La philosophie au service du rock

Publié le 4 juin 2015 à 19:32
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

The Who : le documentaire sur Tommy, à découvrir avec OÜI FMFrancis Métivier est un poète, un philosophe moderne qui mêle concepts anciens à rock n’ roll. Il est aussi docteur en philosophie et auteur de « Rock n’Philo » aux éditions J’ai Lu. Depuis deux semaines, il investit le MK2 Grand Palais à Paris pour présenter chaque vendredi un concept, un philosophe, à travers nos plus grandes légendes musicales. Prêt à retourner en terminale et réfléchir sur l’art et ses notions philosophiques ? OÜI FM l’a rencontré et lui a posé quelques questions.

L’art est un défoulement

C’est en écoutant Francis Métivier que le livre Catharsis du dessinateur Luz de Charlie Hebdo prend tout son sens. Pour lui, le plus grand concept de la philosophie de l’art n’est autre que celui d’Aristote, la catharsis. L’art, et en particulier l’art scénique, ne serait rien d’autre qu’un défoulement de sa pensée, de son être et de ce qui le caractérise. Au sens médical, c’est se purger de quelque chose. Spirituellement, c’est une fonction psychologique et purgatoire. « Le terme de sublimer ses pensées vient plus tardivement avec Freud » nous explique-t-il. « C‘est l’idée que l’artiste puisse donner à ses pulsions un caractère convenable. L’art est un cadre acceptable pour se purger de ses idées, son inconscient. La catharsis peut se faire par un exercice de sublimation« .

Pour sa première conférence au MK2 Grand Palais, Francis Métivier s’est intéressé au concept de liberté à travers les Who. Entre quelques présentations de notions et de bouquins, c’est lui-même qui interprète les titres de ces artistes. La philosophie au service du rock, c’est réussir à décortiquer des paroles, des riffs de guitare, des intentions, pour en décrypter certains messages.

« C’est comme un raisonnement, un parcours philosophique mais qui est mené par la musique. J’alterne des reprises rock et des explications philosophiques de ces morceaux avec un seul et même fil conducteur : le thème. Cette semaine par exemple, on s’intéresse à la politique à travers Bob Marley. »

Les philosophes aussi sont des rockeurs

Lorsqu’on lui demande ce qu’est le rock pour lui, Francis Métivier a de la matière. Le rock au sens large représenterait l’Homme au sens naturel et la machine au sens artificiel. Une sorte de synthèse, de symbiose entre l’Homme et son instrument. « Le rock c’est avant tout une énergie, à la fois physiologique et électrique. Cette énergie ne forme pas un contenu en particulier, le mot rock est un nom très générique qui regroupe des tendances différentes. » nous dit-il. En ce sens, faire du rock, c’est s’adonner non pas à produire un contenu en tant que tel, mais une énergie, une audace, un dynamisme.

S’il s’attelle à démontrer que le rock a un sens en philosophie, c’est aussi car les philosophes eux-mêmes sont des rockeurs au sens premier du terme. Ce que l’on associe au rock, c’est souvent cette énergie parfois un peu « trash », rebelle et aspirante. À travers leur logique et leur rationalité, la plupart des philosophes sont pourtant aussi subversifs et contestataires que nos plus grands artistes contemporains.

Nous avons pourtant – et a contrario – toujours été dans une culture de la vue. Celle de l’art pictural, celle de la contemplation et de l’image, du visuel. Dès Platon nous explique-t-il, l’oeil n’est autre que l’organe symbolique de l’esprit. L’idée même que philosopher, ce doit être contempler : « Nous sommes dans une société où l’on écoute pas les autres. L’écoute est jugée de façon péjorative, celle de quelqu’un qui s’enferme dans son MP3. » Pourtant, il est clair qu’écouter, être entendu, prêter l’oreille est tout aussi important.

« Le son, c’est ce qui nous pénètre le plus. »

Ce vendredi, Francis Métivier s’attellera à mettre en relation les concepts politiques de Kant à travers Bob Marley et sa célèbre Redemption Song ou encore les Beatles. Plus tard, ce n’est autre que la mauvaise foi de Sartre qui sera illustrée par La Nuit Je Mens de Bashung. Pouvons-nous nous connaître ? Est-ce sain de prétendre connaître les choses par notre réflexion et par nos sens ?

Francis Métivier, un professeur exemplaire pour faire goûter la philosophie et la faire apprécier ? En tout cas, lorsqu’on lui parle de laïcité et d’intégration d’éducation à la morale à l’école, il nous fait part de sa peur du prosélytisme et de l’incompétence dans l’enseignement. Ce n’est autre que de la philosophie morale, faite par des personnes qui ne s’y connaissent pas.

Alors, pourquoi ne pas commencer par mêler rock n’roll et philosophie au lycée ? 

Retrouvez Francis Métivier en interview avec Thomas Caussé les 13 et 14 juin sur OÜI FM et au MK2 Grand Palais chaque vendredi jusqu’au 12 juin.

Angèle Chatelier