La série « 13 Reasons Why » peut-elle sauver des vies ?

Publié le 18 avril 2017 à 16:46
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

La nouvelle série évènement 13 Reasons Why bat tous les records. Depuis son lancement le 30 mars 2017 sur Netflix, elle a ouvert de nombreuses discussions autour du suicide et du harcèlement scolaire.

Attention, cet article contient de nombreux spoilers

« Pourquoi ne m’as-tu pas dit ça lorsque j’étais vivante ? ». Véritable carton lors de sa sortie le 30 mars dernier sur Netflix, la série 13 Reasons Why aborde le difficile sujet du suicide adolescent et du harcèlement scolaire. Développée par Brian Yorkey, elle s’inspire du roman Treize raisons de Jay Asher, sorti en 2007 : un véritable best-seller. Clay Jensen, élève d’un lycée américain lambda (pom-pom girls, sportifs, casiers, grands couloirs, tout y est) reçoit au pied de sa porte un mystérieux carton. Dedans, des cassettes audio. Il met la première dans son lecteur, appuie sur « play » et entend :

Salut. C’est Hannah. Hannah Baker. Assied-toi car je suis sur le point de te raconter l’histoire de ma vie. Ou plutôt… pourquoi elle s’est arrêtée. Et si tu m’écoutes, c’est que tu n’y es pas pour rien

Deux semaines plus tôt, la jeune Hannah Baker décidait de mettre fin à ses jours. Sur six cassettes (de deux faces chacune), elle tente d’expliquer son geste… et met en cause certains de ses camarades avec toujours le leitmotiv : « Bienvenue sur ta cassette ». La série est trash. Violente. Gore. Mais terriblement réaliste. Pourrait-elle sauver des milliers de personnes, victimes de harcèlement ?

Hannah Baker interprétée par Katherine Langford

Depuis sa sortie, 13 Reasons Why a engendré plus de 8 millions de tweets, et des centaines de topics de discussions, notamment un « fandom », plateforme de communauté de fans. Outre le fait que ce soit la chanteuse américaine Selena Gomez – très connue auprès des adolescents – la productrice exécutive, la série a connu un succès mondial, l’un des plus gros de la plateforme de vidéos Netflix. Il faut dire que 13 Reasons Why tente d’aborder un sujet délicat et  auquel, malheureusement, beaucoup peuvent s’identifier : le harcèlement scolaire.

Un fléau qui touche 12% des élèves de primaire, et 10% des collégiens, selon une enquête HBSC, réalisée dans 42 pays. Plus encore, un collégien sur cinq est confronté au cyberharcèlement. En France en 2015, l’histoire de la jeune Marion avait par exemple été mis en lumière dans le livre Marion, 13 ans pour toujours. Harcelée, traitée de « pute », de « boloss », la jeune fille avait mis fin à ses jours. Plus récemment encore, c’est une autre adolescente qui se jetait du 7ème étage de son immeuble près de Rouen. Toutes deux étaient victimes d’harcèlement scolaire, jusqu’aux pieds de leurs lits avec les réseaux sociaux. Et si les cas de harcèlement – reconnus – ont diminué de 15% entre 2010 et 2014, il continue à faire des centaines de victimes chaque année.

Netflix

13 Reasons Why tente d’approcher le plus fidèlement possible le phénomène. Alors… pourrait-elle sauver des vies ? Montrer que certains comportements puissent être dévastateurs ? Mettre des images sur l’impensable ? « Nous avons essayé de traiter cette série de la manière la plus authentique » a déclaré à Allociné Katherine Langford qui joue le rôle d’Hannah Baker. Une réalité crue. Dure. Violente. « Certaines scènes ont été difficiles à tourner » a avoué l’actrice, qui a rencontré Rebecca Kaplan de l’association It’s On Us (association qui vient en aide aux victimes d’agressions sexuelles) et une psychologue spécialisée dans les problèmes liés à l’adolescence.

Trois scènes sont particulièrement violentes : le viol de Jessica, celui d’Hannah, et son suicide, que l’auteur du livre et les réalisateurs de la série ont voulu le plus réaliste possible. « Vous ne pouvez pas regarder [cette scène] et trouver que c’est montré de manière glamour. C’est douloureux, et quand elle est trouvée par ses parents, cela les détruit totalement » a souligné Joe Asher à Entertainment Weekly. Brian Yorkey le scénariste, lui, ne voulait pas que ce moment soit gratuit :

Nous voulions que [son suicide soit] difficile à regarder, parce que nous voulions être très clair sur le fait qu’il n’y a rien, d’aucune manière, dans le suicide, qui en vaille la peine.

La chanteuse Selena Gomez, productrice exécutive de la série s’est elle aussi montrée particulièrement touchée par le sujet du suicide adolescent et le harcèlement. Dans un mini-documentaire disponible sur Netflix – qui alterne entre interviews des acteurs, explications de certaines scènes et messages de prévention -, la chanteuse confie avoir vécu ce fléau. « ’13 Reasons Why’ est une histoire authentique de ce à quoi chaque ado fait face au quotidien. La pression, les attentes irréelles qu’ils pensent être vraies. »

Mais la scène du suicide d’Hannah, explicite et violente, fait débat. Montrer comment se passe un suicide pourrait être une mauvaise idée, voire être contre-productif pour l’American Foundation for Suicide Prévention qui dénonce la « glorification » de l’acte. Pour d’autres, un suicide ne pourrait être expliqué qu’en treize raisons. Certains jugent aussi, rappelle le Daily Beast, que la série puisse « perpétuer l’idée que les amis et la famille des personnes qui se suicident auraient pu ou dû faire plus, ce qui est une méconnaissance de la manière dont fonctionnent la maladie, la dépression, le suicide et le deuil. » Dans certains pays cependant, Le Monde rappelle que les appels vers certaines associations qui viennent en aide aux personnes suicidaires ont doublé depuis la diffusion de la série. Sur Twitter, certains utilisateurs ont avoué que le livre ou la série leur avait sauvé la vie.

« 13 Reasons Why a clairement sauvé ma vie. Rien d’autre ne m’a fait ouvrir les yeux et m’a autant influencé »

« Le livre de Joe Asher ‘Treize Raisons’ a sauvé ma vie au lycée. Je regarde le premier épisode de la série et je ressens la même chose »

13 Reasons Why est une série nécessaire. Violente, certe, mais terriblement obligatoire. Si les premiers épisodes ressemblent plus à du « teen-drama » (terme un peu négatif pour désigner une série pour les ados tendant vers le mélodrame), la série se transforme rapidement en véritable thriller, aussi bien qu’en tragédie. Les plans chauds quand Hannah est vivante, les couleurs froides et sombres dans la quête de Clay, le sang, le réalisme. Tout est fait pour que les treize épisodes passent à une vitesse folle13 Reasons Why divague entre les questionnements politiques du harcèlement scolaire, les réseaux sociaux et les sentiments qui traversent l’adolescence avec brillot. Mais elle ne vous laisse pas indemne. Reviendra-t-elle pour une saison 2 ? L’auteur du livre Joe Asher semble en tout cas en avoir envie. Alex s’est-il suicidé ou est-ce Tyler qui lui a tiré dessus – comme le suppose une théorie sur Internet ? Bryce sera-t-il condamné ? Jessica arrivera-t-elle a avoué à son père ce que ce dernier lui a fait ? Si la frustration et l’horreur vous transperce par cette fin aussi grandiose qu’assourdissante, elle se suffit peut-être à elle-même.