Jack Le Black : un street artiste (très) engagé

Publié le 3 juin 2015 à 18:23
Angèle Chatelier Par Angèle Chatelier
Journaliste

Jack A Dit : la première exposition de Jack Le Black, à découvrir avec OÜI FMOÜI FM est partie à la rencontre de Jack Le Black : street artist, peintre et poète, ce jeune parisien de 29 ans commence à faire parler de lui sur les réseaux sociaux, notamment avec ces détournements d’images aux messages d’amour et d’humour. Rencontre.

Du jeudi 4 au samedi 20 Juin, JLB expose pour la première fois ses nouvelles créations dans une galerie au 7 rue Guenegaud à Paris dans le 6ème arrondissement. L’occasion pour OUI FM d’aller à sa rencontre et de lui poser quelques questions.

OÜI FM : Tout d’abord, quel est ton parcours et comment en es-tu arrivé là ?

JLB : En ne baissant jamais les bras je dirais. J’ai arrêté l’école très tôt, à 14 ans, pour faire une école de Théâtre. Au bout de deux mois c’était fini et je suis entré à l’école de la vie. Très vite, le fait d’avoir stoppé les cours est devenu un complexe. Je me suis mis à lire, à forger ma propre culture. J’avais besoin de mon propre bagage. Edgar Allan Poe, Charles Baudelaire, Serge Gainsbourg et Alain Bashung. Ensuite je suis parti aux Etats-Unis. J’en suis revenu avec un chagrin d’amour et là je me suis réfugié dans la lecture et le cinéma, beaucoup de films. Ca a duré quatre ans et au bout de ces quatre ans j’ai eu besoin de m’exprimer. J’ai créé Jack Le Black, un chevalier de la nuit, mon côté « dark » en quelque sorte.

Jack A Dit : la première exposition de Jack Le Black, à découvrir avec OÜI FM

L’amour plus fort que la haine, c’est ta devise en quelque sorte. Dimanche c’était les vingt ans du film « La Haine » de Mathieu Kassovitz. Autre info : cette semaine le Pont des Arts est fermé au public, les cadenas d’amour y sont retirés car ils menacent de faire s’écrouler la passerelle. Des images, des symboles. Est-ce que l’amour fout le camp aujourd’hui ?

Tout fout le camp aujourd’hui ! Après je ne suis pas de ces gens qui disent : « c’était mieux avant ». A nous d’améliorer la situation aujourd’hui. On fait parti de la génération fin 1980/début 1990. C’est nous la force vive de ce pays. On est la « 2.0 », c’est un problème mais on reste actif tout de même. Justement par rapport à l’amour, pour en revenir à la question (rires), le 2.0 est une horreur ! Quand tu croises une jolie fille dans la rue et que tu l’abordes pour sympathiser, et plus si affinités, elle te regarde la plupart du temps avec un regard de méfiance… alors qu’elle est à coup sûr sur Tinder ou adopteunmec.com. C’est horrible ! Maintenant, on consomme l’amour comme on boirait un jus d’orange. Mais après tout qu’est-ce que l’amour ? On ne le sait pas, on ne le saura jamais et c’est cette question sans réponse qui me fait en parler beaucoup dans mes créations. C’est les Vertiges de l’Amour dont parlait Bashung qui m’ont fait arriver là. Par contre, l’amour n’est pas mort, on peut en mourir mais il n’est pas mort.

Dans ta présentation sur le site web des Fils du Bien, ton équipe, tu précises que tu n’es pas là pour nous pervertir. Qu’est-ce qui nous perverti aujourd’hui selon toi ?

Une réponse que tu as dû entendre pas mal : la télé. On la regarde tous, même moi. Le soir je regarde un peu les infos, la chaîne du parlement pour m’endormir, après si je tombe sur un documentaire historique là c’est bien. Mais c’est surtout toutes ces émissions bêtes et méchantes, la téléréalité, Nabilla… Quand tu regardes cette fille, sa tenue, que tu écoutes son vocabulaire, tu te dis : mais comment on peut montrer ça aux gens ?! C’est l’inverse d’une éducation. La télévision ne nous éduque pas, elle nous rend bêtes et nous enlève des cases. Quand je vais aux Cours Simon pour refaire un peu de théâtre et que j’ai des répliques de Shakespeare à apprendre, je dois d’abord lire deux fois le texte pour bien le comprendre ! Ils m’ont lavés le cerveau ! (rires). Encore une fois c’était pas mieux avant mais il faut faire attention. Y’a des films comme Matrix qui sont sortis par exemple. Il y 500 ans Léonard de Vinci dessinait des plans pour construire des avions, des hélicoptères. Quatre siècles après tout ça est arrivé. C’est un peu la même avec Matrix et V pour Vendetta des frères Wachowski, 2001 l’Odyssée de l’espace de Kubrick ou encore L’Armée des Douze Singes de Terry Gilliam : les messages et les prédications qui y sont véhiculés apparaîtront, c’est sûr ! Enfin c’est ce que je pense.

