sous la chaleur des applaudissements d’un public franco-britannique. Peu importe de quel côté de la scène on se situe, la masse englobante dans laquelle nous nous trouvons semble déjà prête à en découdre et ne montrera aucun signe de faiblesse jusqu’à la fin du concert. Marcus Mumford et ses acolytes Ben Lovett, Winston Marshall et Ted Dwane rayonnent d’entrée de jeu et donnent immédiatement le ton dès les premières notes de Snake Eyes et Wilder Mind, titre éponyme du dernier album du groupe. Des morceaux pop rock parfaitement calibrés, auxquels s’ajoute la douceur mélancolique des textes emmenée par la voix rocailleuse de Marcus Mumford. Les plus fébriles d’entre nous emboîtent rapidement le pas sur le refrain d’Awake My Soul, la puissance des chœurs et de l’assistance se confondent… la symbiose est parfaite.

Mumford & Sons sortent alors l’artillerie lourde (et le banjo !) en attaquant le plat de résistance avec Babel (2012), leur second album multi-récompensé dont on aurait de cesse de vanter les mérites. Habitée par la folk, la country et le rock, la musique traditionnelle chère à Mumford & Sons prend alors toute sa mesure et son ampleur. Les morceaux au tempo volontairement plus lent et apaisé accélèrent progressivement le rythme, la voix limpide et enveloppante de Marcus Mumford monte crescendo jusqu’à délivrer une véritable démonstration de force sur l’aventureux Bellow My Feet ou encore Lover of the Light. Les instruments, quant à eux, s’entremêlent en un chaos parfaitement maîtrisé, une fois de plus confirmé avec Broken Crown, qui forcent certains à reprendre leur souffle.

Marcus Mumford profite d’une accalmie de courte durée pour adresser un message à son public parisien : « I love Paris, I fucking love your country », s’est exprimé le chanteur qui goûtait les joies du vélib dans la capitale pas plus tard que la veille. À en juger par l’atmosphère chaleureuse et festive de la soirée, la réaction du public n’a fait que confirmer chez lui un sentiment déjà bien installé. Place à l’acoustique avec Ghosts That We Knew, troisième morceau du concert extrait de Sigh No More, le premier album du groupe sorti en 2009. En début de concert, Awake My Soul puis Little Lion Man avaient déjà enflammé l’assistance.

22h. « We’d like to introduce you a friend. » Le concert est déjà bien entamé depuis une heure que le Zénith s’apprête à vivre ce qui restera sans doute l’un des plus beaux moments de ce concert. À peine le temps de se remettre de ses émotions que le banjoïste, bassiste et guitariste Winston Marshall, magistral ce soir au même titre que ses camarades, annonce la venue exceptionnelle de Baaba Maal, icône de la world music. Admiratifs de l’artiste, les décapants Mumford & Sons se reculent alors de quelques mètres pour lui laisser le devant de la scène. Le chanteur brille d’un premier morceau chanté en français, Si tu veux, puis d’un second There Will Be Time, enregistré par le groupe avec le chanteur lors de leur récente tournée en Afrique du sud. Il n’aura pas fallu longtemps pour que le public n’adhère à cette nouvelle proposition, à cette rencontre atypique entre deux univers a priori antagonistes. Un troisième titre, Wona, sera interprété un peu plus tard dans la soirée. La surprise est de taille, le résultat original et saisissant.

C’est alors que retentit le single phare du nouvel album. Avec Ditmas, le public du Zénith se transforme en une horde frénétique, décomplexée et transpirante. Les morceaux s’enchaînent avec la même hargne et la même intensité. Ça chante, ça crie, ça danse, aussi bien en fosse (où Marcus Mumford tente un petit bain de foule) que dans les gradins. La tendance se poursuit avec l’épique Dust Bowl Dance, sublimé par un mur de lumière qui s’abat à l’arrière de la scène. La scène s’embrase, le groupe ne s’arrête pas là et enchaîne avec une reprise du titre I’m On Fire de Bruce Springsteen qui fait son petit effet. On n’oubliera pas non plus l’image d’un Zénith survolté sur I Will Wait, morceau qui contribua à donner au groupe une renommée internationale.

Il y a des groupes que l’on salue pour la qualité de leurs performances live et leur capacité à laisser à leur public un souvenir impérissable. Mumford & Sons l’auront prouvé ce soir en réalisant un parcours sans faute. Le Zénith se vide progressivement de ses spectateurs conquis par cette soirée, qui joueront les prolongations dans les couloirs du métro.