Discuter, échanger, partager : nouvelles dates de Kawaa Grandir Ensemble

Publié le 6 janvier 2016 à 17:26
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Déléguée générale de l’association Enquête et organisatrice des Kawaa Grandir Ensemble, Marine Quenin intervient dans les écoles et crée des rencontres pour proposer des outils de découverte des faits religieux sous un angle laïque et non confessionnel. OÜI FM avait décidé de faire un portrait de ses initiatives, un an après les attentats de Charlie Hebdo. 

Crédit : Martyna Pawlak pour Le Monde

Voici les prochaines rencontres. S’inscrire.

Il est 9h45. Marine Quenin a de l’avance. En montant la marche qui la sépare de l’entrée, elle manque de se fouler la cheville. Des rires s’engagent. C’est aussi comme ça qu’elle procède dans ses ateliers. Elle s’assoit dans notre studio, prend un café et jette un œil sur la Une du numéro spécial de Charlie Hebdo qui traîne sur la table. « Je ne suis ni enseignante, ni pédagogue, ni spécialiste du fait religieux, je suis simplement mère de famille » déclare-t-elle, spontanément, à la question sur son parcours. Pourtant, depuis cinq ans, Marine Quenin intervient dans les écoles avec son association Enquête et organise les Kawaa Grandir Ensemble.

C’est sa fille qui l’a poussée à agir. Elle était ravie d’être en vacances de la « Poussin », tout comme elle fut chamboulée quand son copain Elias a mangé du porc par mégarde. Marine avait envie d’offrir à sa fille et aux autres enfants des moyens pour comprendre le monde et pour comprendre ce sujet qu’est la religion, « dont on parle de façon trop anxiogène » selon elle. Il y a cinq ans, elle crée l’association Enquête qui accompagne les enfants dans leur découverte de la laïcité.

Œuvrer pour une laïcité apaisée

Au-delà d’expliquer, faire comprendre. Enquête favorise à la fois la discussion, le jeu mais aussi l’accessibilité à échelle humaine, d’enfant, au concept de laïcité. À la sortie des classes ou sur le temps périscolaire, Marine Quenin s’entoure d’enfants juifs, musulmans, chrétiens ou athées et échange avec eux : « on fait jouer les enfants autour de termes et de sujets qui concernent la religion » nous explique-t-elle. « On travaille à partir de mots qu’ils utilisent sur une pédagogie du questionnement« . Cela peut passer par le jeu du pendu pour orthographier la kippa, ou même « l’arbre à défi« , un jeu de société crée par l’association à destination des enseignants. Il permet d’aborder ces thématiques en incluant aussi bien le cadre laïque que les préjugés et stéréotypes.

Extrait du cours "Stéréotypes" ©Association Enquête

Extrait du cours « Stéréotypes » ©Association Enquête

L’une de ses plus belles réussites nous dit-elle, c’est d’avoir fait évolué un enfant d’un centre social parisien qui avait des propos très durs sur les juifs. En l’amenant visiter une synagogue avec d’autres de ses copains, ce qu’il affirmait violemment représentait plus une peur qu’un raisonnement fondé. Son travail a pu être mieux orienté.

Proposer des ateliers de discussion

Lorsqu’à 11h30, le 7 janvier 2015, deux hommes armés rentrent dans les locaux de Charlie Hebdo et en déciment la moitié de la rédaction, des clivages se forment. Si des millions de personnes ont défilé place de la République à Paris quelques jours après,  aussi en hommage à la tuerie de l’Hyper Cacher, certains n’étaient pas « Charlie ». Marine eut la sensation de devoir agir encore plus. Avec plus de facilité : « Après les attentats de janvier, nous avons eu plus d’appui pour défendre ce que l’on propose. On ne nous dit plus qu’il ne faut pas parler de religion, que c’est quelque chose que l’on vit chez nous« .

Discuter : principe fondateur des Kawaa Grandir Ensemble. Plusieurs fois par mois, des personnes de différentes convictions se réunissent pour parler de leur foi et essayer de comprendre celle des autres. Sur la base du volontariat, des binômes se créent dans différentes villes de France. Les règles sont admises dès le départ : chacun doit venir sans chercher à convaincre ou à convertir. Et jusque là, Marine n’a noté aucune dérive.

Pourtant, une question se pose : comment inciter les gens à faire cette démarche ? Marine reprend son souffle et endosse un sourire positif : « Les Kawaa durent une heure. Ça se déroule dans des cafés en bas de chez eux. Généralement, ils ont entendu parler de nous par les réseaux sociaux, le bouche à oreilles et nos affiches. Tout le monde peut le faire« .

« On ne cherche pas à faire la révolution, on prend notre temps, mais jusque là, ça marche. » 

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Les 6 et 7 janvier 2016, nous commémorons pour la première fois les attentats sanglants à l’encontre de Charlie Hebdo. Sur la Une du numéro spécial, dessinée par Riss, on y voit Dieu, armé d’un AK-47 et maculé de sang. L’inscription « L’assassin court toujours » trône sur le fond noir qui la complète. Lorsqu’on demande à Marine comment elle en parlerait à ses ateliers, elle répond très justement : »Il ne faut pas dire simplement « je suis d’accord, ou je ne le suis pas » On doit se demander ce que veut dire cette Une, quels symboles elle utilise. » Avec les enfants nous dit-elle, elle terminerait en tentant de leur faire comprendre ce qu’est la démocratie.

Les prochaines dates  Kawaa Grandir Ensemble :

  • – Jeudi 8 décembre 19H30 à Meudon (92), dans la salle commune de la résidence des Jardies,  » thème éducation  » – Inscription
    – Samedi 10 décembre 10H30 à Colombes (92), au Bistrot Chez Papa,  » les femmes dans la société et au foyer  » – Inscription
    – Mercredi 14 décembre à 18H30 à Rouen, Brasserie de Paul  » kawaa festivités et convictions » – Inscription
    – Jeudi 15 décembre 18H à Paris 14ème, aux Grands Voisins,  » les convictions ô plurielles  » – Inscription
    – Jeudi 15 décembre 19H30 à Paris 11ème, le Picoulet – Espace Café,  » un café pour vaincre les a priori  » – Inscription
    – Samedi 17 décembre 17H30 à Paris 6ème, Maison des initiatives étudiantes- Labo6,  » Kawaa Fraternité » avec l’association Opéra- Inscription

Angèle Chatelier