Le MP3 rend la musique triste

Publié le 14 décembre 2016 à 11:46
Matthias Haghcheno Par Matthias Haghcheno
Rédacteur
Les MP3 trop compressés peuvent définitivement générer de la tristesse...

Capture d’écran YouTube / Film : Interstellar ©Warner Bros. Pictures

Une étude complète vient de le prouver.

Ronald Ho, Ga Lam Choi, Chung Lee et Andrew Horner, quatre membres de l’AES (Audio Engineering Society, pour Société de l’Ingénierie Sonore) viennent de publier les résultats d’une étude très complète visant à déterminer le rôle de la compression d’un fichier audio sur l’appréciation de l’auditeur. En ligne de mire : le format MP3 et ses compressions les plus poussées, détériorant la qualité du son au profit d’un fichier plus léger en termes de « poids » – de place prise sur votre lecteur, ou de data mobile consommé lors d’une écoute en streaming.

Baptisée « The Effects of MP3 Compression on Perceived Emotional Characteristics in Musical Instruments » (en français : les effets de la compression MP3 sur la perception émotionnelle d’instruments de musique), cette étude cherchait à confirmer que « [Ces données] modifient de plus en plus le timbre du son à mesure que le niveau de compression est élevé (…) »

Réalisée sur un panel de 20 étudiants de l’Université des Sciences et Technologie de Hong Kong, les sujets ont été soumis à des sons générés par huit instruments : le basson, la clarinette, la flûte, le cor, le hautbois, le saxophone, la trompette et le violon. Afin de définir précisément le ressenti de chaque cobaye vis-à-vis des sons, chacun de ces derniers a été diffusé d’abord sans compression, puis à 112Kbps (faible compression), 56Kbps (compression moyenne) et 32Kbps (compression forte). Il était ensuite demandé au panel de donner son ressenti au travers de dix « catégories émotionnelles », en donnant une note entre 0 et 1 à chacun des termes (Heureux, Héroïque, Romantique, Drôle, Calme, Mystérieux, Timide, En colère, Effrayé et Triste).

Des résultats clairs, mais à nuancer

Si les résultats montrent des similitudes pour les sons sans compression et ceux moins compressés, une césure claire s’opère avec les sons compressés à 32Kbps. Les quatre grands axes tirés de l’analyse sont les suivants :

– Les caractéristiques des émotions neutres et négatives (Mystérieux, Timide, Effrayé et Triste) augmentent avec le taux de compression.

– Les caractéristiques des émotions positives (Heureux, Héroïque, Romantique, Drôle et Calme) diminuent en parallèle de l’augmentation du taux de compression.

– La caractéristique « En colère » n’est pas affectée par la compression MP3 des sons soumis au panel.

– Cette compression affecte plus certains instruments que d’autres. La trompette est la plus touchée, tandis que le cor se révèle être le moins.

Des résultats sans appel qui confirment ce qui peut être éprouvé pour toutes écoutes d’un fichier mal encodé ou trop compressé : une expérience désagréable, gâchant le plaisir de l’écoute, tronquant aussi bien certains spectres sonores que la qualité de l’écoute. Il est bien entendu important d’avoir un minimum de recul sur l’ensemble de l’analyse, aussi pertinente soit-elle, notamment au niveau des instruments utilisés (qui n’est qu’un panel relativement faible de l’ensemble utilisé dans la musique moderne), ou encore du choix des termes servant à qualifier l’expérience des cobayes.

Une chose est sûre : un son trop compressé nuit à l’écoute, et grâce à ces quatre chercheurs, nous savons qu’elle peut même générer une forme de frustration, si les émotions négatives décrites reflètent bel et bien notre ressenti.