Jack A Dit : la première exposition de Jack Le Black, à découvrir avec OÜI FM

Cette année tu t’es rendu à New York pendant plusieurs mois, tu as eu un procès là-bas, tu peux nous en dire un peu plus là-dessus ?

Le problème c’est qu’on était un peu fous avec mon ami Renk. C’est lui qui m’a initié à la peinture. On est parti là-bas entre potes, tout les Fils du Bien étaient avec nous. A un moment on a voulu faire les cons. On s’est rendu dans la seule boutique de New York où tu peux acheter des bombes de peinture dans l’objectif de faire un peu de Street Art et comme des pieds nickelés on s’est fait épingler à la sortie du magasin par deux flics de la brigade anti-graffitis. Les mecs devaient rien avoir d’autre à faire, ils connaissent le spot, ils ont dû se dire : « autant attendre devant la boutique et choper des touristes qui viennent de faire leurs emplettes ! ». On aurait dû s’en douter. Je me suis rendu au tribunal bien avant le procès car il était prévu plusieurs mois après mon retour en France. Je leur ai expliqué ça, ils m’ont dit de rentrer chez moi, j’espère juste que la prochaine fois que je m’y rendrais je passerais pas 24 heures à la douane… Quand j’étais là-bas J’écoutais en boucle « You’re Under Arrest », le dernier album de Gainsbourg, ça a peut-être joué aussi (rires). Voilà pour la petite histoire. En tout cas, j’en ressors grandi et avec un amour décuplé de mon pays. C’est bien de quitter la France pendant quelques temps, ça te permet de voir à quel point c’est un beau pays, un très beau pays.

On reste encore un peu à New York. Dans ton carnet de bord « JLB runs NYC », tu nous racontes le rêve ou plutôt le cauchemar américain. Ca fait combien de temps que les Etats-Unis sont dans un mauvais rêve selon toi ?

Tu me fais dire tout haut ce que je pense tout bas là ! Il faut pas dire ça, la CIA contrôle le monde tu sais (rires) ! C’est vrai qu’aujourd’hui il y a une confrontation entre deux mondes ; le monde occidental d’un côté et le monde oriental de l’autre. Ici, en Occident, on a l’impression que les gens du Moyen-Orient sont dans une vision archaïque du monde. C’est pas forcément vrai mais pas forcément faux non plus. C’est leur vision du monde, peut-être plus ancrée dans le passé c’est vrai mais on a pas à juger. Ici, on a une culture judéo-chrétienne, un système politique capitaliste. L’occident est un empire, comme Rome et l’Egypte avaient leur empire. New York est l’une des métropoles de cet empire. L’Occident cherche à gouverner le monde, enfin une bonne partie en tout cas. Quand tu regardes Daesh c’est la même chose. Les deux ont en tête une même idée : contrôler le monde et imposer un système de pensée unique. Pour moi qui suis neutre, je place ces deux partis au même niveau, ils ont tout les deux beaucoup de choses à se reprocher. Pour en revenir au « rêve » américain, ils y sont depuis qu’ils l’ont créé, après je ne suis personne pour dire si c’est bien ou mauvais pour eux. Ce que je sais c’est que je suis bien ici, à Paris.

La France, ta France tu l’aimes. C’est quoi ta vision de la France ?

Ma France c’est ce petit village tranquille avec sa petite église. C’est cet épicier parisien ouvert à quatre heures du matin, c’est ce monsieur qu’on ne connaît pas qui vient nous parler.

(NDLR : un SDF s’approche de nous en demandant de l’eau, on lui en donne. Il commence ensuite à nous parler de Nietzsche. C’est l’un des auteurs fétiches de Jack Le Black, forcément il est emballé. L’interview reprend)

La France est un pays très riche en culture. Son vocabulaire est quasi-infini, on a beaucoup de chance. Côté musique j’écoute Alain Bashung, Arthur H, Axel Bauer ou encore M, pour ne citer qu’eux. De Baudelaire à Gainsbourg elle m’apporte beaucoup et je lui en suis reconnaissant.

Le mot de la fin : Du coup, est-ce qu’on va s’en sortir ?

On s’en sortira toujours. L’important c’est de trouver la bonne sortie.

Jack A Dit : la première exposition de Jack Le Black, à découvrir avec OÜI FM

La playlist rock de Jack Le Black :

David Bowie – Ziggy Stardust
Alain Bashung – Gaby
Queens – We are the Champion
Black Strobe – I’m a Man
The Pixies – Where Is My Mind?

 

Propos recueillis par Tibère Debouté